‹ Œuvres completes de SterneChapitre 203 sur 507 · CHAPITRE CCXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXI

Svtles flckeiiMS ie U ptii d'Uutekl.

Quelles I3cheuses conséquences n’eût-elle pas , cette paix d'Utrecht ? Peu s’en fallut qu’elle nedégoùtâtàjamais mon oncle Tobie des sièges; et, quoiqu’il en soit venu à se raviser dans la suite , il est certain que Calais n’avait pas laissé dans le coeur de la reine A une une cicatrice plus profonde, q u’ Utrecli t n’en laissa dans le cœur démon oncleTobie. Du reste de sa vie , il ne put entendre sans horreur prononcer le nom d'Utrecht. Que dis-je? une nouvelle tirée de la gazette d’Utrecht le faisait soupirer, comme si son cœur eût voulu se rompre en deux.

Mon père avait la prétention de trouver le vrai motif de chaque chose: ce qui en faisait un voisin très-incommode, soit qu’on voulût rire ou pleurer. Il savait toujours mieux que vous-même vos raisons d’être triste ou gai. 11 consolait mon oncle Tobie; mais toujours en lui faisant entendre que son chagrin ne venait que d’avoir perdu son califourchon, t Ne t’inquiète pas, disait-il, frère Tobie; il faut espérer que nous aurons bientôt la guerre. Et si la guerre vient, les puissances belligérantes auront beau faire , tes plaisirs sont assnrés. Je les dcûe , cher Tobie, de gagner du terrain sans prendre de villes, et de prendre des villes sans faire de sièges. >

Mon oncle Tobie ne recevait pas volontiers cette espèce d'attaque que faisait mon père à son califourchon. II trouvait ce procédé peu généreux, d’autant qu’en frappant sur le cheval, le coup retombait sur le cavalier, et portait sur l’endroit le plus sensible; de sorte qu’en ces occasions mon oncle Tobie posait sa pipe sur la table plus brusquement, et se disposait à une défense plus vive qu’à l’ordinaire.

Il y a environ deux ans que je dis au lecteur que mon oncle Tobie n’était pas élo-

quent; et dans la même page je donnai un exemple du contraire. Je répète ici la même observation, et j’ajoute un fait qui la con treditcncore.il n’était pas éloquent ; il lui était difficile de faire de longues phrases. Mais il y avaitdes occasions qui l’entraînaient malgré lui, et l’emportaient bien loin de ses bornes ordinaires. Alors mon oncle Tobie était, à quelques égards, égal à Tertullicn, et à quelques autres inBniment supérieur.

Blon père goûta tellement une de ces défenses que mon oncle Tobie prononça un soir devant Yorick et lui , qu’il l’écrivit tout entière avant de se coucher.

J’ai eu le bonheur de retrouver cette défense parmi les papiers de mon père , avec quelques remarques de sa façon , soulignées et mises entre deux parenthèses.

Au dos du cahier est écrit : Jutti/ication det principes de mon frère Tobie, et des motifs qui le portent à désirer la continuation de ta guerre.

Je ne crains pas de le dire, j’ai lu cent fois cette apologie de mon oncle Tobie; et je In regarde comme un si beau modèle dedéfense, elle fait voir cq lui un accord si heureux de douceur, de courage et de bons principes , que je la donne au public , mot pour mot , telle que je l’ai trouvée, en y joignant les remarques de mon père.

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