‹ Œuvres completes de SterneChapitre 191 sur 507 · CHAPITRE CCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCVII

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I.ps anciens Goths de Germanie, qui les premiers s’éniblirenldansce paysqiii esi entre l'Oder et la Vistule, et qui s'associèrent dans la suite les Bulgares et quelques autres peuplades vandales, avaient tous la sage coutume de débattre deux fois toutes les alTaires importantes, une fois ivres et une fois à jeun: à jeun, pour que leurs conseils ne manquassent pas de prudence ; ivres, pour qu’ils no manquassent pas de vigueur.

Mon père ne buvait que de l’eau. Il n’y avait pas moyen de prendre cette méthode, ni de la tourner à son profit, comme il avait coutume de faire de toutes celles des anciens. Oue n’eût-il pas donné pour trouver un biais favorable, et pour se rapprocher au moins un peu de la méthode des anciens Germains, s’il ne pouvait l’adopter tout-à faiti il y rêva long-temps, et long-temps sans fruit ;enfin, la septième année de son mariage , il inventa fexpédient que voici.

' Toutes les fuis qu'il y avait dans la famille quelque poiiitdélicat àrégler, quelque affaire importante à débattre, en un mot, quelque résolution importante a prendre, résolution qui demandât a la fois beauroup de vigueur et desages'e, mon père réservait et assignait la nuit du premier dimanche du mois, et celle du samedi précédent, pour discuter l’affaire dans son lit avec ma mère. Que de choses il avait à faire le premier dimanche du mois ! sa pendule à monter, sa. .. Mais c’est se défier de la mémoire du lecteur, que d’en faire l'énumération.

Voilà ce que mon père appelait assez plaisamment ses lits de justice. Entre ces deux conseils, tenus dans ces deux positions différentes, il trouvait nécessairement ce juste milieu qui est le vrai point de sagesse. Il se serait enivré et désenivré cent fois, qu’il n’aurait pas mieux rencontré.

Mais, chut! le lit de justice va commencer. Venez, madame, il est temps d’approcher.

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