‹ Œuvres completes de SterneChapitre 381 sur 507 · LETTRE VIL · texte numérisé non relu

LETTRE VIL

ÈL!ZA A YORICK.

Tendre Yorick,

Mes nerfs sont si faibles, ma main est si tremblante, que je crains bien que vous ne puissiez Tire ni entendre ce grilTonnagc... Je suis bien mal,... en vérité, je suis bien mal.

Présentez mon tendre souvenir à monsieur et mistress James ; ... ils sont dans mon cœur; , . ils ont avec mon Bramine une égale portion de ma sincère amitié: ... que le ciel vous préserve tous des épreuves cruelles dont il accable mon être souffrant et débile.

Mais ne croyez pas, Yorick, que je me plaigne... Non.

Dieu bienfaisant, je te remercie de mes

peines Tu me chùties pour mon bien

Mon ame vaine s’était égarée dans les flat-

teuses pensées de l'avenir.... Tu la ramènes pouV üxer son attention sur le point qu’elle habite Uh ! garde-moi du péché de mur-

mure! Je te demande des forces pour suppoi^ ter mes maux avec patience.

La famille des est venue me voir;

ce sont de bien aimables gens, et je les aime autant que je les considère... Qu’ils étaient alTectés de ma situation ! je crois qu’ils la sentaient plus vivement que moi.

Je suis prise d’un étrange vertige, et je finis ma lettre. Adieu !

Éliza.

LETIRE Vni.

VORICK A ÉLIZA.

Je vous écris, Éliza, de chez M. James, tandis qu’il s’habille ; son aimable femme est à mes côtés, qui vous écrit aussi... J’ai reçu, avant le diner, votre billet mélancolique;... il est mélancolique , en elTct, mon Éliza , de

lire un si triste récit de ta maladie Tu

éprouvais assez de maux sans ce surcroît de douleur. Je crains que ta iiauvre ame n’en soit abattue , et ton corps aussi , sans espoir de recouvrement.... Que le ciel le donne du courage ! Nous n’avons parlé que de toi, Éliza, de tes douces vertus, de ton aimable caractère : nous en avons parié pendant toute l’après-dlnée.

Mistress James et ton Bramine ont môle leurs larmes plus de cent fois en parlant de tes peines, de ta douceur et de tes grâces : c’est un sujet qui ne peut tarir entre nous. Oh ! c’est une bien bonne amie !

Les"’, je le le dis de bonne foi, sont de méchantes gens; j’en ai appris .assez pour

frémir à la seule articulation du nom

Comment avez-vous pu, Éliza, les quitter, ou plutôt soulTrir qu’ils vous quitUassent avec les impressions défavorables qu’ils ont?..... Je croyais t’en avoir dit assez pour le donner le plus profond mépris pour eux jusqu'au dernier terme de ta vie. Cependant tu m’écris, cl lu le disais encore il y a peu de jouris a mistress James, que tu croyais qu’ils t’ai-

D VURICK

maicot leadreucat... Süu amour pour Ëlir.a, | sa dviicalcssc et la crainte de troubler Ion rejios, lui ont fait taire les plus éclatantes preuves de leur bassesse... Pour l'amour du ciel, ne leur écris point, ne souille pas la lx!llc ame par la fréquentation de ces cœurs

corrompus Us t’aiment ! quelles preuves

en as-tu? sont-ce leurs actions qui le montrent, ou leur zèle pour ces allacliemens qui t'honorent et font tout ton bonheur? Se sontils montrés délicats pour ta réputation? Non mais ils pleurent, ils disent des choses tendres... Mille fois adieu à tontes ces simagrées!.... Le coeur honnête de mistress James se révolte contre l’idée que tu as de leur rendre une visite... Je t’estime, je t’honore pour chaque acte de ta vie, excepté cette aveugle partialité pour des êtres indignes d’un seul de tes regards.

Pardonne à mon zèle, tendre Glle ; accorde-moi la liberté que je prends; elle naît de ce fonds d’amour que j’ai, que je conserverai pour toi jusqu’à l’heure de ma mort... Réfléchis, mon Ëliza , sur les motifs qui me portent à te donner sans cesse des avis... Puisje n’en avoir aucun qui ne soit produit par la cause que j’ai dite? Je crois que vous êtes une excellente femme, et qu’il ne vous manque qu’un peu plus de fermeté , et une plus juste opinion de vous-mème, pour être le meilleur caractère de femme que je connaisse. Je voudrais pouvoir vous inspirer une portion de cette vanité dont vos ennemis vous accusent , parce que je crois que , dans un bon esprit, l’orgueil produit de bons eCTets.

Je ne vous verrai peut-être plus, Ëliza;.,. mais je me flatte que vous songerez quelquefois à moi avec plaisir , parce que vous devei être persuadée que je vous aime : et je m’intéresse si fort à votre droiture , qûe j'apprendrais avec moins de peine la nouvelle d’un malheur qui vous serait arrivé, que le plus léger écart de ce respect que vous devez à vous-même.. Je n’ai pu garder cette remontrance dans mon sein;... elle s'en est échappée. Ainsi, adieu! que le ciel veille sur mon Ëliza !

Ton Yorick.

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