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< Ceci , dit-il , quoique ce oe soit pas une excuse complète, diminue tellement sa faute, qu’il me détermine à lui pardonner. Je vois, continua-t-il , en prenant alors obligeamment mon fils par la main, je vois que vous êtes surpris de me trouver ici ; mais j'ai souvent vi.sité les prisons pour des sujets moins intcressaiis. Je suis venu actuclleinent pour voir rendre justice à un digne et lionnètc liumm<- pour lequel j’ai reslinie la plus sincère. J’ai été longtemps témoin , sans le faire connaître , de la bienfaisance de votre père. J'ai joui dans sa petite habitation d'un respect qui n'était point souillé par la flatterie ; et j'ai trouvé dans l'amusante simplicité du coin de son feu un bonheur qui ne se rencontre pas dans les cours. J'ai fait savoir à mon ueveu que mon intention était de venir ici , et j’apprends qu’il y est venu. Ce serait lui faire une injustice, de même qu’à vous, de le condamner sans l’avoir entendu. Si l’on U commis des excès , il y aura réparation; et je puis, sans vanité , nie flatter que personne n’a jamais taxé d'injustice le chevalier William 'l'ornhiil. •
Mous apprîmes alors que le personnage que nous avions si lopglcmps reçu chez nous, comme une compagnie amusante et sans conséquence , n’était autre chose que le fameux Sir William Tornhill, dont les vertus et les singularités étaient connues de presque tout le monde. Le pauvre M. Bnrchell était, dans le fait, un homme d'une grande fortune et d'un grand crédit, qu’on écoutait avec applaudissement dans le parlement, et que le parti opposé respectait, parce (|u’il était ami de son pays , en même temps qu’il était fidèle à son roi. Ma pauvre femme , en se rappelant la familiarité avec laquelle elle l’avait traité, semblait être dans les plus cruelles appréhensions. Mais Sophie , qui , quelques momens auparavant , le regardait comme un homme qui pouvait devenir son époux, voyant alors la distance immense que la fortune mettait entre eux lieux , ne pouvait retenir ses pleurs.
« Ah! monsieur, s’écria ma femme, d’un ton douloureux , comment est-il possible que j’obtienne jamais mon pardon ‘f Les insultes que vous avez reçues de moi la dernière
fois que j’eus l’honneur de vous voir à notre maison , et ces plaisanteries piquantes que j’eus l’audace devons faire, je crains, monsieur, que vous ne me les pardonniez jamais.
— Ma chère dame, répondit-il avec im sourire, si vous avez fait des plaisanteries, j’y ai répondu , et je laisse à juger à la compagnie si ma défense ne valait pas bien votre attaque. Pour vous dire la vérité, je ne connais personne contre qui je sois disposé à être fâché à présent , excepté contre le drôle qui a si fort effi ayé ma petite fille ici. Je n’ai pas eu même le temps d’examiner la figure du coquin assez pour pouvoir le désigner dans un avertissement. Pourriez-vous, Sophie, ma chère, le reconnaître, si vous le revoyiez? — Je ne suis pas sûre que je le puisse , répondit-elle ; cependant je me rappelle qu’il a une grande marque au dessus d’un de ses sourcils. — Je vous demande pardon de vous interrompre, madame, dit Jenkinson , qui était auprès d'elle ; mais voulez-vous bien me dire si cet homme portait ses cheveux , et s’ils n’étaient pas rouges? — Oui , je le crois , dit Sophie. — Et monsieur, continua-t-il , en se tournant du côté du chevalier William , a-t-il observé la longueur de ses jambes? — Je n’ai pas remarqué leur longueur, répondit le baronnet; mais je suis sûr de leur vitesse , ear il m’a surpassé à la course: ce que je croyais que peu d'hommes dans le royaume pouvaient faire. — - Sous votre bon plaisir, s'écria Jenkinson , je connais l’homme, c'est certainement le même, le meilleur coureur d’Angleterre. Il a battu les plus fameux à la course : Timothée Baxter est son nom. Je le connais parfaitement, et je sais dans quel endroit il est actuellement retiré. Si monsieur veut ordonnerai! geôlier de me laisser sortir avec deux hommes, je m’engage de vous l'amener dans une heure au plus. » Là-dessus le geôlier fut appelé, et ayant paru aussitôt, le chevalier 'VN'illiam lui demanda s'il le connaissait, c J’ai cet honneur, répondit le geôlier. J’ai l'honneur de connaître très bien le chevalier William Tornhill; et tous ceux qui ont le même honneur désireraient le connaître davantage.
— Cela étant, reprit le baronnet, ce que je
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TOUS demande, est que tous permetüei à cet homme et à deux de vos domestiques d'aller, de ma part , exécuter une commission que je lui donne; et comme je suis un des juges du comté, je me charge de tout ce qui peut en arriver. — Votre parole me suflit, reprit le geôlier, et vous pouvez , quand il vous plaira , les envoyer partout où vous jugerez à propos. »
Eu conséquence, Jenkinson fut dépéché pour aller chercher Timothée Baxter, pendant que nous nous amusions à rire de la liberté de notre plus jeune enfant, qui grimpait sur la chaise du chevalier William pour l’embrasser. Sa mère allait le châtier pour sa familiarité; mais ce digne homme la prévint, et prenant l’enfant, tout en haillons eomme il était, sur scs genoux: < Eh bien! gros garçon , lui dit-il , te ressouviens-tu de ton ancien anu Burchell V Et ton frère Dick , mon ami, est-il là? Vous voyez que je ne vous ai pas oubliés. » Eu même temps qu il leur parlait ainsi , il leur donna un gros morceau de pain d’épice , que les pauvres enfans mangèrent avidement, n ayant eu qu un fort léger déjeûner le matin.
Nous nous mimes alors à table pour le dîner, qui était presque froid. Mais auparavant, comme mon bras continuait à me faire mal , le chevalier W'illiam m’avait écrit une ordonnance; car il avait étudié en médecine pour son amusement, et il était a.ssez habile dans cette profession. J’envoyai chercher le remède qu’il m’avait prescrit , chez un apothicaire du lieu, cl je me sentis soulagé presque aussitôt que j’en eus fait usage. Nous fûmes servis au dîner par le geôlier lui-méme, qui s’empressait de rendre à notre hôte tous les honneurs qu’il pouvait. Mais, avant que nous eussions achevé de dîner, il arriva un autre domestique de la part de son neveu , qui demandait U permission de paraître pour justifier son innocence et défendre son honneur. Le baronnet se rendit à sa demande, et donna l’ordre qu’on l’introduisit.