I.K MIMSTIIE
pose que nos écriTains motlcrncs s'attachciil | plutôt à imiter la manière de Shakespeare, que la nature. — Pour vous dire la vérité , reprit mon compapnon, je. erois qu’ils n’imitent ni l’un ni l’autre; et le public n’exige pas cela d’eux. Ce n’est pas la manière de traiter le sujet , mais la quantité d’actions , d’attitudes et de gestes qu’on peut y introduire, qui attire les applaudissemcns. Je connais une pièce qui ne contenait pas une seule plaisanterie, qui est devenue la favorite du public , parce qu’il y avait beaucoup de haussemens d’épaules; et une autre, dont la chute fut prévenue par un accès de colique que le poète y avait placé. Non , monsieur, les pièces de Cougreve et de Fargubar ont trop d’esprit pour le goût présent. Notre dialogue actuel est bien plus naturel. » Pendant la conversation, l’équipage de la troupe ambulante arriva au village qui, à cc qu’il parut, avait été instruit du notre arrivée, et qui était sorti pour nous considérer; car mon compagnon observa que les comédiens de campagne avaient toujours beaucoup plus de spectateurs dehors que dedans.
Je ne fis pas réllexion à l’indéccucc qu’il y avait de me trouver en pareille compagnie , jusqu'à cc que j’eusse aper^'u la canaille s’attrouper autour de nous. Je me réfugiai donc au plus vite dans le premier cabaret qui SC présenta, où je fus introduit dans lu salle commune. J’y fus nussitôt accosté par un homme fort bien mis , qui me demanda | si j’étais le chapelain de la troupe, ou si c’é- i
entre, quelques vieux restes de cuisine, qu'il dévore arcc avidtte, ou bien on lui fait di^putci* quelque ott arfîc les rhienü. Il est ordinaii'cmcnl patienlt car it SC laisse soulllrtler, cracher au risage, donner des coups de pied au derrière tout le long de la pièce, .san.« letnoigner de ressentiment. Ces sortes de pièces se donnent six fois la semaine, parce qu'il n'j a pas de spectacle le dimanche s etcllcs amusent beau'coup.
Le goiit des directeurs essaie quclqucrois de sub> stilucr d’autres arousemens à ccux>lâ. Par exemple, M. Garrick a donné sur son thcàtrc le village, traduit root pour root du fraD^ais; mais cela nu prend |ias. On trouve l’intrigue trop simple et la musique trop plate.
[Note du Iraducttur.)
I laii mon habit de caractère pour la pièce, que je portais. Lui ayant dit le fait , et que je n’appartenais pas à la troupe, il eut la complaisance de m’inviter, moi et le comédien , à prendre notre part d’un bol de puncli avec lui; et pendant que nous le vidâmes, il parla politique avec tant de véhémence et d’intérêt, que je ne le pris pour ricu moins que pour un membre du parlement; mais ma conjccUire fut confirmée, quand, après avoir demandé cc qn’il y avait pour souper dans le eabarcl, cl ii’ayanl pas été conlent de cc qui y était, il insista pour que le comédien et moi vinssions souper chez lui : ce que j’acceptai après qiielquc.s instances.
CU.kPlTRE XIX.
Dcscrlplioo d'ooe personoc mdcontcole do ^OQTerDrmrDt,ct qui craÎDt U perle de* droits de la nation.
La maison où nous allions n’étant qu’à une petite distance du village, celui qui nous invitait nous dit que, comme le carrosse n’était pas prêt, il nous y conduirait à pied; et nous ari'ivûmes bientût à une des pins belles maisons de campagne que j’eusse jamais vues. L’appartement où l’on nous introduisit , était très élégamment orné et a la moderne. Nolr^ hôte sortit pour donner ses I ordre.s pour le souper, et le comédien me fit i entendre par nu clin d'œil que nous étions en bonbeiir cc jour-là. Lorsqu’on eût servi un souper magnifique, doux dames dans un déshabillé aisé entrèrent, et La conversation commença àvec beaucoup de gailé. La politique était le sujet sur lequel notre hôte s’ctciidail prineipalemcnl; car il a.ssiirait que la liberté était tout à la fois sa gloire cl sa terreur. Quand le couvert fut levé, il me demanda si j’avais lu le dernier Moiiileur'; sur quoi lui ayant répondu que non : t Mais vous avez vu au moins l’.d«(/ilcur‘’.^ je suppose.»
’Cest le nom d’un papier politique périodique.
(Ao/c du traduclfur.)
** Nom d'un autre papier de la roèœc espece.
'dVo/c du traducUur.)
UR WAIKFIELD.
— Non, monsieur, ni l'un ni Vamre, répondis-je.— Cela est étrange, très étrange! reprit mon hAle. Pour moi, je lis tous les papiers politiques qui paraissent : le Itailg, In Public, le Ledger, la Chronicle , le London Eeening, le Whilehal Evening, les dix-sept ilagasins et les deux Revues'; et quoique tous les écrivains de ces dilTércns ouvrages se détestent les uns les autres, je les aime tous. La liberté , monsieur, est la gloire d'un Anglais; et par mes mines de Cornouaille, j’en respecte les protecteurs. — i En ce cas , m’écriai-je, j’espère que vous respectez le roi. — Oui, reprit mon hôte, quand il fait ce que nous désirons ; mais s’il se comporte comme il a fait dernièrement , je ne me mêlerai plus de scs affaires. Je ne dis rien , je me contente de penser. Il y a beaucoup de choses qui auraient été mieux, si je les avais dirigées. Je crois qu’il n’y a pas eu assez d’avis : il devrait prendre conseil de chaque personne qui voudrait lui en donner; et alors tout irait mieux.
— Je voudrais, repris-je, que ces donneurs d’avis, qu’on ne demande pas, fussent mis an pilori. C’est le devoir des honnêtes gens, d’assister le côté le plus faible de notre constitution , ce pouvoir sacré de la royauté qui a été en déclinant depuis quelques années, et qui perd l’inllucncc qu’il devrait avoir dans l’état. Mais une foule d’ignorans crient toujours à la liberté; et, s’ils ont quelque poids, ils le mettent bassement dans le côté de la balance qui penche déjà.
— Comment ! s’écria une des dames , ai-je vécu pour voir quelqu’un d’assez abject, d’assez misérable pour être ennemi de la liberté, et défenseur des tyrans! La liberté ! ce don précieux du ciel , ce privilège glorieux des Bretons.
* Tout ces noms sont des noms de papiers publics qui paraissent à Londres chaque jour, et des journaux qui paraissent tous les mois, rarmi un Tatras d'impcrtincnces, de fausses noUTclIes, d’bis, toiles rebattues et données pour nouvelles, dont ils sont farcis, il se trouve quelquefois d'excellentes discussions politiques, littéraires, morales, ou des plaisonteries ingénieuses qui les soutiennent.
f Ae/r du traducteur,)
— Est-il bien possible, s’écria de son côté notre hôte, qu’on trouve aujourd’hui des avocats défenseurs de l’esclavage, des hommes capables d’abandonner honteusement les privilèges des Bretons? Pettt-il y avoir , monsieur, quelqu’un d’assez lâche pour cela?
—Non , monsieur , répliqttai-jc , je suis pour la liberté, cet attribut de Dieu; potir la glorieuse liberté , ce sujet des déclamations moilernes. Je voudrais que tous les hommes fussent rois. Je voudrais être roi moimême. Nous avons tous une même prétention au trône , nous sommes tous originairement égaux. Telle est mon opinion , et telle fut autrefois celle d’une espèce d’honnêtes gens qu’on appelait Levellers Ils essayèrent de s’ériger en une société , où tons seraient également libres. M.ais hélas I cela ne pouvait jamais réussir ; car parmi eux , il y avait des individus, les uns plus forts, les autres plus fins ; et ceux-là devinrent maîtres du reste. Car il est aussi sûr, comme il l’est que votre postillon ne monte vos chevaux que parce qu’il est un animal plus fin qu'eux, qu’un autre animal, plus fin ou plus fort que lui, lui montera sur les épaules à son tour. Puisqu’il est donc nécessaire que l'homme soit soumis à quelqu'un , et que les uns soient nés pour commander, et les autres pour obéir, la question est de savoir , puisqu’il doit y avoir des maîtres , s’il vaut mieux les avoir dans la même maison avec nous, on dans le même village, ou plus loin encore , dans la capitale. Pour moi , monsieur, comme je hais naturellement la présence d’un maître, plus il est loin de nous , plus je suis content. La majeure partie du monde est aussi de mon avis. Un a unanimement élu un roi , dont l’élection , d’un côté , diminue le nombre de petits tyrans qu’il y aurait ru , et éloigne ia tyrannie le plus loin possible du plus grand nombre du peuple. Ceux qui étaientdes tyrans avant l’élection d’un roi , sont naturellement enne-
* Ce mot DC pouiTAil se rendre en noire langue que par relui de nheleurt^ en y alUebant l'idée de gens qui mtttcnl de nivtau.
11 y a eu en Anglelerre une fsetion qui a porte ce nom. (Note du fraduettur.J
i.K iiiNisTnr
mis d'un pouvoir élevé au-dessus d'eux , cl dont le poids est supérieur au leur sur les ordres iufcrieurs de l'état. C'est pourquoi il est de l'intérét particulier des grands de diminuer autant qu’ils peuvent l’autorité rovale, parce que naturellcmenttout ce qu'ils lui enlèvent leur retourne ; et tout ce qu'ils ont à faire dans l'état , c'est de miner en dessous, autant qu'ils peuvent, le maître général, pour reprendre leur autorité primitive. Or , un éuat peut être tel dans sa constitution , scs lois peuvent être tellement ordonnées, et ses sujets , riches et puissans, tellement intentionnés , que tout conspire  détruire la monarchie. Si les circonstances de l’état sont telles, par exemple, qu’elles favorisent l’accumulation des richesses, et rendent ceux qui sont déjà opulcns , encore plus riches , leur force et leur ambition s'accroîtront en même temps. Or, une accumulation de richesses arrive nécessairement dans un état qui tire plus de richesses du commerce extérieur que de son industrie intérieure; car il n'y a que les riches qui puissent faire avec avantage le commerce extérieur; et ces gens ont en même temps tout le produit de l'industrie intérieure : en sorte que le riche dans un tel état, a deux sources pour amasser des richesses, pendant que le pauvre n’en a qu’une. C’est par ce moyen qu’on a toujours vu les richesses s’accumuler dans les états commerçans; et ces états sont tous devenus par la suite aristocratiques. Outre cela, les lois même d’un pays peuvent contribuer à celle accumulation excessive de richesses daus les mains des particuliers. Comme, parexemple, quand les liens naturels qui unissent les riches et les pauvres sont rompus, et qu'il est réglé que les riches ne se marieront qu’entre eux, ou quand les gens sages seront prévenus de servir leur pays comme conseillers, uniquement à cause de leur manque d’opulence, et que, par ce moyen, on rend les richesses l'objet de l'ambition d’un homme prudent, je dis que, par ce moyen et autres semblables, les richesses s’accumuleront. Le possesseur de ces richesses accumulées, quand il s’est procuré les nécessités et les plabirs de la vie, ne peut employer le superflu de sa
fortune qu'à chercher à acquérir du pouvoir; ce qui veut dire en d'autres termes, à se faire des sujets, en achetant la liberté des indigens ou des âmes vénales, d’hommes enfln qui veulent bien, pour du pain, souffrir la tyrannie près d’eux. C’est ainsi que l'homme opulent ramasse, en général, autour de lui un cercle du plus pauvre peuple; et l'étal abondant en richesses accumulées peut être comparé au système de Descartes, où chaque globe est eutouré de son tourbillon propre. Cependant cenx qui veulent bien se soumettre à se mouvoir ainsi dans le tourbillon d’un grand, ne peuvent être qne des gens disposés à l’esclavage, de la canaille, dont l’ame est formée pour la servitude, et 'qui ne connaît de la liberté que le nom. Mais il y aura encore un plus grand nombre d’hommes hors de la sphère de l’influence des opulcns : j’entends cet ordre de citoyens qui ont trop de fortune pour se soumettre au pouvoir de leur voisin, et qui cependant n’en ont pas assez pour s’ériger eux-mémes en tyrans. C’est dans cet étal mitoyen que se trouvent communément les arts , la prudence et les vertus de la société ; c’est cet ordre seul qui est le conservateur de la liberté, et qu'on peut appeler le peuple. Ur, il peut arriver que cet ordre mitoyen perde toute son influence dans l’état , et que sa voix soit étouffée par celle de la canaille ; car, si la fortune nécessaire aujourd'hui pour procurer seule le droit de donner sa voix dans les affaires d'état, est dix fois moindre que celle qui a été jugée nécessaire au temps que la constitution s’est formée, il est évident qu'alors un plus grand nombre de la canaille entrera dans le système politique; et que, SC mouvant toujours dans la sphère des grands, ils iront où la grandeur les dirigera. Darfs un tel étal, tout ce que l'ordre mitoyen a donc à faire, est de conserver et de défendre avec le plus grand soin les droits et les prérogatives d’un seul maître; car le prince divise le pouvoir des riches, et empêche les grands de tomber avec un poids supérieur sur l’ordre qui est au dessous d’eux. L’ordre mitoyen peut être comparé à une ville dont les opulcns forment le siège, et que le prince se bâte de secourir. Tant que les assiégeans
DE WAKF.riF.I.D.
soDtdnns la cralnle de l'ennemi extérieur, il est naturel qu'ils offrent à la ville les conditions les plus avantageuses, qu’ils flattent les assiégés de paroles, et qu’ils leur promettent des privilèges. Mais, si une fois ils défont le prince, les murailles de la ville ne seront plus qu’une faible défense pour les babitans. On voit ee qu’ils doivent attendre en considérant la Hollande, Gènes et Venise, où les lois gouvernent les pauvres, et où les riches gouvernent les lois. Je tiens donc, et je donnerais ma vie pour ce pouvoir sacré de la monarcbic; car, s’il y a quelque chose de sacré parmi les hommes, ce doit être le souverain, l’oint ilii Seigneur; et toute atteinte portée à son pouvoir dans la guerre comme dans la |>aix , est une atteinte réelle portée aux libertés des sujets. Les mots de liberté, de patriotisme , de Bretont , ont déjà trop opéré : il est à souhaiter que les vrais enfans de la liberté empêchent qu’ils n’opèrent davantage. J’ai connu, dans mon temps, beaucoup de ces vaillans champions de la liberté; et cependant je ne m’en rappelle pas un seul qni, dans son coeur et dans sa famille, ne fût un tyran. »
Je m'aperçus que ma chaleur sur la matière avait allongé ma harangue au delà des bornes de la politesse. Mais l’impatience de mon hôte, qui avait fait souvent des efforts pour m’interrompre, ne put se contenir plus longtemps. < Ainsi donc , dit-il , c’est un jénu'le sous les habits d’un ministre que je me trouve avoir à ma table; mais, de par toutes les mines de charbon île Cornouaille, il décampera d’ici , comme je m’appelle Wilkinson. • Je sentis alors que j’avais été trop loin, et je demandai pardon de la chaleur avec laquelle j’avais parlé, t Pardon ! s’écriat-il en fureur, dix mille excuses n'obtiendraient pas votre pardon pour de tels principes. Abandonner la liberté , la propriété , est, comme dit le gazetier, tendre le dos avec bassesse pour recevoir le bât... Monsieur, j'exige que vous sortiez tout à l’heure de cette maison, si vous voulez qu’il ne vous arrive pas pire. Je l’exige. > J’allais recommencer mes remontrances, quand nous entendîmes un laquais frapper à la porte. Les deux dames de la compagnie s’écrièrent
aussitôt avec un air d’inquiétude : f Ah ! mord..., c’est notre maître et notre maîtresse qni rentrent. i Je connus alors que l’homme qui nous traitait n’était que le sommelier de la maison, qui, dans l’absence de son maître, avait eu envie de se donner les airs de faire le maître pour quelque temps. Et, à dire vrai, il parlait aussi bien politique que la plupart des gentilshommes de campagne. Mais rien ne peut exprimer quelle fut ma confusion quand je vis le maître et son épouse entrer; et leur surprise ne fut pas moindre que la nôtre, de trouver chez eux telle compagnie et si bonne chère. < Messieurs, dit le véritable maître de la m.aison, à moi et à mon compagnon, votre très humble serviteur; mais je vous proteste que la faveur que vous me faites est si grande, que je ne sais comment vous en remercier.!
Quelque inattendue que notre compagnie lui ])arût, la sienne ne l’était pas moins pour nous ; et je restais muet, en réfléchissant sur mon inconséquence, quand je vis entrer après eux dans la chambre miss Arabella Wilmot, qni avait été autrefois destinée à mon fils George, mais dont le mariage avait été rompu par l’accident que j’ai rapporté précédemment. Dès qu’elle me vit, elle vint se jeter dans mes bras, avec les signes de la joie la plus vive, t Mon cher monsieur, s’écria-t-clle, quel heureux hasard nous procure le plaisir de votre visite? Je suis sûre que mon oncle et ma tante seront charmés de savoir qu’ils ont pour hôte l’honnête docteur Primrose. > En entendant mon nom, le monsieur et la dame s’avancèrent et me dirent que j'éuiis le bienvenu, de la manière la plus polie et la plus affable. Ils ne purent s’empêcher de sourire, en apprenant l’histoire de ma visite; mais ils voulaient mettre dehors sur le champ le malheureux sommelier : cependant ils lui pardonnèrent à ma prière.
M. Arnold et son épouse, qui étaient les maîtres de la maison où j’étais, insistèrent pourqiieje restasse chez eux quelques jours; et comme leur nièce, ma charmante pupille, dont mes instructions avaient , en quelque façon, formé l’esprit, sc joignit à eux, j'acceptai cette nuit. Un me donna une cbain-
I K MIMSTni-:
brc ù coucher magiiifiqiifi : et le Icmiemain matin , de lionne heure , miss Wilniot me fit prier d’aller me promener avec elle dans le jardin, qui était décoré dans le goût moderne. Après qu’elle m’eut fait voir pendant quelque temps les beautés de l’endroit, elle me demanda, d’un air désintéressé, s’il y avait longtemps que je n’avais reçu des nouvelles de mon fils George. «Hélas! madame, m’écriai-je, voilà trois ans qu’il est absent , sans m’avoir écrit, ni à aucun de ses amis. J'ignore où il est; peut-être ne le reverraije plus, non plus que le bonheur. Non, ma chère demoiselle, nous ne reverrons plus ces heures agréables que nous passions au coin de notre feu à Wakeficld. Ma petite famille commence à se disperser; et non seulement la pauvreté, mais le déshonneur tombent sur nous. • Le bon cœur de miss Wilmot lie lui permit pas d’entendre ce récit sans verser des larmes; et comme je vis sa sensibilité, je 11’enlr.ii pas dans un plus long détail de nos malheurs. Ce fut cependant une consolation pour moi de trouver que le temps n’avait point changé ses affections, et qu’elle avait rehisé plusieurs partis qui lui avaient été proposés depuis que nous avions quitté le pays. Elle me promena dans tous les endroits où l’on avait fait des augmentations et des embellissemens, me montrant les différentes allées, les bosquets, et prenant occasion, sur chaque objet, de me faire quelque question relative à mon fils. Nous employâmes ainsi la matinée, jusqu’au temps où l’on vint nous avertir pour le dîner. Nous y trouvâmes le directeur de la troupe ambulante, qui était venu pour placer des billets pour la Belle Pénitente, qui devait être représentée le soir, et dans laquelle un jeune homme, qui n’avait encore jamais paru sur aucun théâtre, devait jouer le rôle d’Horalio. Il semblait fort chaud dans ses louanges du nouvel acteur, et assurait qu’il n’en avait jamais connu qui promit tant. « Bien jouer, obscrvait-il, n’est pas l’affaire d'un jour; mais cet homme parait avoir été formé par la nature pour être sur le théâtre. Sa voix, sa figure, ses gestes sont admirables. Nous l’avons rencontré par hasard dans notre voyage ici.» Ce récit excita notre curiosité;
et, à la sollicitation des dames, je consentis à les accompagner à la comédie ’, qui n’était rien autre chose qu’une grange. Comme les personnes avec lesquelles je me trouvais étaient incontestablement les principaux du lieu, nous fûmes reçus avec beaucoup de respect, et placés au premier rang, en face du théâtre, où nous attendîmes quelque temps, impatiens de voir Iloratio paraître. Enfin, ce nouvel acteur s’avança, et je vis que c’était mon malheureux fils. Il allait commencer, quand , jetant les yeux sur les spectateurs, il nous aperçut, et resta sans voix et sans mouvement. Les acteurs, derrière la scène, qui croyaient que c’était la timidité naturelle à un débutant qui l’arrêtait, tâchaient de l’encourager; mais, an lieu de commencer, il fondit en larmes et se retira. Je ne sais pas quelles furent les sensations que j’éprouvai alors; car elles se succédèrent trop rapidement pour que je puisse les décrire. Mais je fus bientôt tiré de ma rêverie par miss Wilmot, qui, pâle et tremblante, me dit de la reconduire chez son oncle. De retour à la maison, M. Arnold, qui ne concevait encore rien à notre conduite extraordinaire, ayant été instruit que le débutant était mon fils, lui envoya son carrosse , et une invitation pour venir chez lui; et, comme il persévéra dans son refus de paraître sur le théâtre, les comédiens en mirent un autre à sa place, et nous l’eûmes bientôt avec nous. M. Arnold l’accueillit avec beaucoup de politesse, et moi avec mes transports ordinaires; car je n’ai jamais pu contrefaire le ressentiment. Miss Wilmot le reçut avec un air d’indifférence affectée, et je voyais qu’elle s’étudiait à jouer ce rôle. Le trouble de son esprit ne paraissait pas encore ajtaisé : elle lâchait mille propos qui ressemblaient à de la joie, et elle éclatait ensuite de rire de son étourderie. De temps en temps elle donnait un coup d’œil dans la glace, comme si elle eût été bien aise de s'assurer du pou-
* Le clergé à Londres fréquente sans scrupule U comédie , quoique les pièces de leurs théâtres ne soient pas à beaucoup près si chastes ni si décentes que les nétres.
( Note du traducteur. J
Digilized by Googic
UK WAKKFIKLO.
Toir irrésistible de sa beauté» et souvent elle faisait des questions sans en écouter la ré* poDse.