SAVOIR
f Que, dans le cas où, ci-après, il arrive, I 'idvicnnc, survienne, ou autrementse fusse • que ledit Gauthier Shandy abandonne, I (|uittc, délaisse toutes affaires, et cesse de « faire le commerce avant le temps que la- - dite Elisabeth MoUineux soit hors d'ilge, « selon le cours de la nature, d’avoir des « enfans, ou qu'autrement, par quelque
< cause que ce suit, ou puisse être, elle en « puisse effectivement avoir, et qu'en conc séquence de ce que ledit Gauthier Shandy c aurait quitté son commerce, il se rctirût
< de la ville de Londres, malgré ladite Eli-
< sabeth MoUineux, ou contre sa volonté,
t consentement et bon plaisir, pour denieuc rer sur ses terres, à la ferme de Shandy, " dans le comté de ou dans aucune autre
maison de campagne, chûteau, ferme, métairie, borderie, bordage, hameau, village, bourg, ville, ou sur aucune autre partie ou portion de bien-fonds quelconque, actuellement acheté, et dont il est en possession, ou qui sera par la suite acheté
alors et toutes les fois et aussi souvent que ladite Elisabeth MoUineux deviendra gro^e et enceinte d’un ou de plusieurs enfans légitimement procréés ou à procréer dans le sein de ladite Elisabeth Blollineux par ledit Gauthier Shandy, pendant le cours du susdit mariage, icelui dit Gauthier Shandy paiera en monnaie d’or et d’argent, et autres espèces ayant cours par tout le royaume, et non en billets et effets royaux, de quelque nature et qualité qu’ils puissent être, encore que le cours d’iceux fût autorisé et introduit par actes ou bills du parlement, ou autrement, auquel il est expressément dérogé et renoncé, comme clause essentielle du susdit mariage è$ susdites présentes, et sans laquelle le susdit mariage n’aurait été fait, célébré et consommé, la somme de cent vingt livres sterling auxdits sieurs Jacques Turner et Jean Dixon, ou, à leur défaut, à leurs ayantcause, et cela, de son propre argent, et sur son propre compte, dès et aussitdl qu’il en aura été bien et dûment averti ; lequel avertissement est convenu, stipulé et accordé devoir être fait six semaines aup.aravant le temps, où, par la susdite Elisabeth MoUineux, devra se faire son accouchement, et ladite somme de cent vingt livres sterling comptée, nombrée et délivrée, ainsi que dit est, cl dans les susdites espèces, sera aussitôt payée, remise, confiée et déposée pour le service, usage, emploi, intentions, dispositions, fins et but qui vont être ci-après expliqués, e’t qui sont : que ladite somme de cent vingt livres sterling sera remise cnü-e les mains de ladite Elisabeth MoUineux, ou entre celles desdits tuteur ou subrogé-tuteur, ou leurs ayant-cause, à l’cfl’et d’être, par elle ou par eux, employée à louer une voiture commode et avenante, avec un nombre sulTisant de chevaux pour mener, conduire, voilurcr et transporter ladite Klisa-
TRISTRAII SUARDY.
beili Mollincux et l’cnnint, ou les enfuns dont alors elle se trouvera grosse et enceinte, dans la ville de Londres ; et encore pour payer et défrayer toutes les autres charges, dépenses accidentelles et autres frais quelconijucs, relatifs et ayant rapport direct ou indirect à sondit accouchement dans la sustlite ville, faubourgs d'icelle, appartenances et dépendances.
« Et il est bien entendu que dans tous lesdits ras de grossesse, arrivant de quelque manière que cela puisse être, ladite Elisabeth Mollineus, dans tous les temps ici convenus et stipulés, pourra tranquillement et paisiblement louer ladite voiture ou carrosse, avec les chevaux susdits, et avoir en icelle une libre entrée, sortie et rentrée pour ledit voyage, toutes et autant de fois qu’elle le jugera à propos et que le besoin le requerra, sans pouvoir, à ce sujet, essuyer aucun retard, représentations, troubles, molestations, obstacles, vexations, interruptions, embarras et autres empéchemens quelconques I • Et il sera en outre permis à ladite Elisabeth Mollineux, de temps en temps, et aussi souvent qu’elle sera bien et vraiment et dément avancée dans sadite grossesse, de demeurer et résider dans tel ou tels endroits, dans telle on telles familles on avec tel ou tels parens, parentes, amis ou amies, de ladite ville de Londres, faubourgs d’icelle, appartenances et dépendances, qu’elle jugera à propos, selon sa volonté, désir et bon plaisir, nonobstant qn’elle soit mariée, et sous l’autorité de son mari, à laquelle à cet effet, et pour Icsdits cas, il a renoncé Pt renonce par ces présentes, lesquelles sont encore faites sous la condition, que, pour mettre plus cIBcacement et avec plus de sûreté toutes les conditions susdites à exécution, ledit Gauthier Shandy vend, cède, quitte, transporte, dél.iisse, lèche et abandonne dès à présent, comme il l'a fait par acte du jour d’hier, et séparé des présentes, auxdits Jean Dixon et Jacques Tunier, le fief, terre et seigneurie de Shandy, avec tous les droits, mouvances, cens, rentes, appartenances et dépendances audit fief, et toutes et chacune les fer-
t mes et métairies, maisons, édifices, grant ges, écuries, jardins, cours de devant et de c derrière, clos, viviers, étangs, réservoirs, « saignées, rigoles, tranchées , pêcheries ,
< eaux et cours d’eau, prés, pètis, marais, « communes, pètiirages, bois de futaie, tail- « lis, litières, arbres fruitiers, et potagers géc néralement quelconques, sans en rien ré- I server ni retenir, et tel que le tout se poiir- « suit et comporte, pour, par eux, se mettre
< en possession de tous lesdits objets sans « exception, et en jouir pleinement, et en
< disposer à leur volonté, toutes les fois que f ledit Gauthier Shandy ne remplira pas les f clauses susdites. •
En trois mots, ma mère pouvait accoucher à Londres, si elle le voulait.
Mais il se pouvait que ma mère supposût une grossesse. L’article ne prévoyait point ce cas; et mon oncle, Tobie Shandy, qui, à force de relire la clause, s’aperçut de cette omission, y fit ajputerce qui suit;
c Dans le cas où ma mère se transporterait
< à Londres sur de faux indices, et jeaerait
< par-là mon père dans une dépense inutile, f il est convenu que chaque fois que cela ar- « riverait, elle perdrait ses droits et ses pri- • viléges , pour la première fois qu’elle def viendrait grosse après une telle méprise; f mais pas davantage, et ainsi de suite, à f toutes les fois que la chose arriverait i. Il n’y avait certainement rien de déraisonnable dans cette clause; mais raisonnable comme elle était, il n’en est pas moins malheureux qu’elle ait tourné contre moi d’une manière aussi défavorable ; on sera touché de l’in- Buence qu’elle a eue sur mon sort.
Mais je devais être formé, je devais naître apparemment pour essuyer des malheurs.
Ma pauvre mère, soit que ce ne fût que de r air ou de l’eau, ou un composé de tous deux, ou peut-être ni l’un ni l’autre, et uniquement une simple imagination, une fantaisie, ou que quelque désir ardent en eût imposé à son jugement; soit enfin qu’elle se fût trompée, ou qu'elle eût voulu tromper mon père, et il importe assez peu de savoir quel fut son motif; le fait est qu’à la fin de septembre 1717, l’année qui précéda ma naissance, elle obligea mon père d'aller à Londres avec elle.
TRISTRAM SIIANUY.
bien cuiilre son grc. Il insiAla l’année suivante sur la clause qui le favurisail, et mui, je roc truuvai desliné à n’avoir pour tout ornement saillant au visage , qu’un nez s<;rré, rompriinc, aplati à l’unisson üu reste, et comme si je n’en avais point du tout.
Et quelle suite de disgrâces, de chagrins, de mortifications, la perte, ou plutôt la mutilation de cette partie précieuse de moiméme, ne ni’a-t-ellc pas fait essuyer dans tout le cours de ma vie !
aiAPlTRE XVII.
Càagnna domcatiqve*.
On s’imagine aisément que mon père ne revint de Londresâ la campagne que de trèsmauvaise humeur. Les frais de ce voyage inutile excitèrent vivement scs regrets pendant les vingt ou vingt-cinq premiers milles; et il les reprochait à ma mèi’e. C’était d’ailleurs la saison de l’année où il recueillait les fruits de ses espaliers, dont il était fort curieux. Si une bagatelle, une alTaire de rien fcût, dans un autre temps, appelé à faux â Londres, il n’en aurait pas dit trois mots, à ce qu’il disait.
Il ne parlait ensuite que de ses espérances trompées sur l’attente d’un fils. Il y avait rompté : son fils Robert pouvait lui manquer; il aurait eu un second appui de sa vieillesse. Su déception, à cet égard, était plus mortifiante pour un homme prudent, que la perte de tout l’argent que le voyage lui avait coûté. Qu’cstK;e (|uc cent vingt guinéeslui faisaient? Il les aurait moins regrettées que s’il eût perdu sa canne.
Rien ne f aflligcait tant depuis Sfdton jusqu’à Grantliam, que les complimens de condoléance (|u’il recevait de ses amis, et que la triste figure qu’il ferait à féglise le premier dimanche. La véhémence de son esprit, un {leu aiguisti |>ar le chagrin, lui faisait faire les descriptions les plus satiriques de tout ce qui s’y passerait, lorsque, placé dans le banc avec sa clière côte, il attirerait les yeux de toute l’assemUée. Ue quels ridicules ne sc-
rait-il pas rouvert? De combien de quolibets, de mauvaises plaisanteries ne serait-il pas le sujet? Ma mère a avoué que tout ce qu’il dit pendant ces deux postes était si plaisamment tragi-comique, quelle ne fitqnc rire et pleurer à la fois pendant cette route.
Mais les chose;, quand ils eurent pass** la rivière de Drente, prirent une autre face. Mon père se fâcha tout de Imn de la vile et indigne ruse de ma mère. C’était une fourberie ! La femme ne pouvait pas se tromper si lourdement; et si cela est.... .quelle faiblesse ! mot cruel et tourmentant ! Il ne feut pas sitôt prononcé, que son imagination sc remplit de mille idées. Son esprit en fut si frappé, qu’il voulut SC mettre àcompter combien il y avait de faiblesses. Il y avait des faiblesses de corps et d’esprit et les pre-
mières plus inquiétantes. Enfin, il ne faisait que raisonner. Il sc scrutait, pour tâcher de découvrir si ce n’éta’it pas lui qui eût donné lui-méme occasion au revers chagrinant dont il sc plaignait.
Enfin, il s’éleva dans son esprit tant de sujets d’inquiétudes, son humeur devint si fâcheuse, que ma mère ne retourna à la campagne qu’avec beaucoup plus de chagrin qu’elle n’avait eu de plaisir â revoir Londres. Elle en fut si affectée , quelle se plaignit ù mon oncle ’l'obie de ce qu’il aurait fait perdre patience au philosophe le plus accoutumé à réprimer ses passions.