‹ Œuvres completes de SterneChapitre 138 sur 507 · CHAPITRE CXLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIX

A quoi l'aUribacr f

Apparemment qu'il était physiquement impossible qu'une demi-douzaine de mains fouillassent toutes à la fois dans la serviette.

Hais peut être aussi n'en fut-ce pas là la cause.

N'cst-ce pas plutôt que celle des châtaignes, qui était destinée a faire une révolution si prompte dans l'existence physique et morale de Phulatorius, était plus ronde que les autres?

C'est encore là une de ces choses dont on voit l'cITct, sans savoir d’où il vient.

EiiGn, je ne sais point ce qui imprima ce mouvement à la fatale châtaigne.

Mais la châtaigne , sortie de la serviette , roula sur la table, sans qu'on rapert;ùt, et tomba...

Où?..

Ah ! c'est là ce que je n'ose dire. Tout ce que je puis faire, madame, c’est d’aider votre imagination.

Figurez-vous que Phutatorius, les jambes écartées, était précisémentà tableau-dessous de la ligne que la châtaigne y avait parcourue, et qu’en tombant, elle tomba perpendiculairement.

Elle tomba, dis-je, sansobstacle, cten suivant les lois de la gravitation.

D'autresontdit que c'était en suivant celles de l'attraction.

Mais c’est ce qui m'inquiète peu. Mon embarras est de vous dire qu’elle tomba dans cette espèce de baie, que les lois du déroi'um exigent qui soit strictement fermée comme le temple de Janus, au moins en temps de paix...

Eh mon Dieu ! fallait-il tant d'alentours pour dire une chose aussi simple ?...

Je sais qu’il était inutile que je les prisse pour vous, madame ; mais je n’écris pas pour vous seule.

L’attitude de Phutatorius, sa négligence à observer un usage si familier, ouvrit la porte à cet accident.

Avis à tout le genre humain !

Autre avis ! mais celui-ci n'est que pour mes critiques.

Us viennent de voir que j’ai rangé cette aventure dans la classe des accidens : je les préviensqueje ne l'ai faitqiic par condescendance pour l’usage reçu, d'y mettre presque tous les événemens de la vie. Je n'entends point heurter par là l'opinion de Mythogeras et d'Aerites. Ils prétendent que ce ne fut point par accident que la châtaigne prit celte route; j'y consens. Ils soutiennent que le hasard ne dirigea, ni sa course, ni sa chute ; je le veux bien. Ils assurent que si, avec toute sa chaleur, elle tomba directement plutôt dans cet endroit que dans tout autre, ce fut exprès pour punir Phutatorius d'avoir fait imprimer, il y a douze ans, son traité obscène de Concubinit relinendis; j'en suis d'accord. Ils tiennent d'autant plus à cette opinion, que ceci arriva précisément et identiquement la même semaine que celle où Phutatorius allait donner une nouvelle édition de cet ouvrage licencieux. Qu'ils y tiennent tant qu'ils voudront ! je ne lutte point contre leur opiniâtreté.

Fisl-ce à moi à tremper ma plume dans l'encre de la controverse ? Je sais qu'on pourrait beaucoup écrire sur chaque côté de la question , mais je n'ai pas autre chose à faire ici que de présenter le fait comme historien. Je n'ai point d'autre tâche à remplir que celle de rendre croyable à mes lectrices, que l'hiatus qui se trouva à la culotte de Phutatorius, était assez grand p>our recevoir la châtaigne, et que la châtaigne y passa perpendiculairement et toute chaude, sans que Phutatorius, ni qui que ce fût, s'en fût aperçu.

Ai-je réussi à le faire croire?...

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