‹ Œuvres completes de SterneChapitre 187 sur 507 · CHAPITRE CCXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXl

Convoi cl oniMD roaèbro.

Je rapporterai en peu de mots , dans le prochain chapitre , tout ce qui me reste à dire sur le jeune Lefèvre: ce qui comprend

tout Tcspacc qui s’écoula depuis la mort de son père jnsrpi'à l'époque où mon oncle Tobie proposa au mien de me le donner pour gouverneur; et je n’ajouterai que très-|)ou de détails à ce chapitre-ci , dans l'impatience où je suis de relournerà ma propre histoire.

Mon oncle Tobie , comme gouverneur de Dendermonde, rendit au pauvre lieutenant tous les honneurs de la guerre; il accompagna le corps au tombeau, conduisant luimême le deuil, et menant le jeune Lefèvre par la main.

Vorick , de son côté , pour n’être pas en reste , rendit au défunt tous les honneurs de l'église , et l’enterra en grande pompe au milieu du chœur. Il parait même qu'il prononça son oraison funèbre. Je dis il parait , et j’en juge par une note que j’ai trouvée sur l'un de ses sermons.

C’était la coutume d'Yorick ( et je suppose quelle lui était commune avec tous ceux de sa profession) de noter sur la première page de chacun de ses sermons le lieu , le temps , et l’occasion où il avait prêché. Il y joignait toujours un petit commenUtire sur le sermon lui-même , et en vérité rarement à sa louange. Par exemple ; Sermon tur la diiperiiondei Juifi. Je n'en fa'a pas le moindre cas : je conv ient que c’est un prodige d 'érudition, mais d’une érudition triviale, et mite en txuvre tC une manière plut triviale encore.

Celui-ci est d’une composition lâche. Je ne sait ce que diantre j’avais dans la tête quand je te fit.

M. B. L’excellence de ce texte , c’est qu’il convient à tout les termont , c'ett qu’il convient à tout les textes.

Pour celui-ci , je mérite d’être pendu ; j 'en ai volé la plus grande partie ; et le docteur Pidigunes m’a dénongé. Itien n’est tel qu’un voleur pour en découvrir un autre.

Sur le dus d'une demi-douzaine je trouve écrit toto , et rien de plus; et sur les deux autres , moderato. Ils sont tous huit dans un seul paquet rattaché avec un bout de ficelle verte, qui semble avoir jadis appartenu au fouet d’Yorick ; ce qui me fait conclure que par to to et par moderato , Yorick entendait à peu près la même chose ; et en cela il était d’accord avec le dictionnaire iuilien d'Altieri.

TIIISTIIAM SlUADV.

U faut püiirUiut couvciiîr que les deux scrmous étiquetés morieralo sont cinq fois meilleurs que les 10 to , montrent dix fuis plus de connaissance du coeur humain , renferment soixante et dix fois plus d'esprit et de feu, et, pour m'élever par une gnidation convenable , découvrent mille fois plus de génie. Aussi, quand je donnerai au public les sermons dramatique d'Yorick, quoique je ne compte en admettre qu'un de tout le nombre des so lo, je u'Iiésiterai pas à faire imprimer les deux moderato dans leur entier.

Je n'entreprendrai parde deviner ce qu’Yorick pouvait entendre par ces mots lailamente, leiiiite, grave, et (|urlquefois adagio , tels que je les trouve sur quelques-uns de ses sermons. Je serais encore plus embarrassé d'expliquer: ù l’octava alta, cou ttrepilo , con l'arco , saiza l'arco , et autres termes de musique avec lesquels il en a désigné d’autres. Ce que je sais, c'est que ces mots ont sûrement un sens , et Yorirk qui était à la fuis musicien et prédicateur, les appliquait de ses sonates à ses sermons. Je ne doute même point que chacun de ces signes qui nous échappent , n'eût pour lui une signiGcation distincte et précise.

l^armi tous ses sermons , il y en a un ( et c'est lui qui m'a conduit à cette longue digression); il est sur la mort, et il a sans doute été fait à l'occasion du pauvre l.cfcvrc.

Il est écrit d'une plus belle main que les autres , ce qid annonce une sorte de prédilection en sa faveur. Du reste, il est négligemment rattaché avec une lisière de laine, et enveloppé dans une feuille de papier bleu qui sent encore le droguiste. Mais je doute que ces marques apparentes d'humilité nient été mises à dessein ; d'autant que, tontû In fln du sermon , et noqpn commencement ( ce qui est contre l’usage invariable d'Yorick ), je trouve écrit de sa main le mot liravo.

Tout, à la vérité, concourt :'i radoucir ce que cette expression peut avoirdc choquant. 1.C mot est placé à deux pouces et demi nu moins de distance de In dernière ligne, tout en bas de la p;ige , et dans ce coin droite (|ui est ordinairement recouvert parle pouce. Il est écrit avec une plume de corbeau , en

petits caractères, et d'une encre si pâle, qu'en vérité on peut à peine se douter qu'il est là. C'est plutût l'ombre de la vanité que la vanité elle-même : c’est pliitût une sccréie complaisance, un mouvement 'passager de satisfaction , qui s'élève dans le cœur du compositeur à son insu , qu'une marque grossière d'applaudissemeiil qu'on aurait l'effronteric d’offrir au public.

Je sens bien que, malgré tous ces ailoiicissemens, j'ai rendu un mauvais service n Yorick en entrant d:ins toutes ces particularités, et <|ue j'aurais dû les taire pour l'honneur de sa mudeslie; mais quel homme n'a pas ses faiblesses? Yorick n'en est pas plus exempt qu’un autre. Mais ce qui excuse l:i sienne en cette occasion , ce qui la réduit presque à rien , c’est que le mot fut barriquelque temps après par lui-méuie, [lar une ligne d'une encre plus nuire qui le travei-se, comme s'il s’était rétracté , ou qu’il eût été honteux de sa première opinion.

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