I.iuttii nulio
L’histoire, mon cher ami, qu'on vous a débitée comme très-amheutiqne, est abso-
LETTRES
lumen! Puisse, :mi;i que bien il'aiilrcs... Je n'ai jamais eu de démêlé avec M. Ilumr, c’est-à-dire, de dispute sérieuse qui sentit l'emportement ou la colère. En elTet , on m’étonnerait fort , si l'on me disait que David ( Hume) SC fût jamais pris de querelle avec quelqu'un ; cl si j'étais forcé d'en convenir, rien ne pourrait me déterminer à croire que le tort ne rôt pas du c6té de son adversaire ; car, de ma vie , je n'ai rencontré d'homme plus poli ni plus doux. S'il a fait des prosélytes par son scepticisme , il l’a dù plut6t à l'aimable tournure de son caractère qu’à la subtilité de sa logique. Comptez là-dessus : c’est un fait.
Je me souviens bien que nous plaisantAmes un peu à la table de lord Ilerifort à Paris ; mais , de part et d’autre , il n'y eut rien qui ne portât l'empreinte de la bienveillance
et de l'urbanité J’avais prêché le même
jour à la chapelle de l'ambassadeur : David voulut faire un peu la guerre au prédicateur ; le prédicateur, de son côté, n’était pas fâché de rire avec Vinfidcle-, nous rimes clTectivcnient un peu l'un et l'autre : toute la société rit avec nous; et, quoi qu'en dise votre conteur, il n’était sûrement pas présenta cette scène.
Il n'y a pas plus de vérité dans le récit qui me fait prêcher un sermon injurieux pour l’ambassadeur dans la chapelle même de son excellence ; car lord Hertfort me fit riionncur de m’en" remercier à plusieurs reprises. II y avait, je l'avoue, un peu d'inconvcnaucc dans le texte; et c’est tout ce que votre narrateur peut avoir entendu de propre à justifier son récit. S’il s’endormit immédiatement après que je l’eus prononcé , je lui pardonne. Voici le fait :
Lord flcrlforl venait de prendre et de meubler un hôtel magnifique ; et , comme a Paris la moindre chose produit un engouement passager, il était de mode dans ce moment-là de visiter le nouvel hôtel de l’ambassadeur d’ A ngleterrt! ; personne n’y manquait. Ce fut, |>endanl quinze joursau moins, l’objet d(‘ la curiosité , de l’amusement et de la coiiTiirsation de tous les cercles polis de la e.qiilale.
Il m'whut en partage , c’est-à-dire , je lus
prié de prêcher le jour de l’inauguration de la chapelle de ce nouvel hôtel. On vint m'en prier an moment où je finissais ma partie de wisth avec ThornhilU; et , soit que la nécessité de me préparer , car je devais prêcher le lendemain , m'enlevât trop brusquement *à mon amusement de l'après-dlnée , soit toute autre cause que je ne prétends pas déterminer , je me trouvai saisi de cette espèce d’humeur à laquelle vous savez que je ne puis jamais résister; et il ne me vint dans l'esprit que des textes malheureux; vous en conviendrez vous-même en lisant celui que je pris.
■ Et Hezekia dit au prophète : Je leur ni
< montré mes vases d’or et mes vases d’art gent , et mes femmes et mes concubines , c et mes boites de parfums ; en un mot , tout
< ce qui était dans ma maison , je le leur ai f montré. Et le prophète dit à Ilezekia : « Vous avez agi très-follement. »
Ce texte éuant puisé dans la sainte Écriture, ne pouvait nullement offcnser,quclquc mauvaise interprétation que voulussent y donner les malins esprits. Le discours en lui-même n'avait rien que de très-innocent , et il obtint l’approbation de David Hume.
Mais je ne sais comment je remplis des pages entières à ne parler tpie de moi seul : la seule chose qui puisse justifier en moi cet égoïsme épistolaire , c'est lorsqiu; j’assure un aimable caractère ou un fidèle ami , comme je le fais maintenant à votre égard , qtte je suis d’elle , de lui , ou de vous.
Très-affectueusement, l’humble serviteur.