‹ Œuvres completes de SterneChapitre 460 sur 507 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

^ l.e b«nlienr da coin du fea de U vie ckeoipdlrc.

Comme notre dispute avait été poussée avec quelque chaleur , pour raccommoder les affaires, nous nous réunîmes dans la conclusion de manger à souper une partie de la venaison que nous venions de recevoir, et mes filles se mirent à la préparer galment. «Je suis bien fiché, m’écriai-je, de n’avoir pas quelque voisin ou quelque étranger à inviter pour prendre sa part de notre bonne chère , car je trouve que le plaisir de ces sortes de régals est double en le partageant. — Dieume bénisse! repritaussitét maferome, je vois venir notre bon ami M. Burchell, qui a sauvé notre pauvre Sophie , et qui sait si bien vous river votre clou dans la dispute. — Mc river mon clou!. ..Ma femme, vous vous trompez; je crois que je n’ai personne A craindre sur ce point. Je ne dispute pas que vous ne soyez la première femme du monde pour mettre une oie en pâté ; mais pour ce qui est de fargumentalion, je vous prie de me le céder là-dessus. » Comme j’achevais , le pauvre M. Burchell entra. Il fut salué par toute la famille, qui lui prit la main de bon cœur, pendant que le petit Dick lui approchait une chaise.

l.’amitié de ce pauvre homme me faisait plaisir par deux raisons : d’abord parce que je savais qu’il avait besoin de la mienne, ensuite parce que je savais qu’il était disposé à être aussi ami qu’il pouvait fétre. On le connaissait dans le voisinage sous le caractère du pauvre gentilhomme, qui n’avait rien voulu faire dans sajeunesse, quoiqu’il n’cùt pas encore plus de trente ans. Il y avait des intervalles où il parlait de très bon sens; mais, en général, il aimait trop la compagnie des enfans, qu'il avait coutume d’appeler de peiiia crcalurct innocenlet. Il était connu pour leur chanter des romances* et leur raconter des

* Les Anglais les ajipfiUent Ce sontoi-

dînaircinenl des htsioires tragiques en vers, entrerodldes de i-êHexions, ou terminées par une conclusioa

DE WAKEnELb.

histoires; et rarement il allait sans quclijiic chose pour eux dans scs poches, comme du |Kiin d'épice, des sifflets de deux liards, et autres semblables bagatelles. Il venait ordinairement une fois l’année dans le canton, et vivait sur l’hospitalité des habitans. Il soupa avec nous , et ma femme ne lui ménagea pas son vin de groseilles. La conversation s'anima; il nous chanta de vieilles chansons, et raconta aux enfans le conte du Daim de Itercrtand et de CriseUe , les aventures de Cankin et de la Belle Rotamonde. Le chant de notre coq, qui chantait toujours à onze heures, nous avertit qu'il était temps d'aller se reposer; mais nous nous trouvâmes fort embarrassés par une difficulté que nous n’avions pasprévueic'étaitdesavoircomment nous logerions notre hôte. Mous n'avions pas plus de lits qu’il ne nous en fallait pour nous; et il était trop tard pour l’envoyer coucher â l'aulierge. Dans c:et embarras, le petit Dick lui offrit sa place dans son lit , si son frère Moïse voulait consentir qu’il couchât avec lui; et moi , s'écria Bill , je lui donnerai aussi la mienne, si mes sueurs veulent me prendre avec elles. € Fort bien! mes enfans, m’écriaije, l'hospitalité est un des premiers devoirs d’un chrétien. I>es bétes se mettent à couvert dans leurs retraites, et les oiseaux sous les feuillages; mais l' homme malheureux ne peut trouver de refuge que chez ses semblables. Celui qui a été le plus étranger dans le monde a été celui qui est venu pour le sauver ; il n’eut jamais de maison, comme s'il eût voulu éprouver s’il restait quelque hospitalité parmi noos. Déborah, criai-je à ma femme, donnez à chacun de ces enfans un petit morceau de sucre, et que Dick ait le plus gros, parce qu’il a parlé le premier. »

niornlc, (Jtiisc rhanlcnlitaiis les rues. Presque loule.s tes hisloîrcs Itagiques seul mises aussi en ballades. U r en a quelques-unes qui sent fort bien faites. M. Adissr n, dans le Spectateur f cite arec éloge celle de J deux enfans dans te bois , cl de Chevy Chsue ; celle de Georges Barnewett s fourni à Liloo la tnatière d'une fort bonne tragédie bourgnoise. Les Anglais , arec le génie le moins musical et les plus mauraises rois de l’unirers, sont en même temps grands chansonniers. Jecrois même que nous ne l’emportons pas sur eux de ce cêtê. (jVote du tradueuur*)

Ia> matin, j’appelai de bonne heure ma famille pour aller retourner un regain de foin ; et notre hôte, s’étant offert à nous aider, fut accepté au nombre des travailleurs. Notre besogne alla vite : j’étais à la tête, et les autres suivaient en ordre. Cependant je ne pus m’empécher de remarquer l’assiduité avec laquelle M. Bttrchell aidait ma Glle Sophie dans sa tâche. Quand il avait Gni la sienne, il se joignait à elle, et ils entraient dans une conversation très étroite. Mais j'avais une trop bonne opinion du bon sens de Sophie, et je connaissais trop bien son ambition, pour rien craindre pourellc, de la part d’un homme dont la fortune était délabrée. Quand nous eûmes Gni pour ce jour-là, M. Burchell fut invité à rester comme la veille; mais il nous refusa, devant coucher cette nuit chez un de nos voisins, à l’enfant duquel il portait un sif- Dct.Quand il fut parti, notre conversation du souper tomba sur le pauvre malheureux hôte qui venait de nous quitter, c Quelle preuve frappante, disais-je, cet homme ne fournit-il pasdesffliséresqui sont la suite d’une jeunesse inconsidérée et extravagante ! Il ne manque point du tout de sens; mais cela ne fait que rendre ses premières folies plus impardonnables. Pauvre malheureux ! où sont aauellemcnt ces parasites, ces flatteurs qu’il inspirait autrefois, et sur lesquels il dominait'/ Ils sont peut-être à présent â faire leur cour au débauché qui s’est enrichi par ses extravagances. Ils le louaient autrefois, c'est actuellement le débauché qu’ils louent. Les applaudissemens qu’ils donnaient au|xiravant à son esprit, sont changés en sarcasmes sur ses folies. Il est pauvre, et peut-être mérite-t-il de l’être ; car il u'anil'ambition d'être indépendant, ni le talent de se rendre utile. > Peut-être quelques raisons secrètes me firent mettre trop d’aigreur dans mes observations, et Sophie m’en reprit doucement. i Papa , me dit-elle, quelle qu’ait été autrefois sa conduite, son état actuel devrait le mettre à l’abri de la censure. Son indigence présente est une punition suflisante de sa première folie, et j’ai entendu dire à mon papa luimême que nous ne devions jamais frapper inutilement ceux snr lesquels la main de la Providence tenait déjà levé le fouet de son

LE limiSTHE

rcMi-Dtimcnt. — Vou» avez raison , Sophie , dil Moïse, el iin ancien représente forl bien cette cumlnitc maligne, sous la fable d'un paysan, qui léchait d'écorcher Marsyas, dont la peau avait déjà été enlevée par Apollon. D'ailleurs, je ne sais si la situation de ce pauvre homme est aussi fâcheuse que mon cher père la représente. Nous ne devons pas juger de ce que sentent les autres par ce que nous sentirions à leur place. Quelque obscure que nous paraisse l’habitation d'une taupe , cependant l'animal lui-mème trouve son appartement sufVsamment éclairé; et, à dire vrai , il semble que l'esprit de cet homme s'accorde avec sa situation ; car je n'ai jamais entendu personne parler avec plus de vivacité qu'il le faisait aujourd'hui dans la conversation qu'il avait avec vous. > Ces dernières paroles étaient dites sans le moindre dessein ; cependant elles firent rougir ma fille , qui tâcha de cacher son désordre par un rire affecté, et en assurant son frère qu’à peine avait-elle pris garde à ce que cet homme lui avait dit ; mais qu’elle croyait qu'il avait pu être autrefois un fort aimable gentilhomme. Cet empressement à se défendre, et cette rougeur furent dessymptêmes qui ne me plurent pas intérieurement; mais je réprimai mes soupçons.

Comme nous attendions notre seigneur le lendemain, ma femme se mit à faire un pâté de la venaison. Moïse était assis pendant que je montrais à lire aux petits. Mes filles paraissaient aussi fort empressées de leur côté; el je remarquai, pendant assez longtemps, qu’elles étaient occupées à faire cuire quelque chose auprès du feu. Je crus d’abord que ce qu’elles faisaient était pour aider leur mère ; mais le petit Dick m’apprit tout bas qu’elles faisaient une eau pour le visage. J’ava'is une antipathie naturelle pour les eaux de toute espèce; car je savais qu’au lieu d’embellir, elles ne font que gâter le teint. J’approchai donc insensiblement ma chaise du feu, el prenant les pincettes, comme pour l'attiser, je renversai, en apparence par accident, toute la composition ; et il était trop tard pour en recommencer une autre.

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