SERMON XIII
sommes desélres d’un jour, nous hllanl sans reldclie vers une conlrée d'où nous ne reviendrons plus; ([lie, pendant noire pèlerinage, nous sommes coinplablcs envers ce Dieu, riche, il est vrai, dans ses récompenses, mais lerrible en scs jugemens, ce Dieu qui calcule et enregistre toutes nos actions, qui marche sur nos traces, s'assied à côté de nos lits, épie nos démarches, ce Dieu si exact qu1l punit même les pensées secrètes de notre cœur, et qui a Bxé un jour solennel, où il doit nous juger sur toutes ces infurmatious.
Il ajouterait Mais avec l'éloquence de
l’inspiration, qu'ajouterait-on qui n'ait pas été dit? Tous les pouvoirs de la nature ont fait mille et mille expériences sur les espérances et les craintes de l'homme, sur sa raison et ses passions. On a multiplié les instructions, on a pressé de telle sorte les argumens sur les argumens, qu'il est paradoxal qu'une religion aussi avantageuse n’ait pas été plus inculquée par scs professeurs.
Le fait est que le genre humain n’est pas toujours d'humeur à être convaincu. Tant que le contrat fait entre nous et nos passions subsiste, les argumens ne viendront à bout de rien. Nous nous amuserons de la cérémonie de notre conversion , mais nous ne raisonnons pas sur la faculté qui peut l'opérer, tant que nous voyons les choses sous les couleurs brillantes dont la trahison des sens les peint. En vérité, quand on jette un coup d'œil sur le monde, et qu'on y voit les hommes enclins à blémer le mal autant qu'à le commettre, on croirait que tous ces distrours de vertu et de religion ne sont que des matières de spéculation bonnes pour amuser quelques momens perdus, et l'on en conclurait que nous nous accordons t uis à une même chose, bien parler et mal agir.... A'n ram immarl s cièverail-il du tombeau.
Ah ! si les instructions que Dieu a portées aux hommes, et celle qui les a rendus capables de se les procurer m; les r;imènenl pas vers la religion, ils se roidiront toujours contre révidcnce : ons'élèverait en vainq>our les convaincre, la terre aurait beau rendre son dépôt, ce serait la même chose; chaque homme reprenilrait bientôt son premier rbemiu,ct les mêmes passions produiraient
les mêmes vices jusqu'à la fin du monde.
Telle est la principale leçon que nous offre cette parabole. Je vais la commenter : elle me j>résentcra peut-être dans son cours quelque autre instruction à recueillir.
Celle histoire est une des plus remarquables de l'Évangile. Notre-Seigneur nous représente une scène, dans laquelle les deux contrastes les plus parfaits que l'on puisse établir dans les conditions, passent à la fois devant nos yeux. C'est un homme élevé audessus du niveau du genre humain, et porté au piuacle de la prospérité, des richesses, du bonheur. Je dis du bonheur, par complaisance pour le monde , et dans la supposition que les richesses nous rendent heureux, tandis que leur poursuite enflamme tellement notre imagination, que nous mettons enjeu pour elles notre esprit et notre corps, comme si nous ne les estimions jamais à un prix trop haut. Ce sont les gages de la sagesse comme de la folie. La parabole ne nous dit pas ce quelles coûtèrent au riche; nous nous tairons avec l’Éicriture ; elle ne parle que des avantages extérieurs qu'elles procuraient à sa vanité et à sa délicatesse. Pour satisfaire l’une, il s’habillait de pourpre et de lin ; pour contenter l’autre, il se traitait délicieusement chaque jour; sa table abondait en tout ce que les divers climats peuvent fournir, ce que le luxe peut inventer, ce que la main de la science sait métamorphoser et tourmenter.
Tout auprès de la porte de son palais nous est représenté un objet que la Providence semblait avoir placé là pour guérir l'orgueil du riche, et lui montrer le degré d’avilissement où l’homme peut être ravalé. C’était un être frappé de la disgrâce de la nature, sans amis, sans biens, manquant enfin de tout ce qui eût pu adoucir ses malheurs.
Dans cette cruelle position, il est représenU* désirant les miettes qui tombent de la table du riche, ses vœux et sa demande restant sans succès ; ce riche , comme tant d’autres dans le monde, était trop élevé sans doute pour que scs yeux aperçussent distinctement les souffrances de sou frère; se rassasiant sans cesse; dans des banquets magnifiques, il avait oublié que la faim fût une maladie
tF.BMOIl XIII.
inscrite dans le catalogue des infirmités humaines.
Surchargé de malheurs et de tous les besoins qu'un monde étikoipilalierayait entassés sur sa tète, le pauvre se courbait et s'affaissait en silence sons ce fardeau... Mais, grand Dien ! d'où vient cela? pourquoi souffres-tu ces calamités dans le monde que tu as créé? est-ce pour ton honneur et ta gloire, qu'un homme mange le pain de l'abondance, tandis que mille autres de ton lignage rongent celui de la douleur? que celui-ci soit couvert de pourpre et marche dans des sentiers couverts de rotes, tandis que les autres, à demi couverts de haillons, se traînent péniblement et passent à sa porte la tète baissée ? est-ce pour ta glaire que l'ombre ténébreuse de la misère est étendue sur tes ouvrages ? ou bien n'en devons-nous voir qu'une partie? Ah ! lorsque la chaîne qui tient les deux mondes en harmonie se détendra et se brisera ; quand l'aube de ce jour apparaîtra, auquel le dernier acte du monde en déploiera la catastrophe ; quand tous les hommes seront cités pour répondre à tes questions : alors, alors, tu justifieras tes décrets, et tu fermeras la bouche à toute plainte.
Après un long jour de miséricorde, perdu dans la débauche et la dureté, l'homme riche mourut aussi, et selon la parabole, il fut enterré. II fut enterré sans doute en triomphe, avec l'orgueil mal placé des funérailles, et les décorations vaines que la folie humaine prostitue dans ces occasions.
Ici se brisa la grandeur épicurienne du riche, c'est ici le dernier spectacle qu'il donua au monde; celui qui le suit présente une scène d'horreur. Notre-Seigneur le peint dans l'état le plus abject de la misère, élevant ses yeux vers le ciel, et criant merci au patriarche Abraham.
El Abraham lui dit : Mon fiU, touviem-toi que pendant ta vicies biens furent Ion partage.
Mais ces biens, ne les avait-il pas reçus du ciel ? pouvait-on les lui reprocher? avec quelque sévérité que l'Écriture parle contre les richesses, il ue parait point qu'une vie et une dépense fastueuse fussent le crime du mauvais riche, et que cette qualité fût une partie constituante de son caractère. 11 en
était alors comme aujourd'hui. I.c rang qu'il occupait dans le monde justifiait peut-être ses dépenses: il les exigeait même sans qu'on dût les lui reprocher; car la différence des états se fait connaître ordinairement û ces marques distinctives que la coutume impose. L'excessive abondance et la magnificence qu'étalait Salomon, lui qui avait dix bceufs engraissés, vingt autres hors des pûturages, cent montons, sans compter les chevreuils, les cerfs, les daims et les oiseaux, trente mesures de fleur de farine, et soixante mesures de farine pour l'approvisionnement journalier de sa table; cette magnificence, dis-je, ne Ini était pas imputée à crime ; elle dénotait an contraire l'abondance des bénédictions du ciel sur sa tète ; lorsqu'il en est autrement, cela vient de l'usage pervers des richesses prodiguées pour de mauvaises fins, souvent contraires aux motifs pour lesquels elles nous ont été données, qui sont de réjouir le cœur, l'épanouir, et le rendre bienfaisant.
Et voilà précisément le piège où le riche était tombé ; s'il eût vécu moins somptueusement, il eût trouvé quelques heures favorables à la méditation, il eût disposé son orne à concevoir une idée de la puvreté, elle eût senti la compassion.
Souviens-loi, mon fils, que lu as reçu pendairl ta vie les biens en partage, et que les maux ont été celui de Lazare. Souviens-toi... 6 le fâcheux souvenir! un homme qui a traversé ce monde avec tous les avantages et les bénédictions de son cûté, comblé de richesses par la main de Dieu, entouré d'amis, et reçu aux acclamations de la société qui 1e divinise, se rappeler combien il a reçu, combien peu il a donné, qu'il n’a été l'ami, le
protecteur, le bienfaiteur de personne
Dieu niiséricordieiix ! priant en vain pour lui-même, il est enfin représenté intercédant pour sus frères, et demandant que Lazare leur soit envoyé pour leur donner des avis, et les sauver de la ruine dans laquelle il est tombé : ils ont Moïse et les prophètes, répond le patriarche : qu'ils les écoulent. Le malheureux n'est pas content de cette réponse. 11 persiste, il insiste... Abraham! si des limites de la mort quelqu'un leur était envoyé, ils se
sEimori xm.
repentiraim. Il le croyait, mais Abraham savait le contraire, et j'ai expliqué déjà les motifs de sa détermination; tirons quelques autres instructions de la parabole.
Notre-Seigneur, en nous découvrant les dangers auxquels les richesses exposent les hommes, nons déclare combien il est difiieile aux riches d'entrer dans le royaume des deux.
Oui, les richesses sont la plus dangereuse bénédiction du ciel, et celle dont il est le plus malaisé de proBter. Elles nous environnent de Batteurs et de faux amis qui concourent à l’envi à notre perte ; elles multiplient nos fautes et savent nous les cacher ; elles se prêtent journellement à toutes nos tentations, elles ne nous donnent ni le temps de réfléchir sur nos erreurs, ni l’humilité qui peut nous en faire repentir. Bien plus, et ce qui parait étrange, elles nous invitent à l’avarice même. Il parait qu’au milieu des mauvais oITices que nous rend la fortune, on ne devrait pas chercher ce vice; cependant on voit le cœur d'un homme se resserrer à mesure que ses richesses s’étendent: pids il s’emplit et plus il est vide.
Mais il est peu nécessaire de prêcher contre ce vice ; nous semblons tous avoir du penchant à l’extrême opposé, le luxe et la dépense; et, lorsqu’on nous en parle, nous nous contentons, pour toute solution, de dire qu’il est une conséquence naturelle du commerce et des richesses et leur commun but.
Vous vous méprenez, mes frères : les richesses ne sont pas la cause du luxe ; c’est plutêl le calcul corrompu des hommes. Ils en ont fait la balance de l’honneur, de la vertu et de tout ce qui est grand et bon ; ce préjugé en aiguillonne mille ; ils affectent de posséder plus qu’ils n’ont, et s'engagent dans un train de dépenses qu'ils ne |>euvent pas soutenir. La nécessité de paraître quelqu'un, pour le devenir, ruine et perd le monde.
Venons-en à la leçon que la parabole nous donne sur la véritable application des richesses; vous avez vu par le traitement du mauvais riche qu’il ne les employait pas conformément à l’intention de Dieu.
L’intention de Dieu! voulez-vous la conn.illre ? rentrez en votre cœur, et Usez-y l’in-
scription qu’il y a gravée : Soit bon et miséricordieux. Elle vaut tous les textes et tous les passages que je pourrais citer après elle. Portez-y vos yeux, mes chers atxliuurs, un seul moment, et considérez ce qui se passe dansl’bomme le plus insensible, lorsqu’il fait un acte involontaire et fortuit de générosité. Quoique cette jouissance appartienne essentiellement à l’homme bon , que le méchant fasse une expérience, qu’il secoure le captif, qu’il jette son manteau sur le pauvre, et il sentira ce qu’on entend par le plaisir d’une bonne action. Ah ! pour le mieux connaître, appelons-en à l'homme compatissant; la dureté nous donne involontairement cette évidence , mais elle ne sent le plaisir qu’imparfaitement. Comme toutes les jouissances, celle-ci demande quelque sentiment /âcu/(alif, elle doit être précédée d’une disposition qui rend bon ce qui l’est en eS'et : autrement c’est un bien que l’on possède, mais dont on ne jouit pas.
Et d’abord considérez combien il est difflcile de persuader à un avare que ce qui n’est pas profitable est bon, et à un libertin que ce qui est agréable est mauvais.
Prêchez à un épicurien qui a modelé son corps et son anie pour tous les plaisirs des sens ; diles-lui qu'il essaie combien Dieu est éon; celte invitation ne vaudra pas pour lui celle qui l’appelle à un banquet.
Ce n’est donc pas à l'avare, c’est à l’homme compatissant, à celui qui se réjouit avec ceux qui se réjouissent , et pleure avec ceux qui pleurent, que j’en appelle. C’est à un cœur généreux, tendre, humain que je raconte les malheurs de l’orphelin et du pauvre; c’est aux hommes enfin que je demande ce pain, qu’on n’ose pas leur demander.
Que puis-je dire de plus ? l’éloquence en un pareil sujet ne peut rien apprendre ni rien persuader. Ceux à qui Dieu a accordé les moyens d’être charitables, et envers qui il a été encore plus généreux, en leur donnant la disposition, doivent l’en remercier comme l’auteur des richesses, et de la science de les employer. Il a bâti dans notre cœur le havre derrière lequel les malheureux doivent fuir les tempêtes et le naufrage : la constante fluctuation des choses de ce monde y jette
SERIIOR XIU.
tour à tour les enfans d'Adam. En rain des substitutions et des placemens défendent les bitmsdes hommes ; l'abondance la plus splendide peut être dissipée, comme les feuilles desséchées que le vent ballotte; la couronne des princes peut être ébranlée sur leurs têtes, elle peut en tomber, et ce grand que le monde respectait, a souvent réfléchi sur la révolution de la roue de la fortune.
Ce qui est arrivé à l'un peut arriver à l'antre; laissons-nous conduire dans toutes nos actions par cette règle que Notre-Seigneur nous a donnée : Faila aux autret ce que voue roudriei qu’iU vouefutent.
Avez-vous jamais été couché languissant sur un lit de douleur, et accable d'une maladie qui menaçAt votre vie? rappelez-vous vos réflexions mélancoliques, et dites : Qu'est-ce qui rend si amère la pensée de la mort? les enfans que vous laissez; c'est en quoi consiste l'amertume du calice : sans secours, que deviendront-ils? où trouveront-ils un ami quand je ne serai plus? qui les défendra et plaidera leur cause contre la méchanceté ? Grand Dieu ! je te les conGe, à toi le père des orpheUns, à toi l'époux des veuves affligées.
Avez-vons jamais éprouvé quelques revers dans votre fortune? la pauvreté vous at-elle enseveli dans la détresse, vous a-t-elle réduit au désespoir? quel est celui qui tout à coup a mis la table à cèté de vous, et qui a rempli et fait verser votre coupe? C'est un ami consolateur; il est entré, vous a vu désolé an milieu des tendres gages de votre amour et de votre épouse affligée ; c'est lui qui les a pris sous sa protection. Ciel ! tu l’en récompenseras!.... c'est lui qui vous a délivré des appréhensions cfl'rayantes de l'amour paternel.
Avez-vous jamais été blessé d'une manière plus affligeante encore par la perte de cet ami généreux? avez-vous été séparé des embrassemens d'un fils chéri, par la faux de la mort? cruel souvenir ! la nature défaillit ; eh bien, un enfant né sous de fâcheux auspices, sans pain, sans amis, sans vetemens, privé d'instructions et des moyens de salut, est un objet encore plus attendrissant; il éveille toutes les facultés de l'homme, il
nous présente Mais pourquoi parlerai-je
encore? les larmes brillent dans vos yeux. Que U Dieu du ciel les bénisse ! Ainsi soit-il!