‹ Œuvres completes de SterneChapitre 492 sur 507 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

CoDclutioo.

En m'éveillant , je trouvai mon fils aîné à cûlé de mon lit, où il était venu pour augmenter ma satisfaction par la nouvelle d'une autre révolution heureuse dans ma fortune.

I f. klM.STUt:

D'abord il mr ddi hargoa dr l’uldl^’aliüii qiio j'avais faite en sa faveur le jour préct'denl ; ensuite il m'apprit que le marchand qui avait mes fonds, et qui avait fait faillite , avait été arrête à Anvers , où il avait laissé des effets pour plus que ses dettes ne montaient. La générosité de mon fils me fit presque autant de plaisir que cette bonne fortune inattendue; mais j'eus quelque doute si je pouvais honnêtement accepter son offre. Tandis que je réfléchissais là-dessus , Sir William vint à entrer, et je lui communi(|uai mes doutes. Son opinion fut que, comme mon fils se trouvait déjà maître d'une grande fortune par son mariage , je pouvais accepter son offre sans balancer. L’objet cependant qui l'amenait, était pour m'apprendre que, comme il avait envoyé, la nuit précédente, chercher les licences nécessaires, et qu'il les attendait à chaque moment , il espérait que Je ne me refuserais pas à rendre toute la compagnie heureuse dans la matinée. Pendant que nous parlious, un domestique entra pour dire que le courrier était arrivé ; et comme j'étais alors habillé , je descendis , et je trouvai la compagnie pleine de la gaité que l'enfance et l'innocence inspirent. Cependant , comme ils se préparaient pour une cérémonie importante , leurs ris ne me plurent pas. Je leur parlai de l'air grave et réservé qu’ils devaient prendre pour cette cérémonie mystique, et je leur lus deux homélies et une exhortation de ma composition, pour les préparer à recevoir le sacrement. Cependant, je ne pus venir à bout de les rendre plus sérieux , même en allant vers l’église , à laquelle je marchais à leur tête ; il ne me fut pas possible de les contenir dans un air de gravité , et je fus plusieurs fois tent<’ de me retourner pour leur en faire des ri'primandes. Quand nous fûmes à l'église , il arriva une autre difficulté dont la solution parut assez facile : ce fut de savoir qui serait marié le premier. La future de mon fils insistait fortement pour que l.ady Tornhill , ou du moins celle qui allait l’être, passât la première; mais l'autre refusait aussi fortement , protestant qu'elle ne voudrait pas commettre une telle impolitesse pour toutes choses au monde. La contestation se soutint

entre elles deux pendant quelque temps avec autant d'opiniâtreté que de politesse. Mais comme , pendant toute cette dispute , j’étais debout , mon livre ouvert , je me lassai d’attendre , et en le fermant : t Je vois bien , m’écriai-je, qiié ni l’une ni l’autre ne veulent être mariées, et que nous ferons aussi bien de nous en retourner, car il n’y aura rien de fait aujourd’hui.» Ma vivacité les mit à la raison ; le baronnet et sa future furent mariés les premiers ; mon fils et son aimable future ensuite.

J’avais eu la précaution d’envoyer le matin un carrosse pour amener mon honnête voisin le fermier Flamboroiigh et sa famille: au moyen de quoi , à notre retour à l'hôtellerie , nous eûmes le plaisir de trouver les deux miss Flamborough arrivées. M. Jenkinson douna la main à l'ainéc, mon fils Moïse à la cadette ; et je me suis aperçu depuis qu'il a pris une inclination singulière pour elle ; en sorte qu’il aura mon consentement et un établissement de moi , quand il voudra me les demander. Mous ne fômes pas plutôt dans l'hôtellerie, tpi'un grand nombre de mes paroissiens, qui avaient appris ia bonne fortune qui m’était arrivée, vinrent pour me complimenter. Dans ce nombre étaient ceux qui s'étaient mis en devoir de me délivrer des archers, et que j’avais réprimandés avec sévérité. Je contai leur histoire à mou gendre Sir William , qui sortit, et leur fit des reproches très vifs sur leur faute; mais, voyant qu’il les avait tout-à-fait alOigés, il leur donna à chacun une demi-guinéc pour boire à sa santé et se consoler.

Ensuite on nous appela pour le dîner, qui fut somptueux, et qui avait été préparé par le cuisinier de M. Tornhill. Il ne sera pas hors de propos de remarquer au sujet de M. Tornhill, qu’il demeure actuellement en qualité de gentilhomme de compagnie chez un de ses paréos, où il est fort goûté, et où il mange ordinairement à la table, excepté fort rarement, quand il n’y a pas de place. Son temps est employé à faire compagnie à son parent, qui est un peu mélancolique , à l'égayer, et à apprendre à donner du cor lie chasse. Ma fille aînée cependant, je le

D£ WAKKtlELD.

rappelle cncoïc avec regrel , el elle m'a même ilitcn sccretque s'il sc réformait, elle pourrait lui pardomicr. Pour revenir au dîner, quand il fut (picstion de s’asseoir à table, les cérémonies allaient rcromnieneer. Il fut question de savoir si ma fille aînée , en qualité de dame , ne serait pas assise au dessusdesdeuxnouvcllesniariées; mais mon 61s George coupa court à la contestation , en proposant que chaque homme se plaçât à côté de sa dame. La proposition fut reçue avec grande approbation de tout le momie , excepté de ma femme , qui ne me parut pas tout-à-fait contente, parce qu'elle s'attendait à avoir le plaisir d'étre au haut bout de la table, et de couper pour toute la compagnie. Malgré ce petit chagrin, il est impossible de décrire la bonne humeur qui régna durant notre repas. Je ne sais si nous eûmes plus d'esprit qu'à l’ordinaire , mais je sais que nous rimes davantage; ce qui revient au même. Je me ressouviens entre autres d'une

plaisanterie du bon M. Wilmol. Comme il buvait à la santé de mon fils Moïse , qui regardait d’un autre côté , mon fils répondit : «Madame, je vousremercie.» A quoi M. Wilniot, faisant signe des yeux au reste de la coni|i.agnic , dit que mon fils pensait à sa maîtresse : sur quoi je crus que les deux "miss Klaniborough allaient éloiilTer de rire. Après que le dîner fut fini, je demandai, suivant mon ancienne coutume, qu'on ôtàt la table , pour avoir le plaisir de voir encore une fuis toute ma famille réunie agréablement autour du feu : mes deux petits étaient sur mes genoux , tandis que le reste de la compagnie, chacun avec sa moitié, s'amusait innocemnient. Sur le bord de mon tombeau , je n'ai plus rien à désirer à présent : tous mes chagrins sont finis; ma satisfaction I est inexprimable. Il ne me reste plus «pi'à j tâcher d’étre encore plusreconnaiss;int dans I ma bonne fortune , que je n'ai été soumis I dans mes adversités.

rm nu Minisinr. nx WAKEriixn.

TABLE

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