‹ Œuvres completes de SterneChapitre 473 sur 507 · CHAPITRE XVin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVin

Puanaite «l'uD p«re |K>ar nmcncr mki entant n U rerlo.

Quoique l'enfant ne p6t pas dépeindre la |iersonnc qui avait donne la main à sa sonir ponr monter dans la chaise de poste, cependant mes soupçons tombèrent sur notre jeune seigneur , dont le caractère n'était que trop connu pour ces sortes d'intrigues. Je tournai donc mes pas vers le château de Tornhill, résolu de lui faire les reproches qu'il méritait, et de ramener ma fille, si je le pouvais. Mais , avant que d'avoir gagné le château , je rencontrai un de mes paroissiens, qui me dit qu'il ava'it vu une jeune demoiselle qui res.semblait beaucoup à ma fdle, dans une chaise de poste avec un monsieur que, par la description, je ne pus juger autre que M. Burchell , et qu’ils couraient très fort. Cette information ne me satisfit point du tout. J’allai donc chez le chevalier; et, quoiqu'il fût fort matin. J’insistai pour lui parler snr-le-champ. Je le vis bientôt paraître avec l’air le plus ouvert et le plus aisé. Il me parut extrêmement surpris de l'évasion de ma fille , protestant sur son honneur qu'il n'y avait point la moindre part. Je blâmai alors mes premiers soupçons ; • et je n'eus plus d'autre personne sur qui les fixer, que M. Burchell, avec lequel je me ressouvins alors qu'elle avait eu depuis peu plusieurs conversations particulières. Mais je n'eus plus lien de douter de sa bassesse , quand une autre personne m'apprit que lui et ma fille étaient actuellement allés aux eaux, à euviron trente milles' de là, où il y avait grande compagnie. Sur cet avis, je résolus de les poursuivre à cet endroit. Je marchai bon pas, et je m’informai à plusieurs personnes le long du chemin si on les avait vus , sans en rien apprendre. Mais en entrant dans la ville, je rencontrai une personne à cheval, que je me rappelai avoir vue chez le chevalier, qui

' Trois milles il'Aoglelerre font une lieue de

rttuce, •

(^Notedu Iraduclcur').

m'assura que, si j'allais jusqu’à l'endrmt des courses, qui n 'était qu’à trente mille plus loin, je les y trouverais infailliblement; qu’il les avait vus danser aux eaux cette nuit, et que toute l'assemblée avait été charmée des grâces de ma fille. Je pris donc le lendemain de bon matin lechemin du lieu des courses, et j’y arrivai vers les quatre heures de l'après-midi. La compagnie y était fort brillante, et tout le monde était très occupé à continuer le divertissement. Quelle diDérence d'eux à moi , qui venais pour retrouver une enfant qui s’était écartée du chemin de la vertu ! Je crus apercevoir M. Burchell à quelque distance de moi; mais, comme s’il eût craint de me voir, quand j'approchai, il se mêla dans la foule, et il me fut impossible de le revoir. Je réfléchis alors qu'il serait inutile de poursuivre ma recherche plus loin; et je résolus de m'en retourner à la maison retrouver une famille innocente à qui ma présence était nécessaire. Mais l'agitation de mon esprit et la fatigue du voyage me causèrent une fièvre, dont je sentis les symptômes avant de quitter les courses. C’était un nouvel accident fort embarrassant, me trouvant alors à soixante-dix milles de chez moi. Je me retirai donc dans un petit cabaret qui était hors du chemin , dont l'apparence annonçait qu’il était la retraite ordinaire de l’indigence et de la frugalité; et là, je pris un lit pour attendre patiemment l’issue de ma maladie. Je languis dans cet endroit environ trois semaines. A la fin , mon tempérament prit le dessus ; mais je n’avais pas d’argent pour payer ma dépense. L’inquiétude seule que me causait cette dernière circonstance aurait pu occasionner une rechute, si je n’avais été assisté par un voyageur qui entra par hasard dans le cabaret pour se rafraîchir en passant. Cet homme était justement l'honnéte libraire près Saint- Paul, qui a écrit tant de petits livres pour les enfaus. Il s’appelait lui-mème leur ami ; mais il était en effet l'ami de l'humanité en général. Il ne fut pas plus tôt entré , qu’il pensa à s’en aller; car il avait toujours quelques affaires de la dernière importance; et il était alors occupé à ramasser des malé- I riaux pour l'hisloirc d’iin certain M. Thomas

DE WAKEFIELD

Tnp. Je reconnus aussitôt le bon homme à sa l'ace bourgeonnée; car il avait publié mes écrits contre les seconds mariages. Je lui empruntai quelque argent, que je promis de lui rendre à mon retour cher. moi. Je quittai donc rhôlellerie ; et comme j'étais encore faible, je résolus de retourner à la maison à petites journées de dix milles chacune. Ma santé et ma tranquillité ordinaires étaient presque entièrement rétablies ; et je condamnai alors mon orgueil qui m'avait fait révolter contre la Providence qui me chôtiait. L’homme connaît bien peu les malheurs qui sont an dessus de ses forces, jusqu'à ce qu’il vienne à les éprouver : de même, l'ambitieux, qui voit tout brillant d'en bas, trouve, ù mesure qu'il monte, que chaque pas qu'il fait, lui découvre quelque désagrément caché qu'il n'avait pas prévu ; de même, par l'effet de la disposition naturelle de notre esprit toujours occupé à chercher des amusemens dans quelque situation qu’il se trouve, le malheureux, à mesure qu'il descend dans l'ablme du malheur, qui , vu la hauteur où règne le plaisir , lui parait ténébreux et horrible , trouve quelque chose qui le flatte et qui le surprend. A mesure que nous descendons , les objets s’éclaircissent, des perspectives inattendues nous amusent , et les yeux de l’esprit s’adaptent aux ténèbres qui les environnent. ,

Il y avait deux heures que je marchais, quand j'aperçus dé loin une voiture qui me parut être un chariot couvert. Je résolus de l’atteindre ; mais quand j'en fus près , je reconnus que c’était un chariot qui voiturait les décorations , les habits et les bagages d’une troupe de comédiens de campagne au village voisin, où ils devaient représenter. Il n’y avait que le charretier qui conduisait, et un des comédiens dans le chariot , parce que les autres ne devaient arriver que le lendemain. Bonne compagnie en chemin, dit le proverbe, le rend plus court. J’entrai donc en conversation avec le pauvre comédien; et comme j'avais eu moi-même autrefois quelques talens pour le théâtre, je ils une petite dissertation sur ce sujet, avec ma liberté oniinaire. Mais comme j’étais fort peu instruit do l'etat actuel du théâtre, je

demandai quels étaient les auteurs dramatiques à présent en vogue, quels étaient les Dryden et les Otways ' du jour, t Je crois , monsieur, répondit le comédien, que peu de nos auteurs d'aujourd’hui se croiraient honorés d'être comparés aux auteurs que vous nommez. La manière d’écrire de Dryden et de Rawe est à présent tout-à-fait hors de mode. Notre goût a remonté d’un siècle.

Fletcher, Ben Johnson et Shakespeare" sont les seuls auteurs dont on représente les pièces.— Comment! m'écriai-je, est-il bien possible que notre siècle puisse s'amuser avec le vieux langage, les mauvaises pla'isanteries et les caractères outrés qui abondent dans ces pièces'? — Monsieur, répondit mon compagnon de voyage, le public ne s’emoai^ rassc ni du langage, ni de la plaisanterie, ni des caractères. Ce n'est pas la son objet: il va au spectacle pour s'amuser, et il se trouve fort heureux, quand il peut avoir une pantomime à l’abri du nom de Shakespeare ou de Ben Johnson"’. — £n sorte donc,rcpriS'je,Jesup-

* Deux nuteur* (Iratnaiiqties estimes.

(Ao/e du iradueKitr.)

** /Jes auteurs rivaient dans le seizième siècle, et les précedeos dans le dix-septième.

du traducteur.)

*** Les grandes pièces sont suivies, en ^nèral, surto théâtre de l.ondrcs,d’uDepantoinimei et comme le bas peuple va beaucoup plus au spectacle en Angleterre qu’en France, il faut des amusemens qui soient à la portée de cette espèce de spectateurs : c’est pourquoi le sujet de ces sortes de pantomimes est presque toujours quelque féerie pleine d’action eide tours dans le goût des pièces italiennes. On ne manque jamais, pour les rendre plus amusantes, A* y introduire un Français, qui vient pour épouser une fîlle de Pantalon, et qui est berné et supplanté par Arlequin qu’elle lui préfère. Le Français est repr^ sente maigre , hâve, frisé à l’oiseau royal , avec de grandes manchettes qui lui tombent sur le bout des doigts, mais sans corps de chemise i un petit galon étroit sur un habit fort sec, des jarretières de galoo, avec un gland qui lui pend à la moitié des jambes. Quand il tire ton mouchoir, on voit toujours tomber de sa poche quelques croûtes de pain , et quelque membre de volaille à demi rongé, qu'il a sauves du dernier repas où il s’est trouvé. Le valet répond au maître i il est toujours représenté déguenillé et affamé, recevant ■ la porte de la maison où son maliro

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