CHAPITRE CCCIV
L’iae et le caUCMrckoa.
De tout ce que pouvait dire mon père , si quelque chose était capable de désoler mon oncle Tobie ( surtout pendant la durée de scs amours), c’était l'usage continuel et perfide que faisait mon père d’une expression d'Ililarion l'crniitc, lequel en parlant de scs jeûnes, de ses veilles, de scs Bagellations, et de toutes les macérations pratiquées dans la religion, disait (quoique un peu plus gaiement, ce me semble, qu’il ne convenait à un ermite), qu'il employait tous ces moyens pour empêcher ton âne de regimber ; voulant dire : pour réprimer l'aiguillon de la chair.
Mon père était enchanté de cette expression, non pas seulement à cause de son laconisme , mais parce qu’elle ravalait les désirs et les appétits de la partie de nousmêmes la plus grossière. Il adopta donc cette métaphore, et il s’en servit constamment pendant plusieurs années de sa vie. Il oc prononçait plus le mot patsions, c’était toujours âne qu’il mettait à la place. Si bien que pendant tout le temps que sa manie dura , l’on pouvait dire qu’il était toujours à cheval sur son âne ou sur l’éne d’un autre.
Ici , messieurs , je vous prie d’observer la difiércnce de l’âne de mon père à mon dada, ou , si vous voulez , à mon califourchon: le tout pour qu’il ne vous arrive jamais de les confondrtî dans votre esprit.
Mon dada, si vous l’avez un peu observé, n'est pas une méchante bête; il ne participe de l'âne en rien, non, messieurs, en rien. Mon dada! Eh! c'est celui de tout le monde; c’est la petite niaiserie du moment: c'est la folie du jour: un magot, un papillon, un pantin , le boulingrin de mon oncle Tobie. Mon dada! Eh! c'est celui que vous montez vous-même , madame , quand vous avez un moment d’humeur, de vapeurs, d'ennui de votre mari; en un mot, c’est l'animal le plus utile que je connaisse ; et je ne sais pas ce que le monde deviendrait sans lui.
Mais l’âne de mon père , messieurs! mon-
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TRISTRAM SIIARDT.
tez-lo, VOUS prit-, muiitoz-lo; du j;r!ico, niunlcz-lis ou plutôt, messieurs, ne le montez pas. C'est un animal coneupisernt; et mallienr à celui qui ne l'em|>èche pas de regimber.
CHAPirRK CCCV.
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Dès que mon père eut appris l’amour de mon oncle Tobie : — « Eli bien! mon cher Tobie , lui dit-il en le revoyant , comment va ton line!' >
Mon oncle Tobie, plus occupé de sa blessure que de la métaphore d'IlilarioD, s'imagina que mon père, par une sollicitude toute rraternelle , lui demandait des nouvelles de son aine.
Cne imagination préoccupée, vous le savez, messieurs, n’a pas moins de pouvoir sur le sou des mots ipie sur la forme des choses; et un homme dans cette disposition, entend moins la chose qu'on lui dit que celle qui l’occupe.
Cependant la question étonna mon oncle Tobie, d'autant qu’il aperçut les coins des lèvres de ma mère à demi relevés , et tout son visage dispose au sourire. Le docteur Slop avait aussi je ne sais quoi de malin répandu sur sa physionomie. Enfin, mon père liii-iiième, en faisant celte question, n'avait point ce regard de l’amitié qui interroge la souif rance.
Un autre que mon oncle Tobie n’aurait pas répondu , ou aurait répondu avec embarras.
— t Mon aine J frère Shandy, répondit mon oncle Tobie , va beaucoup mieux. >
A ce mot, tout le monde écl.ata de rire, hors mon père, qui avait beaucoup espéré de son âne , et qui , fâché de la mi'prisc de mon oncle Tobie, aurait bien voulu revenir a la charge. Mais mon pauvre oncle Tobie avait Tair si déconcerté, si embarrassé, ipie si vous eussiez été là, madame, avec le cœur que je vous connais, vous seriez venue à son secours. C’est ce que fit ma mère.
— < Tout le monde, dit ma mère, assure que vous êtes amoureux, frère Tobie; et nous espérons que cela est vrai.
— • Jesnis amoureux, ma sœur, répliqua mon oncle Tobie; et plus même, je crois, qu’on ne Test communément. — Ouais ! dit mon père. — Et depuis quand le savezvous, I dit ma mère?
— « Depuis que mon clou a percé , i dit mon oncle Tobie. Cette réponse mit mon père de bonne humeur; et il entreprit encore une fois mon pauvre oncle Tobie.