‹ Œuvres completes de SterneChapitre 412 sur 507 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

A écuyer.

Mercredi à «idi.

Je me trouve toujours quelque fâcheuse affaire sur les bras : ce n’est pas, comme le soupçonnent quelques personnes de bonne humeur, faute de prendre assez de soin de ne pas blesser les gens ; je n’en eus jamais le désir, mais uniquement faute d’être entendu. Pope a très-bien peint l'embarras d’être rédnit

A «'«•crtBé’r SiD« (ccond et M08 jaje.

Je pense que la citation est exacte. En effet, un homme peut assez bien se tirer d’affaire .sans second. Le génie, loin d’en avoir besoin, pourrait quelquefois en être embarrasse; mais n’.avoir pas de juge, c’est une morlilication qui jtenètre jusqu’au vif ceux qui sentent on imaginent, cc qui revient à peu près au même, qu’un jugement impartial et équitable serait leur récompense.

N’êtrc jamais compris, et, ce qui en résulte naturellement, voir tons scs discours déflgurés par l’ignorance, est cent fuis pire que d’être calomnié malicieusement. Le plus souvent, et presque toujours, la calomnie est un hommage que le vice paie à la vertu, et la folie à la sagesse. L’homme sage voit d’un œil de pitié les efforts du calomniateur : ils tournent à son avantage ; semblable au philosophe qu’un dit avoir élevé un monument à sa propre gloire, avec les pierres ijue lui lançait la malignité de ses compétiteurs.

La vertu sans la bonne réputation est imc chose trop ordinaire ponn|u’on doive en être surpris, quoiqu’on ne puisse s’eni|iéchri' d'i'ii

LETTRES

ili'plorcr l'injustice: mais, cuniine elle lient eu quelque sorte à l'ordre général de lu Providence, l’espérance et la résignation peuvent nous la faire supporter. Quant à ce qui n'inléres.se que médiocrement la réputation, on peut pardonner è celui qui se moque des tournures qu’on donne le plus souvent aux intentions les plus honnêtes.

Je puis vous assurer bien positivementque je n'eus Jamais moins d'amour-propre, ni moins d'envie de déployer mes talens, quels qu’ils soient, que dans la circonstance qui a produit tantde fâcheries. Loin de montrerde la sévérité, j'étais tout complaisanceet bonne humeur; mes esprits étaient à l’unisson de chaque pensée généreuse et riante ; en un mot, j'avais si peu l’idée'd'offenser surtout les Dames, qu’il n'y eut peut-être jamais de moment dans ma vie où je fus plus disposé â m'armer de toutes pièces, et â monter sur mon palefroi pour aller soutenir la cause de la beauté molestée ou captive. Cependant me voilà précisément regardé comme le monstre que j’étais prêt à combattre et à détrtiire.

Veuillez donc bien, de la manièreque vous croirez la meilleure, faire part de toutes ces observationsàmadamelI....;dites-lui qu'elle a fait seulement ce que bien d'autres ont fait avant elle, c'esl-â-dire, qu’elle a mal conçu; ou, comme il pourrait y avoir de l'équivoque dans ce mot, qu'elle m’a malentaidu.

Je suis prêt â faire mon apologie dans toutes les règles ; et si la dame qui en sera l'objet est disposée à m'accorder un sourire, je recevrai le retour de sa faveur avec toute la reconnaissance qu’elle mérite; mais si elle présume qu’il soit plus à propos de se tenir toujours pour offensée, je ne manquerai pas de la citer au supplément de mon chapitre des droits et des injustices des femmes; et quoique, d’après une certaine combinaison des circonstances, je ne puisse jamais faire comprendre ce chapitre à mon oncle Tobie, je rexpliquerai si bien à tout le monde, qu'on pourra le lire en courant.

D'ailicnrs, je ne suis pas intelligible pour tous. Il y a quelques esprits qui n'ont nullement besoin d’avoir la clé de mes discours ou de mes ouvrages ; et ccux-là, je parle des

esprits, sontdu prcmicrordre. Ceci me donne quelque consolation; et cette consolation augmente de poids et de mesure lorsque je pense que vous êtes <le ce nombre.

Mais le papier et la claquette du facteur m'avertissent de faire ceque j'aurais dù faire à l’autre page: c'est de prendre congé de vous. Adieu donc! et que Dieu vous bénisse !

Je suis très-cordialement votre, etc.

LET'l’RE XXVI.

leud) I oofcmbre.

Si j’étais ministre d’état au lieu d’être curé decampagne , ou plutôt, quoiqueje ne sache lequel est le meilleur des deux, si j’étais souverain d'un pays, non comme Sancho-Pança, sans avoir aucune volonté â moi, mais avec tous les privilèges et toute.s les immunités qui appartiennent â cette place, je ne souffrirais pas que l’homme de génie fût déchiré, humilié, ou même sifflé par celui qui ne pourrait pas rivaliser avec lui. Cela signifle que je ne permettrais point que les sots d'aucune espèce osassent se montrer dans mes états.

Quoi ! direz-vous, n’y aurait-il pas quelque exception pour l’ignorant et le non-lettré? aucun quartier à part pour ceuxque la science n’atirtiit point illuminés , ou dont l'indigence aurait étouffé le génie? Mon cher ami, vous ne m’entendez pas parfaitement: ne supposez pas, je vous prie, qu’on soit toi pour n’étre pas instruit, m que, pour être hulruit, on ne puisse pas être sot.

Je ne tire pas mes déflnitions ties lieux communs du collège, ni du périertne épais et moisi des compilateurs de dictionnaires, mais du grand livre de la nature, qui est le volume du monde-ct le code de l’expérience. J’y trouve qu'un sol est un homme(car maintenant je ne suis pas d'humeur à confondre les femmes dans cette définition), est un homme, dis-je, qui se croit autre chose que ce qu’il est dans la réalité et qui ne sait comment faire un bon usage de ce qu’il est.

C'est la manière d'adapter les moyens à la /in qu’on se propose, qui caraclérise une in-

lly

LETTRES

iclligence supérieure. 1-t clicuve haridelle dont Yorick a depuis si longtemps fait son unique monture, si une fois on la met dans le droit chemin, arrivera plus t6t au terme de son voyage que le meilleur coureur de Newvuirkel, qui aura pris à gauche.

Souvent la lageue ne sait ni lire ni écrire, tandis que la folie vous cite des passages de toutes les langues mortes et de la moitié des vivantes. Veuillez donc bien, je vous prie, ne pas vous former une mauvaise, c'est-àdire une fausse idée, de ce royaume de mon invention ; car si jamais je le possède, vous pouvez être sûr que vous y aurez uu bon traitement, et que vous y vivrez à votre aise, comme le feront tous ceux qui y vivront avec honneur. Mais au point.

Au point, ai-je dit? Hélas! il y a tant de iigiagt dans ma destinée, qu'il m'est impossible de hier droit en écrivant une pauvre lettre, encore une lettre d'ami; et je ne la recommencerai pourtant pas; car il m'arrive une visite que je ne puis renvoyer, qui m'oblige à finir une page ou deux, peut-être même trois, plus têt que je ne l'aurais fait. Je vais donc plier ma lettre telle qu'elle est, en ajoutant seulement un Dieu vaut béniue! ce qui, toutefois, est le désir le plus constant et le plus sincère de

Votre affectionné, etc.

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