‹ Œuvres completes de SterneChapitre 454 sur 507 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

OrtrnpliOD de U feoitlk du Mioitire. ReucmbUuce daui Ici Mpriu conme deua !«• pertonne* de ceut qui li eompouot.

J’ai toujours pensé que l’honnête homme qui se mariait et qui élevait une nombreuse famille, rendait plus de service à l’humanité.

que celui qui, vivant garçon, faisait les raisonnemens les plus savans sur la population. Conduit par ce motif, il y avait à peine un an que j’avais pris les ordres, que je commençai à penser sérieusement à prendre une femme. Je la choisis, comme elle-même choisit l’étoffe de sa robe de noces, non pas pour l’éclat et le brillant, mais pour la solidité et

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le bou Hier. Pour Im rfiiiire jiislicc, e élail mio ri'minciriin excellent r:iraelêre;ei quant a l'éduention , peu tie dames <le province |tonvaicntse vanter d'en avoir reçu ttueaiissi bonne. Elle savait lire dans ipielqne livre anglais qite ce fût, sans ôlre obligée de trop épeler; et pour la cuisine et les frnils c infils tant an sucre qu’au vinaigre, elle n'avait pas son égale. Elle se piquait aussi d'entendre parfailcnicnt le ménage. Cependaulje ne me suis jamais aperçu que nous soyons devenus plus riches par toutes ses invenlioiis économiques.

Nous nous aimions tendrement r lin l'autre, et notre alTeclion mutuelle s’accrut avec les années. ElTeclivcmenl nous n'avions rien qui pût nous rendre mécontens du monde, ni de iions-inémes. Nous avions une jolie maison située dans une belle campagne, et un bon voisinage. L’année s’écoulait dans des amuseinens moraux ou champêtres, à rendre des visites à nos voi.sins riches, et A soulager ceux qui étaient pauvres. Nous n'avions ni révolutions .à craindre, ni travaux fatigansà essuyer. Toutes nos aventures étaient celles du coin de notre feu, et tous nos voyages se bornaient h passer de l’appartement bleu i l’appartement brun.

Comme notre maisqn était située prés du grand chemin, nous avions souvent des voyageurs ou des étrangers qui venaient se rafraîchir avec notre vin de groseilles *, que nous avions la réputation de faire excellent ; et je puis assurer avec toute la candeur qui doit faire le partage d’un historien, que je n’ai jamais trouvé aucun de ces gens, qui ne l’ait trouvé bon. Nous étions aussi visités souvent par des cousins au quatorzième degré , qui tous, sans le secours d’aucun généalogiste , se ressouvenaient très-bien de leur parenté avec nous. Il y en avait parmi eux qui ne nous faisaient pas grand honneur eu se prétendant nos parens. Car exactement tons les aveugles, les boiteux, les estropiés, se mettaient de ce nombre. Cependant ma femme

* En AngleteiTO, «urlnut dans le« cnmpagucs, on rdil des vin» de toute» sorte» de rruiU, de groseillcs, de cerises, de rramWisc» , de prunelles , etc.

(rVo/ré/« Iraductrur.)

voulait tuiijonrs que, comme ils étaient t:ne même chair et un même sang avec nous, ils fussent assis à la même table; de manière que, si ce n’était pas des amis fort riches, c’etait au moins des amis contens et satisfaits que nous avions autour de nous. Car c’est une remarque qui est certaine, que plus le convive est pauvre, plus il a de plaisir à être bien traité, et, de mon naturel, je suis aussi grand admir.ilcur d’un visage content , que d’autres le sont d’une tulipe ou d’une aile de papillon bien nuancée. Il s’en trouvait cc|>cndant dans le nombre de ces parens, qui avaient un mauvais caractère ou un mauvais esprit, en un mol, qui étaient si incommodes, que nous désirions nous en débarrasser. A ceux-là j’avais attention , la première fois qu’ils nous rendaient visite , de leur prêter ou une redingote , ou une paire de bottes, ou même un cheval de peu de valeur, et j’eus toujours la satisfaction de voir qu’ils ne revinrent point pour me les rendre. Par ce petit artifice, ma maison se trouvait débarrassée de ceux qui ne nous convenaient pas; mais jamais le mtntifre de Waiefield ne fut connu pour fermer sa porte, ni au voyageur, ni à l’indigent.

Nous vécûmes ainsi quelques années dans l’état le plus heureux. Nous ne fûmes cependant pas exempts de ces petites disgrâces que la Providence nous envoie, pour relever le prix de scs faveurs. Mon verger fut souvent pillé par les écoliers, et la pâtisserie de ma femme fut quelquefois volée parles chats ou Icsenfans. Il arrivait aussi que le seigneur de la paroisse s’endormait justement a l’endroit le plus louchant de mon sermon, ou que sa femme ne ré|Mindait à l’église que par une révérence trop courte aux politesses de la mienne. Mais nous prenions bientôt le dessus sur le chagrin causé par ces petits accidens; et ordinairement, au bout de trois ou quatre jours , nous commencions à être surpris qu’ils eussent pu nous affecter.

Mesenfans, production de la tempérance, étant élevés sans délicatesse, étaient d’une bonne constitution et d’une santé robuste. I-es garçons étaient vigoureux et hardis, mes filles soumises et belles. Quand j’étais au milieu de ce petit cercle, que j’espérais qui

DE WAKEFIF.U).

snraii le soutien de mn vieillesse, je ne pouvais m'empéclier de me rappeler la fameuse histoire du comte d'Abensberj;, qui, dans le tempsquelleDri II visitait scs provinces d'Allemagne, pendant que les coiiriisans venaient au di'vant du prince avec leurs trésors, lui amena ses trente-deux enfans, ^ les présenta à son souverain , comme le plus beau présent qu'il eùtà lui oiïrir. De même, quoique je n'eusse que six enfans, je les regardais comme un présent considérable que j’avais fait à mon pays, et pour lequel je pensais qu'il me devait quelque reconnaissance. Notre fils aîné se nommait George, du nom de son oncle , qui nous avait laissé dix mille livres sterling. Notre second enfant était une fille, à qui je voulais donner le nom de Griselle, qui était celui de sa tante. Ma femme , qui, pendant sa grossesse, avait lu des romans, insista pour qu'elle s'appelât Olivia. Fin moins d’une année ensuite nous eûmes une seconde fille. Je comptais bien que cellelà porterait le nom de sa Lante Griselle; mais une parente riche, ayant eu la fantaisie d'en être la marraine, lui donna le nom de Sophie. Ainsi j'avais deux noms de roman dans nia famille, mais je proteste que je n’y ai eu aucune p.art. Le quatrième était un garçon , nommé Moïse; et aprèsnn intervalle de douze années , nous eûmes encore deux garçons , Dick et Bill '.

Il serait inutile de dissimuler la satisfaction que j'avais quand je voyais mes petits autour de moi; mais celle de ma femme était encore, pour ainsi dire, plus grande que la mienne. Oiiand ceux qui nous faisaient visite venaient à dire : t En vérité, madame Primrose', vous avez les plus beaux enfans

* C«s deux mou sont des Bbiévialiuns, le premier de Itîchard , le second de VVilliem. Ces sortes d’abrésîslions des noms de baptême sont très-communes parmi les Anglais. >on seulement tous les enfans, même des meilleures maisons , sont appelés par lenrs noms de baptême ainsi abiégês ; mais les amis, les msris et les femmes s’rn servent entre eus , comme d'expressions d’amitié. On s'en sert aussi pour tous les domestiques.

( NoU du traducteur .

** On volt aisément que c’est le nom du Ministre. {Note du traducteur.')

de tout le pays. — Ah ! voisin, répondait-elle, ils sont comme Dieu les a faits, assez beaux , s’ils sont assez bons , car beau est , qui bien fait, s En même temps elle disait à ses filles de tenir leurs tèles droites; et pour ne rien dissimuler , elles étaient effectivement fort jolies. Je regarde la figure comme une circonsutnee si indifférente en soi, que je n’aurais pas pensé à parler de celle de mes filles, si ce n’est qu'elle était le sujet général des conversations du pays. Olivia, qui étaitalors âgée d’environ dix-huit ans, avait celte espèce de beauté avec laquelle les peintres représentent ordinairement Hébé, vive, animée , frappule. Les Iraiu de Sophie n’avaient pas tant d’éclat an premier coup d’œil; mais leur effet était souvent pins sûr, car ils étaient doux, modestes, engageons. L’une remportait la victoire du premier coup; l’autre par des efforts répétés, mais toujours suivis du succès.

Le caractère des femmes s’accorde ordinairement avec leurs traits : nu moins cela était-il vrai de mes filles. Olivia ilésirait d’avoir plusieurs amans; Sophie, de s’en .assurer un. Olivia bissait voir souvent un trop grand désirdc plaire; Sophie, dans la crainte d’offenser , s’efforçait de cacher sa supériorité. L’une m’amusait par sa vivacité quand j’éuiis gai , l’autre me plaisait par son bon sens quand j’étais sérieux. Mais ces qualités différentes n’ébient poussées à l’excès ni dans l’une ni dans l’autre, et je les ai vues souvent changer d’humeur ensemble pour un jour entier. Une robe de deuil faisait do ma coquette une prude, et un nouvel .ajustement de rubans donnait à la cadette une vivacité surnaturelle. Mou fils aîné George, que je destinais à une des professions savantes ’, étudiait à l’université d’Oxford. Mon second. Moïse, que je destinais aux affaires, recevait dans ma maison une espèce d’éducation mixle.il serait inutile d’entreprendre de décrire le caractère particulier d’enfans

• C’osl ainii qu'on appelle orduairemenl en Anglcleire , la théologie , la juriapruêence , la médecine et la musique. Ces arU farinent quatre facullés, dans lesquelles on prend des degrés dans les din'êrentes uniTcrsitcs. (êVo/r du traducteur.)

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