CHAPITRE CCLXI
Lcfi deu
Oh ! il y a dans la vie de l'homme une époque charmante I C'est lorsque son cerveau étant encore tendre et Dexible , et toutes ses sensations promptes et faciles, l'histoire de deux amans passionnés, séparés l'un de | l'autre par de cruels parens , et par une destinée plus cruelle encore
PanUa, c'eat lanairti
Paaliae , a’eat «on amaau.
Chacun ignorant le sort de l'autre...
],«i à TcMi rooirc a l’oMal.
Paulin fait esclave par les Turcs , et mené à la cour de l'empereur de Maroc , où la princesse de Maroc devenant éperdùmcnt amoureuse de lui , le retient vingt uns en prison , ne pouvant vaincre sa constance pour Pauline.
Elle ( Pauline ), pendant tout ce temps, errant pieds nus, les cheveux épars , sur les ruchers et les montagnes pour chercher son amant : Pnn/in.' cher Panl'm! Et faisant re-
dire son nom aux échus des collines et des vallées: Paulin ! Paulin !
Noyée dans les larmes , abîmée dans le désespoir , assise à la porte de chaque ville , de chaque village : Mon cher amant, mon cher Paulin a-l-H parte là ? Perionne n'a-l-it vu mon cher PauCtn ? Et , parcourant ainsi tout ce vaste univers, jusqu'à ce qu'enfin un hasard inespéré les ramenant tous deux, quoique par différens côtés , au même instant de la nuit, à une des portes de Lyon , leur patrie commune , et chacun d'eux s'écriant à la fois avec un accent trop bien connu ;
Mon cher Paulin, ma chère Pauline, vit-il, vit-elle encore t
Ils se reconnaissent sans se voir , ils volent dans les bras l'un de l'autre , et meurent de joie en s'embrassant.
Il y a , dis-je , une époque charmante dans la vie de tout homme sensible. C'est quand une pareille histoire lui plaît, le touche, l'intéresse davantage que tous les rogatons, bribes et fragmens de l'antiquité , qu'il rencontre en foule chez tous les voyageurs.
C'était tout ce qui m'avait frappé en lisant les détails que Spon et les autres nous ont laissés sur la ville de Lyon. Maiscc qui acheva de me charmer , fut ce que je trouvai depuis dans un autre voyageur ( Dieu sait lequel ), qui rapporte qu'un tombeau fut érigé à la fidélité de Paulin et de Pauline, et placé près de cette même porte qu'ils avaient consacrée par leur mort touchante. Et sur ce tombeau , ajoute l'auteur , les amans vont encore aujourd'hui évoquer leurs ombres, et les prendre à témoins de leurs sermens.
Je doute qu'en aucun temps de ma vie j'eusse pu me soumettre à un tel genre d'épreuves. Mais ce tombeau des amans revenait sa ns cesse à mon imagination. Je ne pouvais parler de Lyon, ou seulement y penser ; que dis-je? je ne pouvais voir une étoffe de Lyon , sans que ce précieux monument de fidélité antique me revint à l'idée. Et j'ai souvent dit dans ma manière libre de m'exprimer ( |)eut-être même avec quelque irrévérence ), que ce tombeau , tout négligé qu'il était, me semblait d'un aussi grand prix que celui de La Mecque , et même de la Santa
TUSTRAII SBANDY.
<’asa de LorcUe , à la riclicsse prés. Je m'elais même promis, quoique je n’eusse aucune affaire à Lyon , de ne pas mourir sans en avoir fail le pèlerinage.
Ainsi , quoique sur la liste dos choses que j'avais à voir à Lyon , cet article fût le dernier, on peut voir qu’il n’était pas le moins intéressant pour moi. Kn ruminant ce projet dans ma tête , je fis donc dans ma chambre une douzaine ou deux d’enjambées plus longues que de coutume ; je descendis ensuite ft'oidement dans la cour, dans le dessein de sortir; incertain si je retournerais à mon auberge , je demandai ma carte à l’hête , je le payai; je donnai de plus dix sous à la fille ; et je recevais les derniers complimens de M. Leblanc qui me souhaitait un heureux voyage , (piand je fus arrêté à la porte.