CHAPITRE CCXCIX
lîn cl<ra ne ckaue pat l'aatre.
Rien ne fait voir les caractères de mon père et de mon oncle Tobie sous un point de vue
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TRMTR*M SHAiniT.
pins plavuint que leurs dilTércnlcs manières d'agir dans les mêmes aecidens. J’appelle l’amour accident et non pas malheur, dans l'opinion où l'on sait que je suis qu’il rend toujou.'s le cœur d'un homme meilleur. Grand Dieu! comment devait être le cœur de mon oncle Tobic quand il était amoureux, étant déjà si parfaitement bon quand il ne l’était pas?
Mon père , comme il parait par <]uelquesnnsdespapiersqn’il a laissés, était très-sujet à cette passion avant son mariage. Mais c’était toujours avec une sorte d'impatience originale , et même un peu acide ; et quand l’accident lui arrivait , nu lieu de s’y soumettre en bon chrétien, il enrageait, se démenait, tapait des pieds, faisait le diable à quatre , et écrivait contre l’objet de sa passion la diatribe la plus amère dont il pùts’aviser.
J’en ai retrouvé une en vers, qui s’adresse à je ne sais quel œil qui avait troublé son repos pendant deux ou trois nuits. Dans le premier transport de son ressentiment, voici comme il commence :
Miodit sit, qoe l’enfer confonde !
Œil né ponr le malhear du monde 1 Qni melt lee geni en pire étel.
Que pnyen, tare ou renégat
En un mot , tout le temps que durait le paroxisme, mon père n'avait dans la bouche qu'injurcs, qu'imprécations , et presque des malédictions. Seulement il était trop impétueux pour suivre la méthode d'Ernulphe, pour suivre même sa réserve. Mon père, qui était de l'esprit le plus intolérant, ne se contentait pas de maudire sans exception tout ce qui sous le ciel pouvait entretenir ou exciter son amour : jamais il n'achevait sa litanie de malédictions sans se maudire lui-même ùson tour, comme un des fous et des imbécilles les plus fieffés , disait-il , qui eût jamais été léché dans le monde.
Mon oncle Tobie au contraire prit le tout comme un agneau; il s'assit tranquillement, et bissa le poison travailler dans scs veines sans résistance. Dans les douleurs les plus aiguës de sa blessure (comme au temps de celle qu'il avait reçue à l'.aine), il ne lui échappa pas une expression chagrine ou de
mécontentement; il ne s’en prit ni au ciel ni à la terre ; il ne pensa ni ne parla mal de qui que ce soit. Pensif et soliuiire, il s’assit, sa pipe à la bouche , les yeux fixés sur sa jambe boiteuse , poussant de temps à autre quelque soupir sentimental , qui , mêlé avec les bouffées de tabac , ne pouvait incommoder personne.
Je le répète, il prit le tout comme un agneau.
A la vérité , il commit d’abord une méprise. Le malin de retic même journée, il était monté à cheval avec mon père , pour lécher de sauver un petit bois charmant, que le doyen et le chapitre de Shandy faisaient abattre pour en donner le profit aux pauvret (d’esprit, cerlainemcnt, car l’argent en fut partagé entre le doyen et les chanoines). Ledit bois se trouvait en vue de la maison de mon oncle Tobie , et lui était du plus grand secours pour sa description de la bataille de Wyuendale : aussi avait-il couru avec empivssement pour le sauver.
Il avait été au grand trot , sur un cheval dur, avec une selle incommode. Bref, i! était arrivé que la partie séreuse du sang avait pénétré entre cuir et chair, et avait causé un aposteme aux pays bas de mon oncle Tobie. Lorsque ce clou (car c’en était un) commençai é pousser, mon oncle Tobic, qui avait peu d'expérience en amour, se persuada que c’était là un des symptùmes et une des parties constituantes de sa passion ; mais l’aposlèmc venant à crever , et l'amour resUint le même, mon oncle Tobic comprit bien que sa blessure n'était pas blessure superficielle, et qu’elle avait pénétré jusqu’à son cœur.
CILVPITBE (XC.
ConlidcDCC.
Le monde rougirait d’avoir un penchant vertueux. Mon oncle Tobie connaissait peu le monde; et, quand il s’aperçut qu’il était amoureux , il n'imagina 'pas devoir en faire plus de mystère que si la veuve Wadman l'avait blessii par mégaidc avec son couteau.
TRISTkAK SHARDT.
Mais quand il aurait cru devoir taire ce secret à tout autre, accoutumé à reganierTrim comme un humble ami , et trouvant chaque jour de nouvelles raisons pour le traiter ainsi, çcla n’aurait rien changé à la manière dont il lui confia l'alTaire.
< Je suis amoureux, caporal», dit mon oncle Tobie.
CIIAPn’RE CCCl.
PUo de campagM.
— < Amoureux! s’écria le caporal; monsieur se porUiit si bien il y a deux jours, quand je lui racontais l’iiistoire du roi de Bohème ! — L’histoire du roi de Bohème I dit mon oncle Tobie.... (Il rêva quelque temps)... Qu'est devenue son histoire? »
— » Nous l’avons perdue, je ne sais comment, dit le caporal; mais alors monsieur n’était non plus amoureux que moi. — Cela me vint, dit mon oncle Tobie, lorsque tu me quittas avec la brouette et les outils. Je restai seul avec mistress V^adman. Le trait qu’elle m’a laissé est encore là , ajouta-t-il en montrant sa poitrine.
— » Eh bien! dit le caporal, il n’y a qu’à
marcher. Monsieur sait bien qu’elle n’est pas plus en état de soutenir un siège que de voler. » •
— iMais comme nous sommes voisins, dit mon oncle Tobie, ne serait-il pas mieux que je l’informasse civilement... »
— « Si j’osais, dit le caporal, être d’un .avis différent de monsieur! »
— < Parle libremeut,» dit avec bonté mon oncle Tobie.
— < Eh bien ! dit le caporal , sauf le respect dû à monsieur, je tomberais brusquement sur elle comme un tonnerre , pour répondre à ses petites attaques traîtresses; et ensuite je lui parlerais civilement. Car si elle s’aperçoit la première que monsieur est amoureux d’elle... — Dieu soit à son aide ! dit mon oncle Tobie; en ce moment, Trim, elle ne s’en doute non plus que Tcnfanl qui n’est pas encore né. »
0 mon oncle !
Il y avait déjà vingt-quatre heures que la veuve Wadman avait tout dit à Brigitte, sans omettre une seule cin'onstance ; et en ce moment elles tenaient ensemble un petit conciliabule, touchant certains doutes, certains scrupules, relatifs à l’issue de l’affaire, et qne le diable , qui ne dort jamais , avait fait naître dans Tesprit de la veuve , avant même qu’elle n’eût achevé son Te Deum.
— t Si je l’épouse , disait la veuve Wadman , j’ai bien peur, Brigitte , que le pauvre capitaine ne jouisse pas d’une bonne santé.
II a reçu une si terrible blessure à l’aine ! >
— > Bon! madame, répliqua Brigitte; elle n’est pas si considérable que vous pensez. D’ailleurs, ajouta-t-elle, je la crois bien guérie. »
— I Je voudrais en être sûre, dit la veuve Wadman; mais uniquement par rapporté lui. >
— t Si madame le désire, dit Brigitte , j’en saurai tout le détail avant qu’il soit huit jours; car, tandis que le capitaine lui rendra des soins, il est certain que monsieur Trim me fera sa cour; et c’est mon affaire , ajouta-telle , de le traiter de sorte qu’il ne me cache rien de tout ce que nous avons intérêt de savoir. »
Elles prirent donc ainsi leurs mesures; et mon oncle Tobie et le caporal prenaient les leurs de leur côté.
— c Maintenant, dit le caporal, en posant sa main gauche sur sa hanche , et animant son geste de la main droite , avec un air qui garantis.sait presque le succès, si monsieur veut me laisser faire, et me confier la conduite de l'attaque... >
— f De tout mon cœur, Trim , dit mon oncle Tobie. Et, comme je prévois que dans toute cette guerre tu me serviras d’aide-decamp, voici déjà une couronne pour t’aider à arroser ton brevet. »
— » Eh bien ! dit le caporal , faisant d’abord nue révérence pour son brevet, il faut prendre dans le grand coffre les habits galonnés de monsieur; il faut raccommoder les manches de celui qui est bleu et or. Je retaperai à monsieur sa perruque à la Hamillies , et j’aurai un tailleur pour retourner ses culottes d’écarlate. >
TBlSnAM SUARDT.
— c XaimeraîA mieux celles de pluchc rouge, dit mon oncle Tobie. — Monsieur n'y pense pas, i dit le caporal.