‹ Œuvres completes de SterneChapitre 171 sur 507 · CHAPITRE CLXXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXVI

On l'y perd.

— • Cher Yorick, dit mon père en souriant (Yorick avait rompu la ligne, et le peu de largeur de la porte l’ayant forcé de défiler, il était entré le premier), cher Yoriek, dit mon père, il me semble que notre Tristram accomplit bien durement tous ses rites religieux. Jamais il n’y eut fils de Juif, de Chrétien, de Turc on d'Infldèle, initié d'une manière aussi oblique et aussi maussade. >

— « Mais j’espère, dit Yorick , qu'il n’y a point de danger. — Il faut, continua mon père , qu'il se soit passé quelque chose d'étrange dans quelque recoin de l'écliptique, au moment de sa formation. — Sur ce point , dit Yorick , c’est vous que je prendrais pour juge. — Ce sont les astrologues , dit mon père, qu'il faudrait consulter. Mais certainement les aspects des plemètes qui auraient dù être favorables, ne se sont pas rencontrés comme Us devaient; l’opposition de leur ascendance a manqué, ou les génies qui président è la

naissauce étalent occupés ailleurs. Enfin il est sdr que quelque chose a été de travers, soit au-dessus , soit au-dessous de nous. »

— « Cela se pourrait bien , • répondit Yorick.

— « Mais, s'écria mon oncle Tobie, y a-t-il

du danger pour l’enfant? — I.es Troglodytes disent que non , répliqua mon père. Et les théologiens — Dans quel chapitre, • de-

manda Yorick.

— • Je ne suis pas sûr duquel, • dit mon père.

• Mais ils nous disent, frère Tobie, que cette méthode est très-bonne. — Pourvu , dit Yoriek , que vous fassiez voyager votre fils en Egypte Je l'espère bien, • dit mon père.

— • Tout eela , dit mon oncle Tobie , est de l'arabe pour moi. — Il le serait pour bien d'autres, » dit Yorick.

— « Ilus, continua mon père, fit circoncire un matin toute son armée. Sans cour martiale! sans conseil de guerre! s'écria mon oncle Tobie. — Je sais, continua mon père , en s’adressant è Yorick , et sans faire attention à la remarque de mon oncle Tobie , je sais que les savans ne sont pas d'accord sur Ilus. Les uns le prennent pour Saturne, d'autres pour l'Être suprême; quelques-uns même veulent que ce fût simplement un général de Pharao-néco. — Fût-ce Pharaonéco lui-même, dit mon oncle Tobie, je ne sais par quel article du code militaire il pourrait se justifier. «

— • Les controversistes, poursuivit mon

père, assignent vingt-deux raisons en faveur de la circoncision. A la vérité, d’autres qui ont soutenu l'avis opposé, ont montré combien la plupart de ces raisons étaient faibles. Mais nos meilleurs théologiens polémiques >

— "Je voudrais, interrompit Yorick, qu’il n’y en eût pas un dans le royaume : les subtilités de l'école ne servent qu'à embrouiller l’esprit, et une once de théologie -pratique vaut mieux que tout l’ergotage des théologiens polémiques. — Ne puis-je savoir, demanda mon oncle Tobie à Yorick, ce que c'est qu'un théologien polémique? — Ma foi 1 capitaine Shandy, répondit Yorick , c’est une espèce de charlatan qui ne vaut guère mieux que ceux qui montent sur les tréteaux, et

TRISTRAH 8HARDT.

j’ili dans ma poclie le r<!cit d'un combat sinpiilier entre Gymnast et le capitaine Tripet, où l’on en trouve la meilleure déGnition que j’aie jamais vue. — Je voudrais entendre ce récit , reprit vivement mon oncle Tobie. — Tout à l’heure , si vous voulez, dit Yorick.— Mais le caporal m'attend à la porte, continua mon oncle Tobie; et, comme je suis sûr que la relation d'un combat rendra le pauvre garçon plus joyeux que son souper, de grâce, frère, permettez-lui d’entrer. — De tout mon cœur, > dit mon père.

Trim entra droit et heureux comme un empereur; et, quand il eut fermé la porte, Yorick tira son livre de la poche droite de son habit, commença sa lecture, et l'acheva sans être interrompu. Tout le monde dormit dès la dixième ligne.

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