SERMON XIII
f Et il lui dit : S'ils n'entendent pas Moïse et f les prophètes, ils ne seraient pas persuadés < quand mime un mort sortirait du tomt beau. > Saint Luc, XVI, 31.
C’est ainsi que sc termina la parabole de I.az:ire et du riche ; Dieu a voulu démontrer aux hommes la uccessilé de se conduire par des lumières qull leur a données, en nous fai.sant dire (lar le patriarche, que ceux que les argumens épars dans les livres saints n'engageraient pas à répondre au but de leur créateur, ne seraient pas persuades par d'autres moyens , quelque extraordinaires qu'ils fussent. S'ils n'entendent pas Moïse et les prophètes, ils ne seraient pas persuadés quand même un mort sortirait du tombeau.
Sortir du tombeau ! rt pourquoi? que nous apprendrait un pareil messager i|ui ne nous ait pas éic appris rt propose-? I.a nouveauté ou la surprise d’une telle visite pour- | rait éveiller l'attention d'un peuple curieux rt insouciant qui dépense sa vio à écouter ou a dire des nouvelles; mais aussitôt que la merveille aurait disparu, elle sei'ait remplacée par quelque autre merveille, et le spectre rentrerait dans son tombeau, et personne ne s’informerait de lui et de son apparition.
Telle serait la conclusion de cet événement; cependant imaginons pour un instant que Dieu, par complaisance pour le monde curieux, ou d'après un meilleur motif, p;ir compassion pour ce monde pécheur, daigne éveiller ce spectre du sommeil de la mort, et nous l’envoyer pour alarmer nos consciences et nous rendre meilleurs chrétiens, meilleurs citoyens, et serviteurs plus zélés.
Il faut d’abord croire que, |>our obtenir notre attention, et se concilier notre cœur, il ne nous effraierait pas par un appareil lugubre et bniyant, mais qu'en flattant nus passions et notre intérêt, il nous préparerait à fentendre. Le voilà, il va nous parler.
f Je suis le messager du Très-Haut; il
< veut vous combler de biens, mais il faut t un peu vous dé|>artir des vôtres ; que ce t mot ne vous alarme point, ce n’est |>as de « vos maisons, de vos terres, de vos possesf sions, que je veux vous chasser. Je ne 1 veux pas vous faire oublier vos femmes,
< vosenfans, vos sœurs et vos frères; je ne
< prétends pas même vous enlever des plai- I sirs raisonnables, et vous priver des juuis- • sances naturelles. Ne vous départez que € de ce qu'il est dangereux pour vous de « garder, vos vices. Us conduisent à votre f porte la mort et la misère. >
Il insisterait et nous prouverait par mille argumens que la tempérance, la chasteté, la I paix, la justice, la charité et la bienveillance, sont aussi utiles à l'homme (ju'agréablcs au créateur, et que si nous eu étions à capituler avec Dieu avant de nous soumettre à son empire, il nous convaincrait qu'il est impossible de SC fonner aucun système d’inti-iél plus sûr que celui d'une rie incorruptible et juste, et i|ue la modéntion dans nos dé-sirs, en honorant notre nature, est le raflinemcni le plus exquis du bonheur.
Quand nus alarmes sur notre intérêt auraient été ainsi calmées, le spccti'c s’adresserait sans doute à nos autres passions. Il nous donnerait ensuite quelques idées des perfections de Dieu, il nous imprimerait la vénération qtic sa m.ajcslé et sa puissanco commandent, il nous rappellerait que nous