LE BOURBONNAIS
Ces émotions si douces, ces rians tableaux que je m'étais promis en traversant cette belle partie de la France, pendant le temps des vendanges, s'étaient entièrement évanouis. Il ne m’en restait plus rien Mon
rœnrs'éUiit fermé au seutiment du bonheur, depuis que j’avais posé le pied sur une terre d'afOiction. Au milieu de toutes c<^ scènes d’une joie bruyante que je rencontrais à chaque instant , je voyais toujours Marie , dans le fond du tableau, .assise et réveust; sous son peuplier; j’étais déjà aux portes de Lyon, je la voyais encore.
Charmante sensibilité ! source inépuisable de tout ce qu’il y a de précieux dans nos plaisirs et de doux dans nosafflictions! tu enchaiues ton martyr sur son lit de paille, ou tu l'élèves jusqu’au ciel. Source éternelle de nos sensations! c'est ta divinitéquimedonne ces émotions...Non que, dans certains roomens funestes et maIadifs,nion ameiabattccl s effraie (le ta ile<(rui;lian...Ccncsont que des paroles pompeuses...Mais parce (|ue je sens en moi que cette destruction doit être suivie des plaisirs
et des soins les plus doux. Tout vient de toi, grand EuASATEcn de ce monde ! C’est toi qui amollis nos cœurs et nous rends compatissansaux maux d'autrui : c’est par mi que mon ami Eugène tire les rideaux de mon lit quand je suis languissant, qu’il écoute mes plaintes, et cherche à me consoler. Tu fais passer quelquefois cette douce compassion dans l'ame du pâtre grossier qui habite les montagnes les plus âpres : il s’attendrit quand il trouve égorgé uii agneau du troupeau de sou voisin... Je le vois dans ce moment, sa tête appuyée contre sa houlette, le contempler avec pitié... Ah ! si j’étais arrivé un moment plus tôt, s’écrie-t-il... Le pauvre agneau perd tout son sang, il meurt, et le lendri! cœur du berger en saigne.
Que la paix soit avec toi ! généreux berger. Tu t’en vas tout afDigé... mais le plaisir balancera ta douleur, car le bonheur entoure ton hameau... heureuse est celle qui le partage avec toi ! heureux sont les agneaux qui bondis.scnt autour de toi !
LE SOLPKR.
Un fer se détaclia d'un pied de devant du cheval de brancard, en commençant la montée du mont Tarare : le postillon descendit et le mit dans sa poche. Comme la montée pouvait avoir cinq on six milles de longueur, etque ce cheval était notre unique ressource, j'insistai pour que nous rattachassions le fer aussi bien qu'il nous serait possible ; mais le postillon avait jeté les clous, et, sans eux, le marteau qui était dans la chaise ne pouvant pas nous servir, je consentis à continuer notre route.
A peine avions-nous fait cinq cents pas que, dans un chemin pierreux, cette pauvre bête perdit aussi le fer de l'autre pied de devant. Je descendis alors tout de bon de la chaise, et, apercevant une maison à quelques portées de fusil, à gauche du chemin, j’obtins du postillon qu’il ni'y suivrait. L'air de la maison et de tout ce qui l'entourait ne me fit point regretter mon désastre. C'était une joli» ferme entourée d'un beau clos de vigne et de quelques arpens de blé. II y
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l(! visa({r, l’i <|ii|iUt Iphi'S siiliols pour |n-cnilre (It'ü soiiliri's. Kii trois miiiiilos toute l:i troupe est perte ù rommeiicer le bal sur une petite esplanaile de "a/.on qui était devant la cour. I.c vieillard et sa femme sortent les ilerniers. Je les areomptigne, et me place entr'eux sur un |)ctit soplia de verdure près de la porte.
I.C vieillard, dans sa jeunesse, avait su jouer assez bien de la vielle, cl il en jouait encore passablement. I«a femme l'accompagnait «le la voix; ellcsenfans cl les pclils-enfuns dansaient.. .Je dansais moi-méme, quoique assis...
Au milieu de la seconde danse, à quelques pauses dans les momens où ils semblaient tous lever les yeux, je crus entrevoir ipie celle élévation était l'effet d'une autre cause que celle de la simple joie... H me sembla , en un mot, que la religion était niélée pour quelque chose dans la danse... Mais, cumnie je neravaisjamaisvucs'engagerdansce plaisir, je commençais à croirc que c'était l'illusion d'une ini.aginalion qui me trompe continnellenienl, si, la danse finie, le vieillard ne m’eill dit : Monsieur, c'est là ma coutume; pendant toute ma vie, j'ai toujours eu poiir règle, après souper, de faire sortir ma famille pour danser et SC réjouir, bien sùrqiie le contentement et la gaîté de l'esprit sont les meilleures actions de grâces qu'un homme comme moi, qui n'csl point instruit, peut rendre au ciel.
Ce seraient peut-être même aussi les meilleures des plus savons prélats, lui dis-je.
avait d'un côté un potager rempli de tout ce qui pouvait entretenir l'abondancr dans la maison d’un paysan, et de l'autre un petit bois qui pouvait servir d'urucmenl et fournir le
chauffage Il était à peu pn'-s huit heures
du soir lorsipiej'y arrivai... Je laissai au postillon le soin de s'arranger, et j'entrai tout droit dans la maison.
lai famille était composée d'un vieillard à cheveux blancs, de sa femme, de leurs lils, de leurs gendres, de leurs femmes eide leurs enfans.
Ils allaient se mettre à table pour manger leur soupe aux lentilles. Un gros pain de froment occupait le milieu de la table , et une bouteille de vin à chaque bout, promettait de la joie pendant le re|>as ; c'était un festin d'amour et d'amitié.
Iæ vieillard se lève aussitôt pour venir à ma rencontre, et m'invite, avec une cordialité respectueuse, à me mettre à table. Mon coeur .s'y était mis dès le moment ijue j'étais entré. Je m'assis tout de suite comme un des enfans de la famille ; et, pour en prendre plus tôt le caractère, j'empruntai , à l'instant même, le rouleau du vieillard, et je coupai un gros morceau de pain. Tous les yeux, en me voyant faire, semblaient me dire que j'étais le bien venu, et qu'on me remerciait de ce que je n'avais pas paru en douter.
Était-ce cela, ou, dis-le-moi,Kalure, étaitce autre chose qui me faisait paraître ce morceau si friand? A quelle magie étais-je redevable des délices que je goûtais en buvant un verre de vin de celle bouteille , et qui semble encore m'affecter le palais?
Le souper était de mon goût; les actions de grôces qui le suivirent en furent encore plus.