‹ Œuvres completes de SterneChapitre 455 sur 507 · I.E MIMSTRE · texte numérisé non relu

I.E MIMSTRE

qui n'nvnii'nl qiio for) prii vu le momie. Il suffira (le dire (jii'il y avait dansions une rcsseinldanre de famille, et qu'à proprement parler, ils avaient tous un caractère général, celui d'être également généreux, crédules , siiii|ile$ et sans méclianceté.

ciiAPrrnR n.

Malbrnrs àt fslBilIc. !.• p«rtr dr l« ToHaite ne »erl qu'l üntpnrrtcr U noble fierté dee bonoèlca geni.

1.C temporel de ma famille était principalement sous la direction de ma femme; le spiriliiel était entièrement sous la mienne. Le produit de mon b<-néfice qui ne montait qu’à irenle-cinq livres sterling par année, je le donnais aux orplndins et aux veuves des eccl('-siasli(pies de notre diocèse; car ayant une fortune suffisante par moi-mèinc, je ne me souciais pas du revenu temporel, et je sentais un plaisir secret à faire mon devoir sans intérêt. J’avais pris aussi la résolution de ne point me faire substituer dans mes fonctions par un vicaire, et de connaitre tous mes paroissiens. J’exliorlais les hommes mariés a la tempérance, cl les garçons au mariage; en sorte qu’en peu d’années, c’était un propos commun, qu'il yavail à Wakefield trois choses extraordinaires, un ministre sa ns orgueil*,

* Le clergé de Tiilglisc anglicane n’cxi pas , à beaucoup près, aussi eslininhle que le ndli’c à tous égards. En réforroanl les prétendus abus de l'Eglise rnrmiine, ils en ont retenu dans ls leur un énorme, f|ui ne SC trouve point dans celle dont ils se sont sé> parés, la pluralité des bénéliccsà chargerTame. Rien n’est si commun que de voir un ecclésiastique d'.\n> glutvrre être recteur de deuv nu trois paroisses k la luis, qui lui produisent an revenu considérable, pour lequel il ne fait autre cliose que prêcher une fois l'année dans chacune. Le gros ouvrage, c’est-à-dire, le service divin, l’instruction des enfans, l'exhortation des malades, etc., ils s’en déchargent sur une espece de valet qu’on nomme CuraUt à qui ils donnent le niuins de gages qu’ils peuvent, et qui, de son côté, fait le moins li’ouvragc qu'il {-eut. Aussi, a l'f\cef>tion de quelques sCi*mons farcis rl'invcctives conlrc l'Eglise romaine, qii'iU appellent U Gramir. prfijî/»/itec He Babÿlonr , qu’ils peignent comme iJo~

des gnrçons qui clierchnient à se m.vriep, et des enb.'ireis qui m;iiii|iiaient de pnitiques.

Le mnringe a toujours été un de mes sujets favoris, et j'ai écrit un grand nombre de sermons pour prouver l'utilité, et le bonheur de cet état; mais il y a un article particulier dans celle matière, que je m’étais fait un point capital de soutenir. Je prétendais avec W’Iiiston qu’il n’élail pas permis à un prêtre de n-^lisc anglicane, après la mort de sa première femme, de convoler à de secondes noces; en un mot, j’étais un zélé dt-fenseur de la monogamie.

J’avais été initié de bonne heure dans cette dispute importante, qui a enfante tant de volumes si laborieusement écrits : je publiai moi-même quelques traités sur la matière; et comme ils ne se sont jamais vendus, j’ai la consolatiuii de penser qu’ils ne sont lus que par le petit nombre des élus. Quelques-uns de mes amis appelaient cela mon côté faible; mais hélas! quand ils parlaient ainsi, ils n’avaient pas, comme moi, fait de la matière le sujet d'une longue contemplation. Plus je réfléchissais sur le sujet , plus il me paraissait important : j’allais môme un pas plus loin que Whislondansle développement de mes principes. Comme il avait fait graver sur la tombe de sa femme, qu’elle avait été la tculc femme de Guillaume Whiston, je composai unescmblablcépitaphepoiirma femme, quoique encore vivante, dans laquelle je faisais l’éloge de sa prudence, de son économie

ôt/rr.Glc,, cl (]ui .cmblent n’aroir pour but que d'cxrîler une baîne fanatique dans les peuplT* contre loua ceux qui n'oni pas (ebonheur d'ètre motnbrea de leur b-ftliae , Ica peuples ne reçoirent-ili aucune eapèee d*inatruelion. Point de caldchiarDe pour les enfana , point d'ciboiialiona aux malades , point de cea xisites cbari tables cbex les pauxrca, etc. L'or|*ueil des recleura est insupportable, comme la misère de leurs subaliluts est extrême. Ceux.ci, ajani laliberté de se maricr,coiiiroe leurs supérieurs, et n'ajsnt pas les mêmes levenus, laissent après eux des enfana malbeurcux , que la pauvreté, jointe à l'orgueil de leur naissance , précipile dans toutes soties de virts, surtout les filles dans la proatilution. On dit que la moitié au moins des proaliluéea de Londres est com;K)sée de filles de ministres suhal- 1ri nos. J AWr du frndurtrur.)

ns WAKKriBLD'

et (le <on obéissanccjitsqu'à la mort; je In fii copier par une belle main, proprement encadrer, et je la plaçai sur le chambranle de la cheminée, où elle servait à dilTérens usages très-utiles. Elle avertissait ma femme de ses devoirs et de ma Bdélité; elle lui inspirait le désir de mériter les éloges <|ue je donnais à ses vertus, et lui rappelait le souvenir de sa fin.

Ce fut peut-être pour m'avoir entendu si souvent recommander le mariage, que mon fils aîné, aussilùt sa sonie du collège, fixa scs affections sur la fille d'un ecclésiastique de notre voisinage, qui avait un bon bénéfice, et qui était en état de lui donner une dot considérable; mais la fortune de la demoiselle était son moindre mérite. Tout le monde, excepté mes deux filles, convenait que miss Arabella Wilmot était |Kirfaitement belle ; elle joignait à la jeunesse, à un air de santé et d'innocence, un teint si fin et des yeux si parlans, que la vieillesse même ne pouvait t la regarder avec indifférence. Comme le père savait que j'étais en état de mon côté de don- ^ ncr un bien honnête à mon fils, il n'était pas * éloigné du marché. Convaincu par ma propre expérience que le temps de la reclier- , che est le plus heureux de la vie , je ne fus pas fâché d'en prolonger la durée; et les différens amusemensque le jeune couple trouvait tous les jours dans la compagnie l'un de l’autre, semblaient augmenter leur passion. Nous étions ordinairement éveillés le matin par quelque concert; quand le jour était beau, nous faisions une partie de chasse à cheval. Le temps entre le déjeûner et le dîner était cousarié par les dames à leur toilette et à l'étude ; elles lisaient une page, ensuite se regardaient dans le miroir, et le philosophe le plus sévère aurait été obligé d'avouer que souvent la glace présentait plus de beautés que le livre. A dîner, c'était ma lemmc <pii V présidait; elle voulait toujours découper et servir elle-même les viandes, parce que c'était l'usage de sa mère, et elle ne manquait pas à cette occasion de nous donner l'histoirede chaque plat. Quand nousavions dîné, pour empêcher les dames de nous quitter ',

* Ceci a rappert à un usage d’Anglctcri-c. Apiès

je faisais ordinairement ùler la table, et souvent les filles, avec l'aide de leur maître de musique, nous donnaient un petit concert fort amusant. La promenade, le thé, la danse et de petits jeux accourcissaient le reste du jour , sans le secours des cartes, |>our lesquelles j’ai toujours eu de l’aversion ; de tous les jeux, je n’aimais que le backgammon ', auquel mon vieux ami M. Wilmot et moi risquions quelquefois nos six sous, ic ne puis m’empêcher à ce sujet de rapporter un événement de mauvais présage, qui m'arriva la dernière fois que nous jouâmes ensemble : je n’avais besoin que d’un quatre, et j'amenai cinq fois tout de suite deux as.

Quelques mois s'étant écoulés de cette manière, on fixa enfin un jour pour le mariage du jeune couple, qui semblait le désirer trrsimptiemment. Je n’ai pas besoin dcdécriri' l’air important et affairé de ma femme, ni les regards matois de mes filles pendant l<‘s préparatifs ; pour moi, mon attention était fixée sur un autre objet ; j’achevais un traité que je me proposais de publier dans peu, pour la défense de la monogamie. Comme je regardais cet ouvrage comme un chef-d’œuvre , je ne pus m’empêcher, dans l’orgueil de mon cneur, de le faire voir à mon vieux ami M. Wilmot, et je ne doutais point qu'il ne m’en fit des complimens; mais je découvris trop tard qu’il était fortement attaché â l'opinion contraire, cela par une bonne raison: car j’appris que, dans ce temps mt^me, il faisait sa cour â une femme pour se marier en quatrièmes noces. Cette circonstance produisit, comme on peut bien croire, une dispute entre nous, dans laquelle il se mêla quelque aigreur, qui pouvait occasionner la rupture de l’alliance proposée ; mais, le jour qui précéda celui fixé pour la cérémonie,

le dîner, on 1ère la nappe, el on pose sur h table nue des bouteilles el des verres. Alors les dames sc rclircnl ordinairement i leur appartement , cl les hommes restent à fiirc la conversation.

(JVoU traducteur .''f

* C'est une espèce de jeu de tiictrar fot> usité en Ap^letCl1'C, et qui ressrmble à nvtrejcu de uatn lahtcs.

(iS'olt iiu trj*/ur/tur.)

618 LE MINISTRE

nous convtnmes de discuter la matière avec étendue.

La dispute fut soutenue avec une égale chaleur des deux côtés; il m'accusait d'élre hétérodoxe, je rétorquais l’imputation : il répliqua, je répliquai. Au moment où le débat était le plus chaud, je fus appelé hors de la salle par un de mes paréos, qui , avec un visage triste, me conseilla de quitter la dispute et de laisser le vieux ministre devenir encore époux, s'il le pouvait, au moins jiis- (|u'à ce (jue l'alTaire du mariage de mon llls lut terminée. • Comment ! m’écriai-je, abandonner la cause de la vérité ; lui laisser la liberté de se remarier, quand je l'ai déjà poussé si loin dans le raisonnement, que j'ai l’avantage de l'avoir réduit à Vabiurdc î Vous me persuadci'icz d'abandonner ma furtunc aussitôtquc ma dis|>ute. — Votre fortune, reprit mon ami, je suis fâché de vous l'apprendre, est presque réduite à rien. Le marchand de la ville surqui vous aviez placé vos fonds, vient de faire banqueroute , et est en fuite ; et l’on ne croit pas <|iie les créanciers retirent ciit(| pour cent de leurs créances. Je ne voulais pas vous chagriner, ni votre famille, par cette mauvaise nouvelle, jusqu'à ce que le mariage fût achevé; mais j'ai cru devoir vous en parler plus tôt , pour vous engager à modérer votre chaleur dans la dispute; car je s'up|)osc (|ue votre prudence vous fera voir à vous-méme la nécessité de dissimuler au moins jusqu’à ce que la forlune de la demoiselle soit assurée à votre Gis. — Uissimiiler ! réplu|uai-je; si ce que vous m'apprenez e.st vrai, et que je suis réduit à la mendicité, la misère ne fera jamais de moi un malhonnête homme , et ne ni'eng.agera point à désavouer mes prinei|)es. Je vais, de ce pas, informer totit a l’heure la comjagnie de la circonstance <pii m’arrive; et, quanta ma thèse, je ri'-tractc, dès à présent, toutes les concessions que j'avais faites à mon adversaire; et je soutiens qu'il ne peut être époux, ni de droit , ni de fait , ni dans aucun sens |h>ssible. >

Il serait inutile de décrire les sensations qu'éprouvèrent les deux familles quand je leur appris la nouvelle de ma catastrophe ; mais ce que les autres ressentirent, ne pa-

raissait rien en comparaison de ce que les jeunes amans parurent souffrir. M. Wilmot, qui semblait déjà auparavant assez porté à rompre le marché, y fut bientôt déterminé par cette circonstance. Il possédait , dans toute sa perfection, la vertu de la prudence, la seule qui trop souvent nous reste dans toute sa force à soixante-douze ans.

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