SERMON XIV
> Fa torique Ion fils le demandera un jour : t Que lignifient cei lémoignaget , cei cérêc moniei , les jugemeni que le Seigneur ,
< notre Dieu , voui a eommandéi ? tu diras « à ton fils : Nous étions les eselares de Phaf raon dam l'Égypte, et la main toule-puii-
< santé du Seigneur nous en relire. • Deuteron., VI.
Ce sont les paroles que Moïse prescril aux cnfans d'Israël de laisser à leurs enrans , qui ilevaient un jour oublier les grâces inrmies que Dieu avait répandues sur leurs pères. Une de ces grâces était leur délivrance de l'esclavage.
Quoique chaque père TAt instruit â faire cette réponse à son Gis, on uc peut pas supposer que cette instruction fAt nécessaire pour la première génération , potir les cnfans de ceux qui avaient été les témoins oculaires des faveurs de la Providence. Il ne paraît pas en effet probable qu'arrivés à l'âge de raison , ils pussent faire une pareille question , sans avoir été long-temps auparavant instruits à y répondre. Chaque |)ére avait sArement raconté les infortunes de sa captivité et les particularités miraculeuses de sa délivrance. Ces anccilotcs étaient si extraordi-
naires, leur récit était susceptible d'un tel degré d'enthousiasme , qu'elles ne pouvaient pas rester secrétes. I.a piété , la reconnaissance d'une génération , anticipaient sur la curiosité d'une autre. Ils apprenaient cette histoire en apprenant leur langue.
Telle fut la condition de la première et de la seconde race ; mais dans le cours des ans les choses changèrent insensiblement: une longue et paisible jouissance de leurs libcné's put émousser le sentiment des bienfaits de Dieu , et en placer le souvenir â une trop grande distance de leur cœur. Après quelques années écoulées dans les plaisirs et la privation des peines réelles , un excès de lilterlé |)ciilles dégager du soin de s'en donner d'imaginaires , et surtout de celle que les devoirs de la religion imposent. Ils purent chercher des occasions à fouiller dans les fondemens de ses lois, et à s’enquérir de la cause de Uint de cérémonies.
Ils purent demander : Que signiGent tous ces commandemens dans des matières qui paraissent si indifférentes? que signifie cet ordre à les faire observer ? pourquoi a-t-oii imposé tant d’obligations? pourquoi faut-il obéir à tant de préceptes indignes de la sagesse divine ?
Us purent aller encore plus loin ; et quoique leur penchant naturel les poruit vers la
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supprslition, qm-lqiiesavenluriers sans doulo RouverniTeut vers le bord opposé , et découvrirent en s’avançant que toutes les religions, quelque régime , quelque dénomination qu’elles eussent , étaient les mêmes ; que relie de leur pays était un arrangement ingénieux entre les prêtres et les lévites, un lantême efTrayaut élevé et soutenu par leurs mains; que ses rites et ses préceptes innombrablesélaientautanl de rouages nécessaires h la machine politi(|ue , des inventions faites pour amuser les ignorans , et les retenir dans les ténèbres favorables aux jongUria ecclésiatliguet.
Quant à sa morale , quoiqu’elle soit exceptée de ce raisonnement par elle-même , ils n’étaient pas en peine de l’adapter à leur système. Les hommes, disaient-ils, auraient toujours eu assez de raison |)our l’avoir trouvée , et de sagesse pour la pratiquer , sans l’assistance de Moïse.
Ils rafUnérent ensuite l’art des controverses religieuses. Quand ils eurent donné à leur système d’incrédulité toute la force qu’il peut obtenir de la raison , ils commencèrent à l’embellir des tournures épigrammatiques.
Quelque bouffon Israélite à la fin d’un banquet donna carrière à son talent. Manquant de raison et d’argumens, il essaya le tranchant de son esprit sur les types et les symboles, et traita les mystères et les matières les plus sérieuses de la religion du ton de la raillerie. Il entassa mille plaisanteries sur les passages sacrés de la loi , persifla le veau d’or ou le serpent d'airain avec courage , et se moqua des bêtes pures ou impures , en provoquant des sarcasmes contre elles.
Il fit peut-être un pas de plus. Quand cette contrée heureuse où le miel et le lait coulaient, eut effacé les impressions du joug qui les avaient meurtris , et que les bénédictions du ciel commencèrent à tomber sur eux , il put en conclure qu’ils ne tenaient ces avantages d'aucun autre pouvoir que de leurs propres bras , que la toute-puissance seule des Israélites leur avait procuré , et leur conservait tant de bonheur.
ü Moïse ! Moïse ! combien un pareil raisonnement eût mis è la torture ton esprit
doux et patient I si la superstition des Israélites te fit tomber une fois dans un excès de colèie , si tes mains jetèrent les tables de la loi que Dieu avait écrites , si tu compromis aussi légèrement le trésor du monde , avec quelle indignation et quel pieux chagrin eusses-tu entendu les sarcasmes de ceux qui reniaient le Dieu qui les avait délivrés, en disant : Quel est ce Dieu dont la voix commande ici à notre obéissance? avec quelle force et quelle vivacité leur eusses-tu rappelé l’I.istoire de leur nation ! que si une jouissance trop aisée des bénédictions du ciel leur avait fait oublier de regarder derrière et loin d’eux il était nécessaire de leur répéter que leurs aïeux étaient en Égypte les esclaves de Pharaon , sans aucun espoir de rédemption , que la chaîne de leur captivité avait été scellée et rivée par une succession de quatre cent trente années , sans aucune interruption favorable à leur liberté qu'après l'expiration de cette période désolante. Qu'au moment où rien ne semblait favoriser un événement aussi glorieux , ils furent arrachés presque malgré eux , des mainszle leurs oppresseurs, et conduits à travers un océan de périls , vers une contrée d'abondance ; que ce changement prospère ne fut pas le produit du hasard , et ne fut ni projeté ni accompli par des plans humains qui eussent succombé sous la force extérieure, ou le trouble intérieur, et qui n'auraient pas résisté à la combinaison des accidens imprévus et des passions des hommes , cause de l’élévation et de la chute des empires , mais que tout avait été exécuté par la bonté et la puissance de Dieu, qui vit les afflictions de son peuple , en eut pitié , et , par une chaîne d’événemensrairaculeux , le délivra de l'oppression.
Il leur eût réj^té que , depuis ce grand jour, une suite de succès qu’on ne pouvait attribuer aux causes secondes, leur avait démontré, non seulement la providence universelle de Dieu , mais encore son attachement particulier; et que des nations plus grandes et plus puissantes avaient été chassées devant eux , et leurs terres abandonnées aux vainqueurs, pour en jouir à jamais.
C’est ce qu'ils devaient apprendre û leurs
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enfans et aux cnfans de leurs enfans. Générations heureuses pour lesquelles une pareille instruction fut préparée ! heureuses en eflct, si vous aviez toujours su ihire usage de ce que Moïse vous enseigna.
Laissons les Juifs , et tournons nos regards sur nous. L’occasion glorieuse qui nous rassemble , et le souvenir des nombreuses bénédictions accumulées sur nous , depuis que nous comptons parmi les nations, dictent sans peine l'application que nous pouvons noua faire du reproche de Moïse.
Je commence avec le premier ordre des temps. Il produisit la plus grande délivrance à la nation , celle qui nous sauva des ténèbres de l’idoMlrie par la venue subite du christianisme parmi nous, dès le siècle même des apètres.
Quoique cette bénédiction semble nous avoir été commune avec d'autres parties du monde , cependant , qnand on réOéchit sur l'éloignement de ce coin de la terre , et sa situation inaccessible en tant qu’lie, le pen qu'on connaissait alors de la navigation et du commerce , la large portion du continent où le nom de Jésus reste de nos jours prolané , et celle qui l'avoisine, où les premières {laroles de son Évangile sont à peine prononcées , on uc peut qu’adorer la bonté de Dieu , et reconnaître dans l'établissement de sa religion , une providence qui nous est plus particulière qu'aux autres nations , où , indépendamment des mêmes erreurs et des mêmes préjugés , elle ne rencontrait pas ces obstacles physiques et naturels.
l.es historiens et les politiques qui chenclient les causes partout ailleurs que dans le plaisir de celui qui dispose des événemens , raisonnent dilTércmment sur tout cela. Us considèrent ceux-ci comme une matière intidentelle à l'ambition fortuite, aux succès et aux émigrations des Romains. Sous le règne de Claude, lorsi|ue le christianisme s'établit à Rome , quatre-vingt mille citoyens de cette capitale du monde vinrent se Axer dans cette Ile : cet événement établit une communication libre entre les deux nations; la voie fut ouverte aussi pour l'Evangile , et son transport devint fort aisé , mais jamais miraculeux ni divin.
Cest ainsi que Dieu nous permet souvent de suivre les caprices de nos cœurs , tandis qu’il les dirige secrètement , comme l’eau des rivières pour des projets de bonté. C'est ainsi qu'il put rendre cet amour de la gloire inhérent aux Romains, leur inspirer les moyens de poursuivre leur voie ambitieuse , et les guider ici. Il put faire servir la méchanceté des hommes à ses décrets éternels, les faire errer pendant quelque temps hors de leurs limites jusqu’à ce que ses desseins fussent accomplis , puis tout à coup leur enfoncer set croehett dans les narines, et ramener ces bêtes de proie dans leurs lanières.
Après la manière dont l'Évangile noos fut donné , n’oublions pas comment il fut préservé du danger d’être étouffé et éteint par cet essaim de barbares qui vinrent sur nous do haut du nord , et , comme un ouragan , ébranlèrent le monde, qui changèrent les noms , les coutumes , la langue , le gouvernement , la face même de la nature partout où ils se fixèrent. Tout ce qui était susceptible de changement sembla périr, et notre religion fut préservée. Ah ! si elle ne succomba pas sous ce poids immense de ruines, si , du moins, sa beauté n’en fut pas ternie , n’en attribuons la cause qu'à Dieu. La même puissance qui nous l'envoya la soutint quand la contexture des choses fut partout brisée.
C’était encore peu d'avoir préservé le christianisme d’une destruction totale; comptons parmi les bienfaits de la Providence celui de l’avoir sauvé de cette corruption que le laps des siècles , les abus des hommes et la tendance naturelle des choses vers la dépravation ont introduite.
Depuis le jour que commence la réform.v tion , par quels événemens étrangers elle a été exécutée et perfectionnée , si ce n'est pas sam lâches cl saiM rides , do moins sans diffurmité et sans aucune marque de vieillesse ?
Rappelons-nous la bourrasque violenlequi l’assaillit et la secoua dans celte période de notre histoire que tu teignis et défiguras de sang. Marie ! pouvons-nous y réfléchir sans adorer la Providence qui se hâta d’enlever de ta main le glaive de la persécution , en
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rendanl ton rôgno aussi court qu'il fut barbare'/
Si Dieu nous fit , romme aux Israélites , sucer le miel des rochers , et recueillir l'huile qui découlait des pierres , combien sa miséricorde fut plus signalée ! Il nous donna scs bienfaits, sans en retirer aucun prix , dans les jours glorieux qui suivirent ce moment d'horreur, quand un règne long , sage et nécessaire pour bdtir les fondemens de l'Église, succéda au règne plus court qui l'avait retirée de ses ruines.
Cette bénédiction était nécessaire, et elle nous fut accordée. Dieu prolongea les années d’une princesse renommée jusqu'au terme le plus long ; il lui donna le courage de rassembler un peuple errant et persécuté , et de le fixer sur la base de la félicité ; il remit entre les mains de ceux à qui il a confié le soin des empires , la pierre de touche qui doit éprouver la foi .
Béni soii . Élisabeth , ton nom à jamais I tu as établi un serment plus facile pour les Bretons que pour les autres peuples de la terre ; quelques changemens que ces peuples aient éprouvés , il n’en est point arrivé dans leurs misères , et il est à craindre qu’il n’en arrive point , tant qu'ils seront étroitement serrés dans les chaînes de la superstition et dans celles du pouvoir.
Par quelle providence nous échappâmes â ces deux maux naturellement liés ensemble dans le règne suivant , lorsqu’un sang choisi fut demandé , et qu’on se préparait i l'offnr dans un seul sacrifice ? ■
Je n’entremêlerais pas ici les horreurs de cette fête lugnbre ; je ne compterais pas les douleurs du règne qui leur succéda , et qui finit par la subversion de notre constitution , s’il n’était pas nécessaire de poursuivre le fil de notre délivrance â travers les temps horribles , et de faire remarquer la bonté de la Providence qui nous protégea contre la fureur d’un projet, et nous restaura contre l'injustice de l'autre.
Oui , le dernier eût été pour nous un triste sujet de souvenir , s'il ne fût pas devenu un objet de bénédiction ensuite , par l'événement qui nous rendit nos libertés. Soit que Dieu voulût corriger le sens mal entendu de
ses liénédictions antérieures , soit qu’il voulût nous ap|>rendre à réllécliir sur leur jirivation , il souffrit que nous approchassions du bord du précipice ; la tout était perdu s’il n’avait suscité un rédempteur. Les artifices de la société nous auraient doucement fait glisser dedans , ou si elle avait manqué son coup , la force émit prête à nous y pousser, et c’en était fait de nous.
Cette délivrance eut des suites si heureuses qu’il semble que Dieu avait troublé nos eaux , comme celles de Bctlicsda , pour les rendre ensuite plus saines : depuis cette époque à jamais mémorable nous jouissons de tout ce qui appartient à l'homme. Notre liberté , notre religiob fleurissent , les droits des rois , ceux du peuple sont appréciés , et nous en voyons la durée dans les siècles a venir; voilà l’objet des remcrclmens que nous faisons aujourd’hui à Dieu.
Rendons-lui des actions de grâce , mes frères, d’une manière qui convienne à des hommes sages; répondons à l’intention constante de ses bénédictions , et faisons-cn un meilleur usage que nos pères, qui se lassèrent souvent de leur bonheur. Remercions Dieu do la contrée qu’il nous a donnée , et lorsque notre prospérité s’y accroît avec les établissemens dont nous la chargeons, quand nos richesses et nos familles se multiplicntà l’envi , que nos actes de vertu et de reconnaissance se multiplient aussi, que le Dieu puissant, dont les voies sont droites et les ouvrages saints, puisse le jour qu’il comptera avec nous juger dignement des bénédictions qu’il nous a prodiguées.
C’est en vain que des jours solennels sont établis pour célébrer des événemens heureux , s’ils n’influent pas sur la morale de la nation. Én peuple pécheur ne peut être reconnaissant envers Dieu, il ne peut être loyal envers son prince. Il doit être ingrat envers l’un , parce qu’il ne vit pas dans la mt^moirc de ses bienfaits; il trahit l’autre, parce qu’il détourne la Providence de prendre son parti, et de le conduire au but de la royauté.
Oui , l'on a dit avec raison que le péché est une trahison contre l’ame; l’homme méchant est un traître envers son roi et son
SKRIION XIV.
pays, yiielqiipsraiisosqiiplospoliliqnps assignrnt au progrès et à la cliule «les empires , un homme bon et religieux sera toujours le meilleur citoyen et le sujet le plus soumis; un individu a beau me dire : Qu’importe ma
droiture nu Imnheur de ma nation? Je lui répondrai toujours ; Si elle oc sert pas à vous faire bénir ici , elle accumulera scs bénédictions dans le trésor de l’autre monde.
Ainsi soit-il I