‹ Œuvres completes de SterneChapitre 44 sur 507 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

AvU.

Ce que Trim va lire mérite assurément qu'on ait égard à ce qu'il réclame. Mais Je ne puis, malgré cela, m'em|)êchrr de parler un peu , et c’est pour donner une idée de son attitude. Peut-être vous imaginerez-vous qu'elle était gênée, roide, |>esante , perpendieulaire ; qu’il divisait exactement le poids de son corps sur ses deux jambes; que ses yeux étaient fixés comme s'il eût été sous les armes; que son regard était fier, déterminé; qu’il tenait son sermon sérié dans sa main gauche , comme il aurait tenu son fusil. Eiifiii, vous pourriez peutêtre vous figurer que Trim éuiit là comme s’il eût été dans sou peloton prêt à livrer

TniSTBAV S1U7ÎHT.

<*ombat. Puiiil du (mil. I.'alliluilt' dn Trim était toute difTéreiile.

11 était en face de son monde, le rorps inriiné en avant, de manière qu'il faisait juste iiu anjtlo de qnalre-viBut-einq degn’S et demi stu’ le |>lau de l'Iiorizon. C'est le véritable auyle jiorsuasifd'inridenee; et les bons pri'dieateurs le savent bien. Aussi n'estre pas pour eux que je fais cette rcmaripie, c'est pour les mauvais. (,)n |)ciit parler et prêcher dans tout autre an^le; cela est certain, et cela se fait même toits les jours; mais avec quel effet'f... Je laisse aux eounaisseurs à en ju;tcr.

Mais voici une chose dont je juge moimême. C'est que la nécessite de cet angle précis de quatrc-vingt-cin(| degrés et demi d'une exactitude mathématique, est une dénionstration évidente que les arts et les sciences SI' prêtent des secours mutuels.

Comment, et c'est ce qui n'ste à savoir, comment le caporal rrini put-il saisir eette attitude avec tant de précision, lui, qui ne savait pas dist'uigner un angle aigu d'aver un angle obtus'f Kst-ce le has.'ird, le bon sens, l'imitation ou la nature qui lui donna cette attitude? C'est ce que je n'entreprends point de décider en en moment. Mais ce livre-ci est une espèce d'encvclopédie îles .arts et des sciences; et j'examinerai cette cpiestion lorsque je traiterai de l'éloipience du sénat, de la chaire, du baiTcan, des c.afés, des ruelles et de la sidle de compagnie.

Il se tint donc, et je le répète, afin que l'on SC représente bien sa posture, il se tint le corps incliné en avant, sa jandie droite était ferme sous lui, et portait les sept huitièmes de tout sou poids. Son pied gauche, dont le dé'faul u'était jias dés.-.v.'mlageux, avançait un peu. Ce n'éUiit ni de cêité, ni en avant, mais dans un mciliiim agréable. Son genou était plié, mais peu, et seulement pour tomber dans les limites de cette ligne presque imperce|)tilile de la beauté ; et j'.ajoute aussi de la ligne de science, de dignité, etc. Considérez en elVet, monsieur, que sou genou avait A soutenir la huitième partie de son corps. C'est un cas où la position de la jamlui est déterminée. Ce pied »ie doit pas être, dans ce cas, plusavaucé.

le genou plus plié' qu'il ne faut pour recevoir mécaniquement le poids qu'on lui de.stine et le porter.

Je recommande ceei aux peintres. Dois-je ajouter aux orateurs? Je ne le crois p.as. S'ils parlent debout et qu'ils ne suivent pas eette règle , ils doivent tomber sur le nez ; c'est un assez bon avis.

Maisen voiliUiienassezaiissi stirles pieds, le corps et les jambes du caporal Trim. Il tenait .son sermon avec légèreté, sans né‘gligence. C'est un soin qu'il avait confié à sa main gauche, tandis ipie son bras droit tombait négligemment le long de son côté, si lon les lois de la nature et de la gnavité, et il faut remarquer que eette main était ouverte, tournée vers ses auditeurs, et prête, au lu'soin, à aider le sentiment.

I.es yeux et les muscles de tout le visage du caporal étaient dans une parfaite harmonie avec tout le reste de son individu, l'air lilire, sans gêne, sans contrainte, le regard assuré, mais sans effronterie.

yiie les critiques ne me demandent point comment le caporal Trim vint à bout de se tenir ain.si; j'ai déjà prévenu qite je l'expliquerais. C'est assez île savoir maintenant qu'il se tint de cette façon devant mon pi're, devant mon oncle robie, et le docteur Slop. Il avait l'air d'un orateur rompu dans sou métier. C'eût été un excellent modèle pour un statuaire. Je ihiute que le plus ancieu profes-setir d'un collège, que le professeur d'hélireii lui-même se fût mieux jiosté.

Knfin , Trim fit une rcvéïreiicc, toussa , cJ lut ce qui suit.

CILVPITRE XI.V.

Page 1