‹ Œuvres completes de SterneChapitre 402 sur 507 · I.E’ITRE X · texte numérisé non relu

I.E’ITRE X

A...., écuyer.

J’ai reçu, mon cher ami, votre réponse affectueuse. Vous devez savoir qu’elle est telle que je la désirais, et telle que je l’altendais de votre part. J’aurais été bien embarrassé, si vous m’aviez écrit d’un autre style ; mais entendons-nous, s’il vous plaît ; mon embarras n’eût été que relativement à vous, car, quoique je .sois bien aise que vous me fassiez, de la manière la plus gracieuse, toutes les offres d’une amitié qui ne connaît |>oint de bornes, je suis presque aussi flatté de voir que l’état de mes finances me permette de ne pas les accepter.

J'ai fait marché pour la reconstruction de mon presbytère ; j’ai pris des arrangemens avec toutes les parties intéressées, et cela d’une manière beaucoup plus satisfaisante que je ne devais rallendre. J’étais impatient de terminer cette affaire, afin qu’elle ne pût .devenir une source de dilapidation pour la fortune de ma femme et de Lydia , car je n’ai

pas lieu de croire qu’après ma mort, les

de eussent pour elles plus de bienveil-

lance qu’ils n’en ont eu pour moi ; pour moi qui, n’étant qu’un pauvre vicaire, avais assez d’orgueil pour mépriser leurs révérences, et assez d’esprit pour amuser les autres à leurs dépens: mais que Dieu leur pardonne comme je le fais moi-même ! Ainsi soit-il.

J’ai écrit à Hall le récit de mon dés;istrc: il veut, dans sa réponse, que je m’en console • avec U ne /ii/poi/irte. Tullius, l’orateur, le philosophe, le politique, le moraliste, le consul, etc., etc., etc., adopta certain genre de consolation lorsqu’il perdit sa fille, comme il le dit ingénument à ch.acun de ses lecteurs ; et, si nous devons l’en croire, ce fui avec succès. Maintenant il faut que vous sachiez que ce TuU'tut était comme mon père ; je veux direM. Shandy ou Shandy Hall: les revers qui fournissaient à ce dernier l'occa-

LETTRES

sionüc ücploycr son éloquence, n'élaient pas moins agréables pour lui, que les faveurs qui l’obligeaienl à se taire. Ces deux grands hommes étaient fous des hypothèses, et je vais Tons en rapporter une qui n’est ni de Cicéron, ni de mon père, mais du seigneur de Crazy.

Vous satire/, donc que ce seigneur, mon ami, je puis même ajouter le vètre, eut un momentde paresse orgueilleuse; que, dansce moment, il forma le projet d’avoir nn carrosse à la ville pour ménager ses jandn'S le jour, et le voiturerle soir à Renelagh. Après avoir consulté le sellier, il mit de côté cent quarante livres i>oiir cet objet, et m’eu écrivit un mot. Trois mois après, lors de mon amvéc à la ville, je trouve nn billet de lord Spencer qui m’invite à dincr avec lui le dimanche suivant. A |MMneavais-jeln ce billet, que le char pompeux me revint dans l'idée. Je sortis donc pour aller m'informer de la santé de Hall, et en même temps lui emprunter sa voiture afin de me rendre pontificalement à l'invitation que j’avais reçue. Je le trouvai chez lui ; je lui fis une on deux questions amicales, après quoi je lui préseulai ma requête. Il me ré pondit en souriant qu'il était bien mortifié, mais que sa voilure éL'iil partie en poste pour l’Écosse. Je le regardais fixe^ ment, et il riait, non de moi, mais de son Ai/polhitc;el je vais vous en donner l'explication.

Il faut vous dire qu’il reçut une lettre au moment où il donnait les dernières instructions au sellier; dans cette lettre on lui apprenait que son fils, qui éuiit de quartier à Edhnbouryh, s’était trouvé dans une terrible dispute, et que, pour eu prévenir les suites, il fallait une somme à peu près pareille à celle qu'il destinait à sa voiture. Ainsi les cent quarante livres qui devaient servir à la construction d'un carrosse à l.ondres, furent employées à réparer les vitres, les lanternes et les têtes brisées à Edintbourgh ; et Hall se consolait en supposant que sa voilure était partie en poste |H)ur rKcosse. En voilà beaucoup sur les consolations et les hijpvihèscs. 11 est fort heureux pour nous de trouver quelque ressource dans notre imagination. Je pourrais m'étendre bien davantage, mais il ue me reste presque plus de papier, et je

n’ai que ce ipi'il faut de place pour vous lënioigner combien je désire que vous u’aye/ jamais besoin de recourir à ces |ietits moyens pour rendre votre vie aussi heureuse qu’elle doit être honorable. Procurc/-moi bientôt le plaisir de vous voir: en attendant, et dans tous les temps, que Dieu suit avec vous !

Votre très-all'ei tionné.

l.ETTIÎi: XI.

A . . . , écuyer .

Page 1