‹ Œuvres completes de SterneChapitre 462 sur 507 · OSO · texte numérisé non relu

OSO

M. Torniiill , qiiuiqiic rrcllrinnil i;>noranl, parlait avec aisance et pouvait s’étendre avec facilité sur les matières ordinaires de la conversation. Il u’est donc ps surprenant que ces taicns gagnassent l'alTection d'une fille qui , par sou éducation, avait appris à estimer en elle-même une apparence superficielle, et conséquemment à l'estimer dans un autre où elle se rencontrerait.

Quand notre jeune seigneur fut parti, nous recommençimes à disputer sur son mérite.

Comme c’était sur Olivia qu'il avait fixé plus constamment scs regards, et comme il lui avait adressé plus fréquemment la parole, on ne douta pas que ce ne fût elle qui fût l’objet de .ses visites. Les railleries innocentes de son frère et de sa soeur, sur ce sujet, ne priirentpas lui déplaire. Ma femme elle-même semblait partager la gloire de ce jour, et se réjouissait de la victoire de sa fille , comme si c’eût été la sienne propre, c Puisque tout est ainsi, mon ami , s’écria-t-elle , je vous avouerai à présent que c’est moi qui ai conseillé à mes filles d’encourager les visites du chevalier. J’ai toujours eu un pu d’ambition, et vous voyez actuellement que je n’avais pas tort; c.ir qui sait comme tout ceci finira'!' — Qui le sait effectivement? repris-je avec un soupir. Pour moi , tout ceci ne me plaît pas; et j’aurais mieux aimé quelqu'un de pauvre et d’honnête, que ce gentilhomme accompli avec sa fortune et son infidélité. Car sachez que, s’il est tel que je le soup çonne, jamais homme qui pensera légèrement surla religion, n’aura une de mes filles en mariage.

— Certainement, mon père, me dit Moïse, vous êtes trop sévère en ceci ; car le ciel ne lui demandera jamais compte de ce qu’il aura pensé, mais de ce qu’il aura fait. Il n’y a pas d’homme qui ne soit sujet a avoir mille mauvaises pensées qui s’élèvent dans son esprit, sans qu’il soit le maître de les écarter. Penser librement delà religion peut être un acte involontaire chez ce gentilhomme; en sorte qu en convenant que ses sentimens sont erronés, cependant comme il est en cela purement pa.5sif, il n’est pas plus bhlmable de ce qu'ils s'emparent de son esprit, que le gouverneur d’une ville sans murailles ne le

. serait de ce que l'ennemi viendrait s’y loger.

— Cela est vrai, mon fils, répliquai-je; mais si le gouverneur invite l’ennemi, alors i! est criminel , et c’est toujours là le cas de ceux qui embrassent l’erreur. Ce vice ne consiste pas à SC rendre aux preuves qui nous subjugent, mais à s’aveugler volontairement sur les preuves qu’on nous présente. Ils ressemblent à des juges corrompus qui dérident une cause sur les preuves qu’une p.artieleur administre, sans vouloir entendre celles de l’autre. Ainsi, mon fils, quoique nos opinions erronées puissent être involontaires quand nous les formons , cependant , comme nous nous laissons volontairement corrompre en les admettant, ou que nous sommes négligens à les examiner, nous méritons d'être punis pour notre crime , ou méprisés pour notre folie.»

Ma femme soutint la conversation, mais sans répondre a l’argument. Elle observa que plusieurs personnes très pnidentes de notre connaissance étaient des esprili forts, et n’en étaient pas moins de bons maris. D’ailleurs, elle connaissait des filles assez sensées pour pouvoir convertir ceux qui seraient leurs maris. » Et qui sait, continua-t-elle, de quoi Olivia est capable? Ma fille peut dire bien des choses sur un sujet; et, à ma connaissance, elle est très versée dans la controverse.

— Quoi! ma chère, qu’entendez-vous? lui dis-je. Quels livres de controverse a-t-elle pu lire? Je ne me ressouviens pas de lui en avoir jamais mis de tels entre les mains. Vous exagérez sûrement son mérite. — Non, papa, reprit Olivia, ma chère mère a raison, j’ai lu beaucoup de controverses : les disputes de 'rwakum et de Square’, celle de Robinson Crusoé avec le sauvage Vendredi. — Fort bien, ma fille, m’écriai-je, je crois que vous

• Ceux qui onl lu Tom Jonet cl Rohinson Crusoé xenlifont aisément la plaisanterie de l’auteur, qui fait citer par Oliria ces romans, comme des Iîti«s de conlroTei’Sc, à propos de quelqee^ | «asa^cs relatifs à la iTinr.ilitc de nos actions, ou à la t onnaissance de la icligion, qui se rencontrent dans l'iin et dans l'autre

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êtes très en état de faire des conversatloDS ; c’est pourquoi allez aider votre mère à faire la tourte de gtoseiiles. •

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