‹ Œuvres completes de SterneChapitre 186 sur 507 · CHAPITRE CCX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCX

Pifi de l'buloire de l-cfèrre.

Le lendemain malin, le soleil brillait dans tout son éclat à tous les yeux du village, excepté à ceux de Lefèvre et de son fils alTIigé. La pesante main de la mort pressait les paupières du pauvre lieutenant; et les ressorts qui chassent le sang aux extrémités et le rappellent sans cesse au coeur, perdaient en lui la force et le mouvement.

En ce moment, mon oncle Tobie, qui s’était levé une heure plus tôt que de coutume, entra dans la chambre du lieutenant. Il s'assit à côté de son lit, et, sans préface ni apologie , sans nul égard pour toutes les modes cl coutumes, il ouvrit son rideau, comme aurait fait un ancien ami ou un camarade ; et aussitôt il lui demanda comment il se portait, s'il avait repose la nuit, de quoi il se plaignait, où était son mal, ce qu’il pouvait faire pour le soulager; et, sans lui donner

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le temps de répondre a une seule question, il lui dit le petit plan qu'ils avaient concerte pour lui, la veille, avec le caporal.

€ Vous viendrez chez moi , Lefèvre , dit mon oncle Tobic, dans ma maison, tout à riicure ; et nous enverrons chercher un médecin , pour voir ce qu'il y a à faire ; nous aurons aussi un apothicaire; le caporal sera votre garde, et moi, Lefèvre , votre domesüque. >

Il y avait dans mon oncle Tobic une franchise qui n'était pas l'effet, mais la cause de sa familiarité. Elle vous introduisait sur-lechamp dans son amc , et vous faisait voir toute la bonté de son naturel. A cela, il se joignait dans ses regards , ilans sa voix et dans ses manières, je ne sais quoi d'humain, qui , dans tous les momens , invitait le malheureux à s'approcher et à chercher un asile auprès de lui. .\vant que mon oncle Tobie eût achevé la moitié des offres obligeantes qu'il faisait au père, le Sis s'était insensiblement pressé contre Ini; puis, étendant scs faibles bras, il avait saisi l'habit de mon oncle Tobic à la hauteur de la poitrine , et l'attirait doucement vers lui... Le sang et les esprits de Lefèvre , déjà froids et engourdis , et qui s'étaient retirés dans leur dernière citadelle, le cœur, firent un effort pour se rallier. Le nuage qui couvrait scs yeux les quitta pour un moment. Il regarda mon oncle 'Tobic aveo l'expression de la reconnaissance, du regret et du désir; il jeta un autre regard sur sou fils ; et ce lien qu'il établit entr'eux (tout faible qu’il était) n’a jamais été rompu.

La nature, après cet effort, reflua sur ellemême. Le nuage reprit sa place. Le pouls frémit, s'arrêta, se releva, s’affaissa, s’arrêta encore, hésita, s'arrêta... Achèverai-je? Kon.

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