‹ Œuvres completes de SterneChapitre 217 sur 507 · CHAPITRE CCXXXVni · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXXVni

Il J a loujoaia C|«elqae fer qui cloche.

Quand l'impatience des désirs d'un homme précipite scs idées quatre-vingt-dix fois plus vite que le véhicule qui le porte, il perd toute retenue ; et malheur au véhicule, malheur à tous ces accessoires, de quelque nature qu’ils soient, stir lesquels il exhale le mécontentement de son ame !

J'évite le plus qu'il m’est possible de porter un jugement dé6nitif sur les hommes et sur les choses, quand je suis dans un mouvement de colère.

Ainsi la première fois que la chose m’arriva, je me contentai de dire: Plut on se preste, plut on fait de tollitet. La seconde , troisième , quatrième et cinquième fois , je m’en tins à cette réffexion, etje ne m’en pris qu’au second, troisième, quatrième et cinquième postillon. Mais la même marotte du-

TltlSTRAM SIIANDT.

raiil toujours, ol iluraiil sans ('xre|iliou t!c la cinquième à la sixième, septième, et jusqu'à la dixième fuis, je ne pus m’abstenir il'englober toute la nation dans une réflexion ((énérique que je. fis en ces termes:

Il y a fonjotirt dans une voilure française quelque chose qui ra mal à la sortie de chaque poste.

Ou bien en cliatgeant la proposition :

Un postillon français ne saurait faire un quart de lieue sans avoir besoin de descendre.

El quoi encore de nouveau ? Diable ! une soupente cassée ! une dent de loup rompue ! un trait défait! une bande, un écron, une courroie, une boucle, un ardillon...

N'im.aginez pas pourtant que je me croie en droit de maudire la chaise de poste ni le postillon poui' des aeridens de celle espece ; ni que je jure par le Dieu vivant que je ferai plutôt le reste du chemin à pied; ni que je consente à être damné si l'on me voit remonter dans une pareille voiture ; non, je m’arme du plus beau sang-froid, et je reconnais qu'en quelque pays que je voyage, il y aura toujours quelque écrou, courroie, boucle, ou ardillon qui viendra à manquer. Ainsi je ne m’ échauffe jamais, je prends le bon et le mauvais selon qu’ils se présentent, et je poursuis mou chemin.

€ Kais-cn de même, mon garçon, » lui disje. 11 avait déjà perdu cinq minutes en descendant de cheval pour prendre un morceau de pain bis qu’il avait fourré dans une des poches de la voiture ; puis il était remonté, et cheminait à son aise pour le mieux savoure’r. «Allons, postillon, dis-je, plus vivement. » Mais pour cela je pris un Ion toul-à-fait persuasif ; je fis sonner une pièce de vingt-quatre sols contre la glace , prenant soin de lui en présenter le côté plat, comme il retournait la iClc. Le drôle, pour me montrer qu’il me comprenait, me fit une grimace qui s'étendit d’une oreille à l’autre, etqui, derrière son museau de suie, me découvrit une rangée de perles, telles qu’une reine aurait donné tous les joyaux de sa couronne pour en avoir autant.

Juste ciel! à qui dépars-tu de tels trésors ! quelles dents pour du pain bis !

El comme il finissait sa dernière bouchée, nous entrèmes à Montreuil.

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