I-K 1I.\S.\UD DE L'EXISTENCE
€ l,e cri de mécontentement pour le voyage «pi'oii nous force à faire!» Cette idée me plaît; je la crois neuve et très-bien adaptée à ma siiualiou présente : je remontai dans ma chaise, en adressant un sourire gracieux aux inides (pii semblaient avoir coininuniqiié toutes leui-s mauvaises qualités à leur conducteur, et je roulai dans mon esprit quelques conclusions étranges et sans liaison que je lirais de celte pensée que je trouvais si heureuse.
Si donc, me disais-je, nous sommes forcés à ce voyage de la vie, si nous soninu's engagés dans cette route sans le savoir, et s;ins y avoir consenti, si, sans un certain concours ^ fortuit d atomes, nous eussions pu cire une !
pipe à fumer, ou une oie, ou un singe, pourquoi sommes-nous responsables de nos passions, de nos folies, et de nos caprices? Si vous ou moi , Eugène, nous étions forcés par quelque tyran à devenir des courtisans, avant d’avoir appris à danser, serions-nous punissables pour avoir fait gauchement la révéix'uce? ou, si ayant appris à danser, mais ignorant tout-à-fail l'étiquette de la cour, on me faisait malgré moi maître des cérémonies, faudrait-il m'empaler à cause de mon ignorance'? Que d’Alexandn-s ou de Césars ont été perdus pour le monde par une maladresse dans l'acte imporlaut de la conception! Fais attention à cela, Eugène, et ris de la prétendue imporlauce des plus grands monarques de la terre.