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LETTRE PREMIÈRE

A. w., écuyer,

CosncmM, le i jsillet

Je SUIS arrivé sain et sauf à mon petit ermitage ; et j’ai la certitude que vous ne tarderer, pas à venir m'y joindre : puisque, pendant six mois, nous avons ensemble parcouru le cercle des plaisirs, il faut également que vous soyez de moitié dans ma solitude. Vous y trouverez le repos dont, tout jeune que vous êtes, vous devez avoir liesoin; nous aurons, à votre choix, de l'esprit, de l’érudition ou du sentiment; mes jeunes laitières "VOUS feront des bouquets, et tous les jours , après le café , je vous mènerai visiter mes nones; cependant, n'allez pas tout de suite donner carrière à votre imagination ; laissez plutèl agir la mienne , ou du moins souffrez qu'elle vous raconte comment nn charmant cloître s'est élevé tout à coup dans une de ces régions fantastiques. Qu'est-ce riue cela signifie? direz-vous, l’n moment; je vais vous l'apprendre.

Il faut donc que vous sachiez qu'en prenant par la porte de derrière de ma maison, je me trouve bientôt engagé dans un sentier qui conduit à travers des prairies et des bosquets touffus; je le suis, et, environ vingt minutes après, j'arrive aux ruines d'un monastère où jadis un certain nondjre de vierges consacrèrent leur... vie... je sais à

peine ce que j'allais écrire a la solitude

religieuse. Toutes les fuis que je me remis

dans cet endroit , j'.ippelle cela vhUer me* noms.

Ce site a quelque chosed'imposantetd'auguste; un ruisseau roule au travers; une haute colline, couverte de bois, s'élève brusquement du côté opposé, verse une ombre in.ajestueuse sur tous les environs, et ne permet jioint à la pensée de s'égarer audelà; jamais de pieuses solitaires ne trouvèrent une retraite plus propre à les sanctificr. Aujourd'hui ce serait une véritable découverte pour uu antiquaire; il n’aurait p.as trop d'un mois pour dcchilfrer ces ruines; mais je ne suis point antiquaire, vous le savez; par conséquent, je viens ici dans des vues bien différentes , et que je crois meilleures, c'est-à-dire pour me déchiffrer moimême.

Appuyé sur le portail, dans l'attente de la rêverie , je considère le ruisseau qui s'éloigne en murmurant ; j'oublie le spleen , la goutte et le monde envieux; ensuite, après avoir fait un tour sous ces portiques délabrés, j'évoque toute la communauté, je prends la plus jolie des soeurs, je m'assieds à côté d'elle sur une pierre que des aunes

couvrent de leurs rameaux , et là je fais

Quoi ? j'interroge son joli petit cœur, que je sens palpiter sous ma main; je devine ses désirs; je joue avec la croix qui pend à son cou. En un mot, je lui fais l'amour.

Fi ! Trisirani , vous extravaguez. Point du tout, je vous déclare que je n'extravague point; car quoique les philosophes, parmi nombre d'autres absurdités , aient dit qu'un homme amoureux n'était pas dans son bon

sens, j»' suiiUnis, envers el euiilro ions, i|u'il n'est juniüis plus raisuniniblc , ou pour mieux dire, plus consi'qiienl à sa manière de sentir, que lorsqu'il poui'suit quelque Ar- III (lie. ou quelque Angélique de son invention. Si vous êtes actuellement dans ce cas, je vous pardonne le temps que vous passez loin de moi : mais si ma Icllrc vous trouve au moment où votre flamme viendra de s’éteindre , et avant que vous ayez pu en al- Inuier une nouvelle; et si vous ne prenez tout de suite la poste pour venir me joindre avec mes nones, je ne cesserai de vous gronder en leur nom et au mien ; quoique , après vous avoir bien chapitré , je pense que je me sentirai toujours

Votre très-alfectionné , etc.

LEfTRE II.

Coiwonld, 17 juillet 1764.

Eli bien ! vous avez donc été visiter le siège de l’érudition? si j’avais pu le prévoir, j'aurais fait en sorte que vous y eussiez trouvé quelque chose en manière d’cpltre, avec une demi-douzaine de lignes de recommandation au principal du college de Jésus. Ce digne homme était mon surveillant dans mes études : tant que j’ai vécu sous sa direction , il m’a toujours lâché la bride, ce qui prouve son discernement , car je n’étais pas né pour suivre la route commune; je ne pouvais aller qu’à côté du grand chemin : il avait assez de bou sens pour s’en ajiercevoir et pour no pas serrer le licol. En elTet, je ne suis nullement propre à l'attelage; l’amble est ma véritable allure; et pourvu que je ne lâche de ruade ni d'ëclaiioussure sur personne , quelqu’un a-t-il le droit de venir m’arrêter au nom du sens commun? Que les bonnes gens rient, si tel est leur plaisir, et que grand bien leur fasse; cl réellement si , au lieu d’une lettre, j'écrivais un livre, je démontrerais la vérité de ce que je disais une fuis à un grand homme d’état, orateur, politique, etc. Je disais donc que toutes /es foit que nom tour/ont, et

mieux encore lorsque nous rions complclcmenl, nous ujoHlons quelque chose à notre portion de vie.

Mais peut-on rester cinq jours à Cambridge? En vérité cela passe les bornes de ma faible intelligence : n’auriez-vous pas mieux employé votre temps , si vous aviez poussé vos courageux bidets versCoxwould?

Vous vous êtes amusé sans doute à critiquer un trou sur quelques-uns des pans de la maussade arcbileclurc de Gibb; à mesurer la façade de la bibliothèque du collège de la Trinité; à examiner les perfections gothiques de la chapelle du collège royal; ou, ce qui vaut mieux , à boire du thé et à parler sentiment avec miss Cookes, ou à déranger M.Gray par une de vos visites enthousiastes.

Mais dites-moi, je vous prie, pendant tout

ce temps, que faites-vous de S ? Il n’est

pas homme à examiner curieusement les pesans murs des collèges ou les portraits moisis de leurs fondateurs, ni à s’égarer, comme moi , sous les saules qui couvrent les bords verdoyans de Cara , pour y évoquer les Muscs: il appellerait plutôt un sommelier. Poltron comme vous êtes, comment pouvez-vous faire deux lieues ensemble dans la même chaise? c’est sans doute par cette admirable souplesse d’esprit que vous possédez quand il vous plaît , quoique cela ne vous plaise pas toujours. En effet, je ne sais pas pourquoi l’on prendrait scs habits de cour pour aller voir des marionnettes; mais, d’un autre côté, l’on ne doit pas se parer exclusivement pour ceux qu’on aime, quoiqu’il y ait quelque chase de noble dans celte façon d’agir. Le monde , mon cher ami , demande un autre système: car, tant que les hommes seront ingrats et faux, cette confiance illimitée , cet héroïsme de l’amitié que je vous ai entendu pousser jusqu’au délire, est d’une conséquence vraiment dangereuse.

Je serais en état de prêcher un sermon làdessus, et , en vérité, dans ma chaire, je ne serais pas plus sérieux que je le suis actuellement. Ainsi s’évanouissent les projets de cette vie : quand j’ai pris la plume , j’avais l’humeur gaie et sémillante; maintenant me voilà devenu grave et solennel comme un concile; mais, pour reprendre ma eoute-

LETTRES

oam'u üTiliiiairo , je n'ai nii’à voir un ûne bniiro sur ma palissade.

Qiiitlcz, quittez votre I.incoinshire , et venez dans mon vallon ; ne voyez-vous pas que vous obsédez S...? Toutefois rappeleznioi tendrement à lui et cordialement à vousménie , car

Je suis bien véritablement votre, etc.

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