‹ Œuvres completes de SterneChapitre 318 sur 507 · LA PERRUQUE · texte numérisé non relu

LA PERRUQUE

Le i>erruquier entre. R jette uii coup d'œil sur ma perruque, et refuse net d’y toucher. C'était une chose au-dessus ou au-dessous de son art. Mais, comment donc faire? lui dis-

je — Monsieur, il faut en prendre une de

ma façon j’en ai de toutes prêtes.

— Mais je crains, mon ami, lui dis-je en examinant celle qu’il me montrait, que cette boucle ne se soutienne pas — Vous pour-

riez, dit-il, la trempiT dans la mer, elle tiendrait.

Tout est mesuré sur une grande échelle dans cette ville, me disais-je. I.a plus grande étendue des idées d’un perruquier anglais n’aurait jamais été plus loin qu’a lui faire dire : trempez-la ilans un seau d’eau. Quelle différence ! C’est comme le temps à l’éternité.

Je l’avouerai, je déteste toutes les conceptions froides et lleguiatiques, ainsi que toutes les idées minces et bornées dont elles naissent; je suis ordinairement si frappé des grands ouvrages de la nature, que si je le pouvais, je n’aurais jamais d’objets de comparaison que çe ne fi’it pour le moins une montagne. Toutee qu’on peut objecter contre le sublime français, dans cet exemple, c’est que la grandeur consiste plus dans le mot que dans la chose. La mer remplit, sans doute, l’esprit d'une idée vaste; mais Paris est si avant dans les mrres, qu’il n’y avait pas d’apparence que je prisse la poste pour aller à cent milles de la faire l’expérience dont me parlait le perruquier. .\insi, le perruquier ne me disait rien.

Un seau d’eau fait, sans contredit, une triste figure a c6té de la mer , mais il a l’avantage d’étre sous la main ,et l’on peut y tremper la boucle en un instant

Lisons vrai ; l’expression françaiseexprime

plus qu’on ne peut effectuer. C’est du moins ce que je pense, après y avoir bien réfléchi.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que ces minuties sont des marf|iies beaucoup plus sûres et beaucoup plus distinctives des caractères nationaux, que les afl'aircs les plus importantes de l’état, oit il n’y a ordinairement que les grands qui agissent. Ils se ressemblent et parlent à peu près de même dans toutes les nations, et je ne donnerais pas douze sous de plus pour avoir le choix entre tous.

Le perrmpiier resta si longtemps à accomiiiiHlcr ma perruque, que je trouvai qu’il était trop tard pour aller porter ma lettre

chez madame de R Ce^iendant, quand un

homme est une fois habillé pour sortir, il ne peut guère se livrer à des réflexions sérieuses. Je pris |Kir écrit le nom de l’hûtel de Modène, où j’étais logé, et je sortis sans

savoir où j’irais J’y songerai, dis-je, en

marchant.

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