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{^iii M'mblait devoir conliniirr, et elle étnit la seule personne de notre petite société qui , dans une semaine , ne recouvra pas sa gallé ordinaire. Elle avait alors perdu cette innocence qui n'a à rougir de rien , qui lui enseignait autrefois à se respecter ellc-mémc en même temps qu'elle se plaisait à plaire. L'inquiétude possédait alors furtement sou esprit; sa beauté coininença à diminuer en inérae temps que son tempérament à s’affaiblir, et la négligence dont elle était pour sa personne , contribuait encore davantage à cette diminution. Toutes les tendres epitbètes que l'on donnait à sa sœur arrachaient un sotipir de son cœur et des larmes de ses yeux; et, comme un vice, quoique déraciné, en fait presque toujours croître d'autres à sa place , de même sa faute , quoique expiée par le repentir, laissa derricrcclle la jalousie et l'envie. Je m'cITorçais par mille moyens de diminuer ses chagrins , et j'oubliais même monial par l’intérélquc je prenais au sien; recueillant des passages amusons des histoires qu'une bonne mémoire et beaucoup de lecture me rappelaient. « Notre bonheur , lui disais-je, ma chère, dépend d'un être qui peut le faire naître par mille moyens que nous ne pouvons prévoir, et qui se moque de toute notre prudence. S'il te faut un exemple pour prouver cette vérité, je vais te raconter, mon enfant, une histoire qui nous est rapportée par un historien grave, quoiqu'il soit quelquefois un peu romanesque :
« Mathilde fut mariée fort jeune à un seigneur napolitain de la première distinction , et elle se trouva veuve et mère à l'ige de quinze ans. Un jour qu'elle caressait son Gis encore enfant, à une fenêtre de son appartement qui donnait sur la rivière de Vulturne , l'enfant s'élança subitement hors de ses bras dans la rivière et disparut à l'instant. La mère, saisie d'effroi, se jeta à l'eau pour sauver son enfant ; mais, bien loin d’avoir pu le secourir, elle échappa elle-même avec beaucoup de peine au danger d'être noyée , et lut jetée sur le bord opposé, au moment justement où quelques soldats français pillaient le pays , et ils la Grent prisonnière.
« Uomme la guerre se faisait alors entre
les Français et les Italiens avec la dernière inhumanité, les Français qui l'avaient prise allaient commettre sur elle les deux extrêmes que suggèrent la passion effrénée et la cruauté. Un jeune oflicier cependant s'opposa à cette basse résolution, et, quoiqu’ils fussent obligés de faire une retraite très précipitée, il la mit en croupe derrière lui, et la remena saine et sauve dans la ville de sa naissance. La beauté de la dame avait d’abord charmé ses yeux; son mérite charma bientôt son cœur. Us se marièrent; il s’éleva aux postes les plus imi>ortans; ils vécurent longtemps ensemble et furent heureux; mais le bonheur d’un militaire ne peut jamais être permanent. Après quelques années, les troupes qu’il commandait ayant été repoussées, il fut obligé de se sauver dans la ville où il avait vécu avec sa femme, La place fut assiégée, et fut enGn prise. On trouve dans peu d’histoires des exemples d’une inhumanité semblable à celle que les Français et les Italiens exerçaient dans ce temps les ittis envers les autres. Les vainqueurs résolurent de faire mourir tous les prisonniers français, mais surtout l'époux de l’infortunée Mathilde, parce que c'était lui qui avait été la principale cause de la longue défense de la place. Leurs résolutions étaient ordinairement exécutées aussitôt qu'elles étaient prises. L’ofGcier prisonnier fut amené, et l’exécuteur avait la hache prête pendant que les spectateurs, dans un silence terrible, attendaient le coup fatal qui n'était suspendu que jusqu’à ce que le général qui présidait eût donné le signal. Ce fut dans cet intervalle d’attente et d'inquiétude que Mathilde vint pour dire le dernier adieu à son mari et à son libérateur, déplorant sa malheureuse situation et la cruauté du destin <|ui l'avait sauvée de la mort dans la rivière de Vulturiic, pour la rendre témoin de malheurs plus terribles. Le général, qui était un jeune homme, fut frappé de sa beauté et de sesiufor. tunes; mais son émotion augmenta quand il lui entendit parler de ses premiers malheurs. Le général était son Gis, l'enfant |M>ur lequel elle avait couru tant de dangers. Il la reconnut tout à coup pour sa mère, et tomba à ses pieds. On suppose aisément le reste : le