CHAPITRE CCXl
CampigDCA non oncle Tobie.
Si le lecteur n'a pas l'idée la plus parfaite de ce demi-arpent de terre qui se trouvait au fond du jardin potager de mon oncle Tobie, et qui fut pour lui le théâtre de tant d'heures délicieuses, je déclare que c’est entièrement la faute de son imagimttiun , et non pas la mienne. Je suis certain d'en avoirdonné une description si exacte, que j'en avais presque honte.
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XniSTRAV SIIANDÏ.
Un jour, d;ins sos mom,'ns iK' loisir, Ir deslin s’aniiisnit à regarder dans le vaste dépôt où sont inscrits tous les cvéïiemensdes temps rnliirs. Kn jetant les yeux sur un gros livre relie en fer, il vit à quels grands projets était ticsiiné ce petit coin de terre, qui devait être un jour le boulingrin de mon oncle Tobie. Il fit aussitôt signe à la nature; c'en fut assez. La nature y répandit une deini-pelleUie de scs engrais les plus doux, auxquels elle joignit justement assez d’argile pour conserver la forme des angles et de tous les points saillans, et en même temps trop peu pour que la terre pût coller à la bêche, et rendre le théâtre de tant de gloire impraticable parle mauvais temps.
Quand mon oncle Tobie se retira ù la canipngne , il y porta, comme on a pu voir, les plans de prestpie toutes les places fortifiées d'Ilalic et de Flandre. Ainsi devant quelque ville que le duc de Marlborougli ou les alliés allassent se placer, ils y trouvaient mon oncle Tobie tout préparé. F,t voici quelle était sa mëtliorle ; elle paraîtra au lecteur la plus simple du monde.
Tout aussitôt qu'une ville était investie, plutôt même si le projet était connu, mon oncle Tobie prenait son plan; et, au moyen d'une échelle, il lui était fiicile de l'adapter à la grandeur exacte de son boulingrin. Il s'agissait ensuite de transporter les lignes du papier sur le terrain : c'est ce qui s’cxéciitidt au moyen d'un gros peloton de ficelle, et •Tun certain nombre de petits piquets que l'on enfonçait en terre à tous les angles saillans et rentrans. Ensuite, prenant le profil de la place et de .ses ouvrages, pour déterminer la profondeur et Tinclinaison des fossés, le talus du glacis, et la hauteur précise de toutes les banquettes, parapets, etc., mon oncle Tobie mettait le caporal à l’ouvrage, et l'ouvrage se poursuivait tranquillement.
La nature du sol , la nature de l'ouvrage lui-même, et par dessus tout rexccllcntc nature de mon oncle Tobie, assis prés du caporal du matin nu soir, et causant familièrement avec lui sur les faits du temps passé, tout cela réduisait le travail ù n'en avoir presque que le nom.
Dés que la pl.ace était ainsi .achevée , et mise en un état de défense convenable, elle était investie ; et mon oncle Tobie , aidé tlii caporal , commençait à ouvrir la première parallèle. De grâce, qu’on ne vienne pas m’interrompre ici ; qu'un demi-savant ne vienne pas me dire que j’ai fait occuper tout le terrain par le corps de la place et de ses ouvrages, et qu’il ne m’en reste plus pour cette première parallèle , qui ne doit s’ouvrir qu'à trois cents toises au moins du corps principal de la place ! Ne restait-il pas à mon oncle Tobie tout son potager adjacent? C’est là, et ordinairement entredeux planchesde choux, qu’il établissait ses premières et secondes parallèles. Je considérerai tout au long les avantages et les inconvéniens de cette méthode, quand j'écrirai plus en détail l'histoire des campagnes de mon oncle Tobie et du caporal, dont ceci n'est, à proprement parler, qu’un extrait; et ce seul examen occupera au moins trois pages. On peut juger par-là de l'importance et de l'étendue des campagnes elles-mêmes. Aussi j'appréhende que ce ne soit en quelque sorte les profaner, que d'en donner, comme je fais, des lambeaux, dans un ouvrage aussi frivole que celui-ci ; ne vaudr.dt-il pas cent fuis mieux les faire imprimer à part? J'y songerai; et, en attendant , reprenons notre esquisse.