‹ Œuvres completes de SterneChapitre 189 sur 507 · CHAPITRE CCXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXIII

4a jrnac ljifè«re.

Lefèvre rejoignit l’armée impériale devant Belgrade, à temps pour essayer la trempe

de .son f'qiéo .à la tléfaite des Turcs. 11 s'y comporta en digne élève de mon oncle Tobie. Mais le malheur sembla s'attacher à lui sans qu'il l’eùt mf'Tité, et le poursuivit partout pendant les quatre années qui suivirent; il soutint l’adversité avec courage, et sanssc lais.ser altattre ; mais enfin il tomba malade à Marseille , d'où il écrivit à mon oncle Tobie qu’il avait perdu son temps, ses services, et en un mot tout, excepté son épée; et qu’il altendait le premier vaisseau pour retourner à lui.

Mon oncle Tobie reçut celte lettre environ six semaines avant l’accident de Suzanne; de sorte que Lefèvre était attendu à toute heure. Il s’était présenté à l’esprit de mon oncle Tobie , dès que mon père avait |iarlé d'un gouverneur pour moi ; mais , au détail bizarre de toutes les perfections que mon père exigeait, mon oncle Tobie avait cm devoir garder le silence , jnsqu'à ce qu’enfin Yoricli ^ayant ramené mon père à des idées plus raisonnables, et mon père éuint convenu que mon gouverneur devait être bon, juste, humain «généreux, l’image et l’intérêt de l.cfèvre agirent si puissamment sur mon oncle Tobie, (pie , se levant aussilAt, et quittant sa pipe pour prendre l’autre main de mon père, qui tenait déjà une des siennes: — t Krère Shandy, s’écria mon oncle Tobie, souffrez que je vous recommande le fils de I.efèvrc — Je me joins au capitaine, dit Yorick. — Je réponds de la bonté de son cœur, dit mon oncle Tobie. — Et moi de sa bravoure , s’écria le caporal. — Les meilleurs cœurs, Trim , sont toujours les plus braves, i dit mon oncle Tobie.

— • Sans doute, dit le caporal. Et monsieur a pu voir également que les plus mauvais sujets du régiment en éuiicnt les plus lâches. Et monsieur peut se souvenir d’un certain sergent, nommé Kumlier... >

— « Nous traiterons ce sujet une autre fois, » dit mon père.

rniSTBA» SilANDY.

tUAPlTRE CCIV.

CalonoW.

Que cc monde-ci serait joyeux et plaisant, sans ce labyrinthe inextricable de dettes, de soins, de procès, de soucis, de devoirs, de gros douaires et de charlatans!

Ce dernier mot me ramène au docteur Slop. Il était vrai llls de sa mère. ( Sancho avait une autre expression pour rendre la même idée.) Dès l’inspection du mal, il m'avait condamné à mort; il fallait un miracle ou l’excellence de son art pourme tirer de là. L’accident était aussi complet que mes héritiers collatéraux pouvaient le désirer. Il le disait ainsi : tout le monde le crut; et, en moins d’une semaine, il n'y eut personne aux environs qui^ne dit avec compassion: Ce pativre petit Shandy est entièrement mutilé! La renommée en porta la nouvelle partout, et jura qu’elle l’avait vu. Enfin, il passa pour constant que la fenêtre de la chambre de la nourrice avait non-seulement mais encore

On ne peut guère prendre le public à partie, ni lui intenter un procès en corps; autrement mon père n’y aurait pas manqué : tant il 'était irrité dos bruits qui couraient à mon désavantage. Mais de tomber Kichement sur quelques individus , c’était avoir l'air de craindre les antres. D’ailleurs, la plupart de ceuxquiavaientparléde mon accident avaient témoigné toute sorte de pitié : les attaquer, c’était s’en prendre à ses meilleurs amis, et peut-être en même temps les eonfirmer, ainsi que le public, dans leur opinion. D’un autre cêté, sc taire, c’était presque acquiescer à tous les bruits fâcheux qui sc répandaieut sur mon compte.

— « \ eut-il jamais, s’écriait mon père, en frappant du pied , y eut-il jamais , frère Tobic, un pauvre diable aussi embarrassé que moi? •

— • A votre place , frère , disait mon oncle Tobie , je le montrerais à la foire. >

— f Et qu’y verrait-on?» s’écriait mon pere .

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