‹ Œuvres completes de SterneChapitre 414 sur 507 · LETTRE XXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVIII

Lyon, iS povembre.

J'ai fait la route la plus délicieuse , quoique dans une désobligeante , et |>ai conséquent seul. Mais, quand le cteur et l'esprit

sont dans une parfaite harmonie, et lorsque chaque sensation subordonnée se met bien à l'unisson , il ne se présente aucun objet qui ne produise le plaisir. D'ailleurs, tel est le caractère de ce peuple fortuné ; vous voyez le sourire sur tous les visages, et de tout côté vous entendez les accens de la joie. Au moment où je vous écris, j'ai sous ma fenêtre une bonne femme qui joue de la vielle à un grouiie de jeunes gens qui dansent avec une gaitc bien plus apparente, et je crois aussi plus réeUe, que ne |icut l'être celle de vus brillantes assemblées d'Almaek.

J'aime ma patrie autant que peut l’aimer aucun de ses enfans : je connais toute la solidité des vertus caractéristiques du peuple qui l'habite; mais dans le jeu du bonheur, il ne fait pas sa partie avec la même attention , on n'y réussit pas aussi bien qu'on le fait dans ce pays-ci. Je n’entrerai |>oiiit dans l'examen de la différeucc physique ou morale qu'on remarque entre les deux nations; cependant, je ne puis ni'em|)êcher d’observer que, tandis que le Français possède une galto de cœur, qui toujours affaiblit et quelquefois dissipe le chagrin, l’Anglais en est encore à l’ancien temps des Français, et continue à se divertir moult tristement.

Combien de fuis , dans nos assemblées tïYork, n'ai-je pas vu un couple au-dessuus de trente ans danser avec autant de gravité que s'il eût fait un travail mercenaire dont il eût craint de ne pas être payé : tandis qu’ici je vois des jeunes gens brûles ilu soleil et des elles de travail quitter un assez maigre dîner, le emnr palpitant de joie, pour s’agiter au son du haut-bois , et frapper la terre en cadence avec leurs sabots.

On ne me persuadera jamais qu’il n'y ait point une Providence , et une Providence gaie qui gouverne ce pays-ci. Avec tous les biens imaginables, nous sommes toujours graves, et dans le chagrin , nous ne savons que raisonner avec nous -mêmes, tandis qu’ici, sans presque d’autre bien que le soleil, on est content de son état.

Mais l’Etre bon qui nous a tous créés donne à chacun une pnrtion de bonheur, confurmémciil à sa s;igesse et à sou plaisir; car rien ii'cst au-dessous de sa vigilaulc|iro-

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