CHAPITRE CCXIX
l.a wéoc ekange.
A présent, mon cher lecteur, aidez-moi, je vous prie, à traîner l’artillerie de mon oncle Tobie hors de la scène. Transportons sa guérite ailleurs, et débanassons le théâtre , s’il est possible, des ouvrages à cornes, des demi-lunes, et de tout cet attirail de guerre.
Cela lait , mon ami Garrick , nous moucherons les chandelles , nous balaierons la salle , nous lèverons la toile, et nous ferons voir mon oncle Tobie revêtu d'un autre caractère , d’après lequel personne sûreiueut ne se doute comment il agira.
Et cc|)endant, si la pitié est parente de l’amour, et si le courage ne lui est point étranger, vous avez assez connu mon oncle T obie sous cesdeux rapports, pourensuivre la trace plus loin, et pour démêler dans sa nouvelle passion ces ressemblances de famille.
Vaine science! de quoi nous sers-tu dans une telle recherche? Tu n'es le plus souvent propre qu'à nous égarer.
Il y avait, madame, dans mon oncle Tobie une telle simplicité de cœur, elle le tenait si loin de ces petites voies détournées que les affaires de galanterie ont coutume de prendre, que vous n’en avez, que vous ne pouvez en avoir la moindre idée. Sa façon de
penser était si droite et si naturelle, il connaissait si peu les plis et les replis du cœur d'une femiiie , il était si loin de s’en méher, et (hors qu'il ne fût question de sièges) il se présentait devant vous tellement à découvert etsans défense,que vous auriez pu, madame, vous tenir cachée derrière une de ces petites Voies détournées dont j’ai parlé , et de là lui tirer dix coups de suite à bout portant, si neuf ne vous avaient pas suffi.
Ajoutez encore, madame (et c’est ce qui d'un autre c6té faisait échouer tous vos projets), ajoutez cette modestie sans pareille dont je vous ai une fois parlé , cl que mon oncle Tobic avait reçue de la nature , cette modestie qui veillait sans cesse sur ses sensations, et le tenait toujours en garde...
Mais où vais-je? et pourquoi me permettre desréilexionsqui se présentent au moins dix pages trop tôt , cl qui me prendraient tout le temps que je dois employer à raconter les faits?