CHAPITRE PREMIER
C’^uil bien k ceU qn'il falliLl penter.
Je l'ai toujours dit : il aurait été tt souhaiter que mon père ou ma mère (et pourquoi pas même tous deux?) eussent apporté quelque attention à ce qu’ils faisaient, quand il leur plut de me donner l'existence. Ils y étaient égalemerit obligés. Eh ! pouvaient-ils réfléchir trop mûrement sur les conséquences qui devaient résulter de l'important ouvrage dont ils s'occiip.aient en ce moment? Il ne s'agissait rien moins que de la production fl’un être raisonnable. Les heureuses proportions de son corps, son tempérament, son génie, la tournure de son esprit, et peutêtre même la fortune de toute leur maison, étaient autant de points capitaux qui dépendaient de la disposition des humeurs dont ils étaient dominés dans cet instant décisif. Oui, s'ils eussent agi en conséquence, je suis persuadé que j'aurais figuré dans le monde
tout autrement que je ne fais, et que je ne ferai vraisemblablement le reste de mes jours. Croyez-moi, bonnes gens, ceci est un point beaucoup plus essentiel que vous ne le pensez. Vous avez, sans doute, entendu parler de certains esprits qu'on appelle esprits animaux. Vous savez, sans doute aussi, comment s'en opère la transfusion du père au fils, etc., etc. Eh bien!... je vous donne ma parole que de dix parties du boii sens ou de la bêtise d’un homme , il y en a neuf qui dépendent du mouvement, de l’activité et des directions différentes que vous leur faites prendre au moment dont je parle. L’es-sor une fois donné, bien ou mal, il n’importe, les esprits s’échappent avec précipitation ; et si l’impulsion se répète, la route qu’ils sc fraient, vous le savez, mesdames, devient aussi unie, aussi douce que l’allée d'un beau jardin. Le diable, avec toute sa puissance, ne pourrait pas les en détourner, quand une fuis ils s’y sont habitués.
• Mon ami , dit ma mère , n’auricï-vous < point p;«r hasard oublié de monter la pen-
TRISTRAII SDÀKDT.
• dule? > — < Bod Dieu f s'écria mon père , c qui eut soin en même temps de modérer
< sa voix, est -il jamais airivé, depuis la
< création du monde , qu’une femme ait in-
< terrompu un homme par une question aussi « sotte ? »
Que dit encore votre père? — Rien.