CHAPITRE CXLVI
tes fauMcfl conjcclurej.
iêounds!
Il m’a échappé. Il est tomlié au bout de ma plume comme de lui-même...
C’est Phutatorius qui le prononça... Il le prononça inopinément, presque à mi-voix, et puiii'tant assez haut pour que chacun l’entendit; et ce fut avec un coup d’œil, un accent tellement articulé, que l’on crut que c’était toutà la fuis l’expression d’un homme qui est dans l’étonnement, et qui ressent quelque peine de corps.
Fourche!... c’est ainsique Gastriphéres, qui entendait un peu le français, le traduisit tout de suite dans cette langue en le parodiant... Mais cela n’apprenait rien.
Deux autres des convives ne furent pas plus heureux. Ils avaient l’oreille très-Gne. Ilsdistinguèrent dans l'expression le mélange des deux tons aussi facilement qu’un virtuose discerne une tierce, une quinte, ou tout autre accord ; mais, avec toute cette Gnesse,ils ne purent faire que de fausses conjectures sur les causes de cette étrange prosodie. L’accord en lui-même était, excellent; niais il était hors du ton. Il n’avait pas la moindre analogie, pas le moindre rapport au sujet qui était sur le tapis. Ainsi, avec tout leur es|>ril, ces messieurs restèrent là comme des sols.
La combinaison des sons n’est pas donnée à tout le monde ; moi-même tout le premier, je n’y connais rien du tout. Il y avait là deux autres convives qui étaient précisément de mon acabit. Ils ne s’attachèrent qu’au sens exactement grammatical de l’expression, et crurent concevoir que Phutatorius, qui était naturellement colère, se préparait à arracher les armes de la main de Didius, pour faire tête lui-même à Yorick, et que le U-rrible mot était 1’i‘xordc d’un discours (]iii ne présageait rien de bon.
Mon oncle Tobie fut de la même opinion, et son aine sensible sentit d'avance le coup que l’on allait porter à Yorick.
Mais Phiitaloriiis s’en tenait simplement a son exclamation... Cela fit penser à deux autres convives, que ce mot n'était que l'effet d'une respiration involontaiœ, dont lesoullle, contraint en passant par les organes de certaines personnes, prend la consistance sonore
d'un jurement assez peu décent Ils ne
peiiscrent p;is même que Phutatorius cù4
TBISTBÀM SHABDY.
coiM^ le moindre dessein de scandaliser ou d'attaquer quelqu’un.
Oh! oh! ceci est sérieux, disaient en enxmémes deux autres personnages. Voilà un jurement dans toutes les formes! Il est prémédité. C’est une première insulte , une flèche aiguë lancée contre l’ennemi.
Mon père eut aussi son opinion. Il lui sembla tout naturel que la colère qui fermentait en ce moment dans les régions supérieures des organes de Phutatorius , se fût fait Jour à travers la confusion soudaine qu’une théorie aussi étrange de la prédication avait jetée dans toutes ses idées.
La jolie chose ! et dites qu’il est agréable de disserter aussi long-temps sur des méprises! C’est presque ainsi que l’on babille sur tout le monde. Chaque chose y est interprétée de cent façons différentes.
C’est ceci.
Non. C’est cela.
Point du tout. C’est...
Quoi?...
Le plus sage dit ; Je n'en sais rien....
Mais comme le plus sage , ainsi que cela est juste, passe pour être le plus sot parmi les sots , on ne voit point de plus sage parmi nous; et chaque chose est jugée, estimée, appréciée, commentée, paraphrasée, annotée , admise ou rejetée au gré de chacun , et sans que personne se doute seulement de ce qu’elle est.
Il en fut de même à la table de Tiidius ; pas un n’y devina la cause impulsive de l’exclamation bisarre de Phutatorius.
Mais il s’y passa au moins une chose rare : c’est que les opinions particulières se réunirent toutes à celles des deux convives , qui s’étaient imaginé que Phutatorius avait voulu insultèr Yorick. Cette idée s’accrédita encore par le regard effaré du docteur qui, resté presque stupéfait. Axait tour à tour chaque personne , comme s’il avait voulu lire dans ses yeux ce qu’elle pensait.
Le fait est pourtant que Phutatorius ne savait pas un mot de ce qui se passait dans l’esprit des convives, et qu’ils ne savaient pas eux-mêmes ce qui se passait dans le sien.
Dans le sien !... mais s'y passait-il quelque chose? songeait-il seulement à Yorick?
Non , mes amis ; et , quoique ses yeux eussent l’air farouche; quoiqu’il eût, pour ainsi dire, monté à vis tous les muscles et tous les nerfs de son visage; quoique toutes les apparences annonçassent qu'il allait accabler Yorick sous le poids de quelque réplique sanglante : Yorick , hélas ! était bien loin de son imagination.
L’accident le plus funeste... la crainte du moins d’éprouver quelque chose de sinistre, captivait son attention , et toutes ses facultés sensitives et intellectuelles s’étaient concentrées dans l’endroit fatal où le danger s’était manifesté.