CHAPITRE CLXXVIl
g^nércai.
En fabriquant son artillerie, le caporais'elail bien gardé de confier son secret à personne : ainsi il lui était facile de se tirer d'aifaire sans se compromettre, et de laisser supporter à Suzanne, comme elle pourrait, tout le poids de la chute de ce maudit châssis. Mais le vrai courage est trop au-dessus du cette lâche politique. Ix; caporal, soit comme général, soit comme contrôlenr d'artillerie, était la véritable origine du mal; il pensait que, sans lui, jamais l'accident ne serait arrivé, du moins de la façon de Suzanne. (Comment vous seriez-vous conduit , monsieur l'ubbé? I-e caporal se décida sur-le-champ, non pas à se mettre à l'abri derrière Suzanne, mais à lui en servir lui-même; et .avec celte résolution dans l’âme, il marcha droit au salon, pour exposer toute celte manœuvre devaut met! oncle Tobie.
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Mud onde Tobie Tenait précisément de raconter à Yorick les details de la bataille de Steinkerque, et de l’étrange conduite du comte de Sulme, qui Gt faire halteà l'inraotcrie, et Ot marcher la cavalerie dans un terrain où elle ne pouvait agir : ce qui était directement contraire à l’ordre du roi , et fut cause de la perte de cette journée.
Il y a quelques familles où tous les incideus se trouvent lies entr’eux si naturellement , que leur enchaînement va presque au delà de l’invention d’un écrivain dramatique. Je ne parle pas des dramatiques modernes.
Trim posa son premier doigt à plalsurla table, puis, en le frappant à angle droit avec le tranchant de son autre main , il trouva moyen de raconter mon histoire, de manière que les prêtres et les vierges auraient pu l’écouter sans rougir. Après quoi le dialogue continua comme il suit.
CUAPITRE CLXXJX.
Hod obcU Tobtc •‘csiporte.
— • J’aimerais mieux passerdix fois parles baguettes, s’écria le caporal en Gnissant l’histoire de Suzanne, que de soulTrir qu’il lui fût lait aucun mal. Avec la permission de monsieur, c’est ma faute, et nullement la sienne.»
— » Caporal Trim, répondit mon oncle Tobie, en prenant sou chapeau sur la table et le posant sur sa tète, si on peut appeler faute ce que la nécessité du service exige, je suis le seul a bUmer. Vous avez dû obéir à vos ordres. •
— f Si le comte de Solme, mon pauvre Trim, eût obéi aux siens à la bataille de Steinkerque, dit Yorick (en raillant un peu le caporal, qui avait été houspillé par un dragon dans la retraite), il l’aurait sauvé. — Sauvé ! s’écriaTrim, interrompant Yorick; il aurait, ne vous en déplaise, sauvé cinq bataillons entiers. Ces pauvres régimens de Cut, continua le caporal , en posant le premier doigt de sa main droite sur le pouce de sa main gauche, et les comptant sur chacun de
ses doigts, ces pauvres nigimens de Cul, Hackay, Angus, Graham et Leven, furent entièrement taillés en pièces. Et les gardes anglaises l’eussent été de même, sans quelques régimens de la droite qui marchèrent courageusement à leur secours, et reçurent à bout portant le feu de l’ennemi, avant de tirer un seul coup de fusil. J’espère, ajouta Trim, qu’ils iront au ciel, pour cette seule action. — ’l'rim a raison, dit mon oncleTobie, il a parfaitement raison. >
— • Que signiGail, continua le caporal, do foire marcher la cavalerie dans un terrain si étroit, et où les Français étaient couverts, comme ils le sont toujours, d’une multitude de haies,de broussailles, de fossés et d’arbres renversés çà et là ? Si le comte dcSolmcnons eût envoyés , nous autres gens de pied, nous aurions tiraillé avec eux, et nous leur aurions tenu tète. Il n’y avait rien à faire pour la cavalerie. Aussi, continua le caporal, le comte de Solme, pour sa peine, ent son infanterie mise en déroute à Landen, la campagne d'après.— C’est-là, dit mon oncle, que le pauvre Trim reçut sa blessure.
— » Sauf le respect de monsicnr, c’est au comte de Solme que j’en ai toute l’obligation- Si nous les avions étrillés d’importance à Steinkerque , ils ne nous auraient pas battus A Landen. >
— ■ Cela est très-possible , dit mon oncle Tobie, quoique les Français eussent a Landen l’avantage d’un bois. Or, si vous laissez à ces gens-la le temps de se retrancher, il est certain qu’ils vous accableront de leur feu. Il n’y a d'autre moyen que de marcher à eux , recevoir leur décharge , et tomber dessus , la baïonnette au bout du fusil. — Pêle-mêle, ajouta Trim. — Hommes et chevaux, dit mon ourle Tobie. — Tête baissée et la pointe en avant , dit le caporal. — D’estoc et de taille , dit mon oncle Tobie. — Sang et mort , bataille enragée , s’écria le caporal. Point de quartier. — Tue, lue, lue! s’écria mon oncle Tobie. >
Y’orick rangea un peu sa chaise de côté , pour s’éloigner de la mêlée ; et , après une pause d’un moment , mon oncle Tobie , baissant la voix de deux ou trois tons , reprit son discours comme vous allez voir.
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