‹ Œuvres completes de SterneChapitre 323 sur 507 · LA ROSE · texte numérisé non relu

LA ROSE

Mon tour vint de demander au vieil officier ce qu’il y avait J’entendais de tous

côtés crier du parterre : liant les maitit! monsieur l’abbé, et cela m’était tout aussi incompréhensible qu’il avait peu compris ce que j’avais dit en parlant du moine.

lime dit quec’éiait apparemmcntquciquc abbé qui se trouvait placé dans une loge derrière quelques grisettes, et que le par-

Oigiiizcu uy vjuOÿU

TOÏACE SEJfTIllENT.U..

lcrrc , l’avanl vu , voulait qu'il tint ses doux

mains on l’air pondant la représonlation

Ail! comment soupçonner, dis-je, qu'un ecclésiastique puisse être un filou'? L’officier sourit, et, en me parlant à l'oreille, il me donna connaissance d’une chose dont je n’avais pas encore eu la moindre idée.

Bon Dieu ! dis-je en pâlissant d'étonnement, est-il possible qu’un peuple si rempli de sentiment, ait on même temps des idées si étranges, et qu'il se démente jusqu'à ce point? Quelle grossièreté! ajoutai-je.

L’officier me dit; C’est une raillerie piquante qui a commencé au théâtre contre les ecclésiastiques, du temps que Molière donna son Tartufe... Mais cela se passe peu à peu avec le reste de nos mœurs gothiques... Clmque nation, continua-t-il, a ses délicatesses et ses grossièretés qui régnent pondant quelque temps et se perdent par la suite... J'ai été dans plusieurs pays, et je ii’en ai pas vu un seul où je n’aie trouvé des raffinemens qui manquaient dans d’autres. Le POUR et le costre sc trouvent dans chaque nation... Il y a une balance de bien et de mal partout; il ne s'agit que de la bien observer. C’est le vrai préservatif des préjugés que le vulgaire d'une nation prend contre une autre... L'n voyageur a l'avantage de voir beaucoup et de pouvoir faire le parallèle des hommes et de leurs mœurs , et par-là il apprend le lavoir vivre. Une tolérance réciproque nous engage à nous entr'ainaer... Il me fit, en disant cela, une inclination et me quitta.

11 me tint ce discours avec tant de candeur et de bon sens , qu'il justifia les impressions favorables que j’avais eues de son caractère... Je croyais aimer l’homme; mais je

craignais de me méprendre sur l’objet

Il venait de tracer ma façon de penser. Je n’aurais pas pu l’exprimer aussi bien : c’éUiit la seule dillércnce.

Rien n'est plus incommode pour un cavalier que d'avoir un cheval entre ses jaml)es, qui dresse les oreilles et fait des écarts i chaque objetqu'ilaperçoit; cela m'inquiète iort peu... mais j’avoue franchement que j’ai rougi plus d’une fois pendaft le premier mois que j’ai passé à Paris, d’entendre pro-

noncer certains mots auxquels je n’étais pas .accoutumé. Je croyais qu'ils étaient indécens, et ils me soulevaient..... Mais je trouvai , le second mois, qu’ils étaient sans conséquence, et ne blessaient point la pudeur.

Madame de Rambouillet, après six semaines de connaissance, me fit l'honneur de me mener avec elle à deux lieues de Paris dans sa voiture.. On ne peut être plus polie, plus vertueuse et plus modeste qu’elle dans scs expressions... En revenant, elle me pria

de tirer le cordon Avez-vous besoin de

quelque chose? lui dis-je Rien que de

pisser, dit-elle.

Ami voyageur, ne troublez point madame de Rambouillet; et vous, belles nymphes, qui faites les mystérieuses, allez cueillir des roses, effeiiillcz-lcs sur le sentier où vous vous arrêtez... Madame de Rambouillet n’en fit pas davantage... Je lui avais aidé à descendre de carrosse , et j’eusse été le prêtre de la chaste Castalie , que je ne me serais pas tenu dans une attitude plus décente et plus respectueuse près de sa fontaine.

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