‹ Œuvres completes de SterneChapitre 192 sur 507 · CHAPITRE CCVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCVIIl

Mc mcllrS't'On CB caloUcsT

— € Nous devrions, dit mon père, en se retournant à moitié dans son lit, et rapprochant son oreiller de ma mère, nous devrions penser, madame Shandy, a mettre cet enfant en culottes. >

— € Vous avez raison, monsieur Shandy, • dit ma mère.

— < Il est même honteux, ma chère, dit mon père, que nous ayons différé si longtemps. «

— I Je le pense comme vous,» dit ma mère.

— fCe n’est pas, dit mon père, que l’enfant ne soit très-bien comme il est. >

— « 11 est très-bien comme il est, » dit ma mère.

— f Et en vérité, dit mon père, c'est presque un péché de l’habiller autrement. >

— t Oui, en vérité, > dit ma mère.

— » Mais il graudit à vue d’œil, ce petit garçon-la!» répliqua mon père.

— • 11 est très-grand pour son âge, » dit ma mère. »

— » Je ne puis, dit mon père, appuyant sur ch.aque syllabe, je ne puis pas imaginer à qui diantre il ressemble. »

— < Je ne saurais l'imaginer, » dit ma mère.

— < Ouais! » dit mon père.

Le dialogue cessa pour un moment.

— • Je suis fort petit,» continua mon père gravement.

— Très-petit , monsieur Shandy, » dit ma mère.

' — < Ouais!» dit mon père. En même temps il se retourna brusquement, et retira l'oiril- 1er. Ici il y eut un silence de trois minutes et demie.

— • Si on le met en culottes, dit mon père en élevant la voix, je crois qu’il sera bien embarrassé à les porter. »

— iTrès-cmbarrassé au commencement,»

dit ma mère.

’ — < Et nous serons bien heureux, ajouta mon père, si c’est là le pis. >

— » Oh ! très-heureux,» répondit ma mère.

TaiSTRAV SIIARDY.

— € Apparemment, «lit mon père, après une pause «l'un moment, qu'il est fait comme tous les enfans «.les hommes ? •

— « ExaeU'ment, » «lit ma mère.

I Ma foi ! j’en suis fâché, • «fit mon père ;

cl le «Icbal s’arrêta encore une fois.

— « Du moins, dit mon père, en se retournant de nouveau, si j’en viens-là je les lui ferai faire de peau. •

— • Elles dureront plus long-temps, i dit ma mère.

— « Mais alors, dit mon père, il faudra qu'il SC passe de doublure. »

— « J’en conviens, • dit ma mère.

— f 11 vaut mieux, dit mon père, quelles soient de futaine. >

— < lln’ya riende meilleur.» dit manière.

— « Exce|)lé le basin, > répliipia mon père.

— < Oui , le basin vaut mieux , » dit ma mère.

— I Cependant, interrompit mon père, il ne faut pas risquer «le lui donner la mort. •

—«Il faut bien s’en garder, dit ma mère, » et le dialogue fut encore suspendu.

— « Ôuoi qu’il en soit, dit mon p«'rc en rompant le silence, pour la quatrième fois, il n’y aura certainement point de ptKhcs. »

— I 11 n’en a aucun besoin,» dit ma mère.

— « J’entends à sa veste et à son habit, » dit mon père.

— . Je le pense bien anisi , » répliqua ma mère.

I Car , s’il possède jamais un sabot et

une toupie... (à cet âge, pauvres enfans! c’est comme un sceptre cl une couronne) , il faut bieu qu’il ail de quoi les serrer. »

— « Ordonnez, monsieur Shandy, ordonnez tout comme vous le voudrez. »

— I Mais, dit mon pi're en insistant, ne trouvez-vous pas que cela est bien? »

, Très-bien, dit ma mère, s’il vous plaît

ainsi, monsieur Shandy. »

, S’il m«^ plail , s’écria mou père perdant toute patience, parbleu ! vous voilà bien . S’il me plait ! ne distinguerez-vous jamais , madame Shandy, ne vous apprenilrai-je jamais à distinguer ce qui plait d’avec ce qui convient? » Minuit vint .à sonner; c’était le ilimani he qui comm';n«;ait , et le chapitre n’alla pas plus loin.

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