‹ Œuvres completes de SterneChapitre 491 sur 507 · I.E UIMSTIIE · texte numérisé non relu

I.E UIMSTIIE

m'a souvcnl emploifé dans dns commissions un ]>eu dialoiiilleusrs. Entre autres , il me cliarjtea de lui procurer un faux acte et un faux prêtre pour tromper cette jeune demoiselle par l'apparence d’un mariage ; mais, coninie j’étais l'ami du clievalicr, qu'ai-je fait? J'ai obtenu un acte en forme, et j'ai procuré un vrai prêtre , qui les a mariés ensemble aussi sülideincntque jamais on puisse l'être. Peut - être pensez-vous que c’est par honnêteté que j 'ai fait cela . Mais j’avoue, à ma boute, que mon dessein était de garder l’aclc par-il^ïvcrs moi , et d'instruire le chevalier que je pourrais prouver son niarlage contre lui , quand je jugerais à pro|>os, aGii de l'amener à me donner de l'argent quand j'eu aurais besoin. > A cette nouvelle, la joie et le plaisir remplirent l'appartement ; notre contentement parvint jusqu’à la chambre commune de la prison; les prisonniers eux-mêmes y prirent part ; et , pour me servir de l’expression du poète, dans les transports de leur joie, ils secouèrent leurs chaînes , et firent une horrible harmonie. Le bonheur se peignit sur tous les visages , et les joues d’Olivia ellesmêmes semblèrent se colorer du vermillon du plaisir. Recouvrer ainsi tout à la fois sa réputation , ses parens, et acquérir une fortune , était une satisfaction suffisante pour arrêter les progrès de la langueur, et lui rendre sa santé et sa première vivacité. Mais, dans toute la compagnie, il n’y avait peut-être personne qui éprouvât un plaisir plus sincère que moi. Continuant à serrer cette chère enfant dans mes bras, j'interrogeais mon coeur pour savoir si ses transports n'étaient pas une illusion. < Comment avez-vous pu, disais-je à M. Jenkinson, comment avez-vous pu être assez cruel pour ajouter à mes malheurs par l'histoire de sa mort ? Mais peu m'importe à présent : le plaisir que je res.sens en retrouvant ma chère fille, me dédommage amplement de la douleur que vous m’avez causée.

— La réponse à votre question est simple, dit Jenkinson. Je croyais que le seul moyen d'obtenir votre liberté était de vous soumettre à ce que le chevalier désirait de vous, et de consentir à son mariage avec miss Wilmot. Mais comme vous aviez juré de n’y ja-

mais consentir tandis que votre fille serait vivante , je n'ai pas trouvé d’autre moyen d’arranger les alfaires, que de vous faire croire que votre fille était morte. J’ai engagé votre femme à m’aider à vous tromper: et nous n'avions pas eu , jusqu'à pn'sent, d’occasion de vous détromjK r. »

Il n’y avait plus dans la compagnie que deux figures qui ne parussent pas montrer de la joie. M. l'urnhill avait perdu son air d'assurance ; il voyait ouvert devant lui le gonfl're de l'infainie et de l'indigence , et il était effrayé d'y tomber. Il se jeta donc aux genoux de son oncle, et il implora sa pitié avec les cris |ierçan« de la douleur. Sir William allait le traiter à coups de pied ; mais, à ma prière, il le releva; et, après un moment de silence : • fes vices , les crimes , ta noire ingratitude, lui dit-il, ne nicrileraient point de pitié. Ce|rendant lu ne seras pas totalement abandonné. Tu auras le .simple nécessaire pour fournir à les besoins, mais non |>as à les folies. Cette jeune dame, ta feinnie, aura le tiers de celle fortune dont je l’ai laissé jouir ci-devant; et c’est de sa tendresse seule que lu ponrrasaltendre quelque secours par la suite... > Il allait faire une harangue pour remercier son oncle de sa faveur; mais le baronnet le prévint, en lui ordonnant de ne point aggraver sa bassesse, qui n’avait déjà que trop paru. Il lui commanda en même temps de s’en aller, et de choisir parmi ses domestiques celui qu’il jngenit à propos , ajonlanl que ce serait le seul qui lui serait accordé pour le servir.

Aussitôt qu’il fut sorti. Sir William s'approcha fort poliment de sa nouvelle nièce; et , avec un air gracieux , il lui fil ses complimeus sur l'honneur qu'il avait d'être allie avec elle. Miss W'ilmot et son père suivirent son exemple. Ma femme embrassa aussi sa fille avec un redoublement d’affection , et lui témoigna la joie qu’elle avait de ce qu’elle éuiit devenue à présent une honnête femme. Sophie cl Moïse firent la même chose à leur tour. M. Jenkinson, notre bicnfailenr, demanda qu’il lui fût permis d’avoir le même honueur. Il semblait qu’il n’y avait plus rien à ajouter à notre satisfaction. Sir William, qui n’.avail pas de plus grand plaisir que de

nE mAKEFIBLD.

faire du bien, regardait autour de lui d'un air content, et ne voyait que joie dans les yeux de toute la compagnie , excepté de ma fille Sophie, qui, par quelque raison que nous ne pouvions concevoir, ne paraissait pas si parfaitement satisfaite. < II me parait, dit-il, à présent que toute la compagnie , excepté une ou deux personnes , est parfaitement contente. Il me reste un acte de justice à faire. Vous savez, monsieur, en m'adressant la parole , toutes les obligations que nous avons l'un et l'autre à M. Jenkinson , pour le zèle qu'il a montré à nous découvrir un misérable. Votre fille cadette , miss Sophie , peut, j'en suis sûr, faire son bonheur, et je donnerai au futur ciuq cents livres sterling de dot, avec quoi ils pourront vivre ensemble avec aisance. Allons, miss Sophie, que dites-vous de mon arrangement? » Ma pauvre fille parut prête à s'évanouir dans les bras de sa mère , à cette odieuse proposition. < L'épouser! monsieur, s'écriat-elle d'une voix douloureuse. Non , monsieur, jamais. — Comment, reprit-il, ne point vouloir de H. Jenkinson , votre bienfaiteur, un jeune garçon bien fait, avec cinq cents livres sterling et des espérances? — Je vous prie , monsieur, répondit-elle d'une voix étouffée, de vouloir bien abandonner ce projet, et de ne me pas rendre si malheureuse. — eut-il jamais une pareille obstination? reprit-il. Refuser un homme à qui la famille a tant d'obligations, qui a préservé votre sœur? Pourquoi ne voulezvous pas de lui? — Non, monsieur. Jamais... répondit - elle avec courroux. J'aimerais mieux mourir. — Cela étant ainsi , reprit-il , si vous ne voulez pas de lui... Pour moi , je crois que je veux bien de vous. • En disant ces mots , il la pressa contre son sein avec ardeur. <Ha chère amie, s'écria-t-il , comment avez-vous pu croire un moment que votre ami Burchell voulût vous tromper, ou que Sir William Tornhill pût jamais cesser d'admirer une personne qu'il n'a .aimée que pour elle-même? J'ai, pendant quelques années, cherché une femme qui , sans égard pour ma fortune , pût m'aimer pour moimême. Après avoir tenté vainement d'en trouver une , même parmi les sottes et les

laides, quelle doit être enfin ma satisfaction d'avoir fait la conquête d'une personne qui réunit tant d'esprit à tant de beauté!

Se tournant ensuite vers Jenkinson ;<Comme je ne puis , monsieur, me détacher moimême de cette jeune demoiselle , et que je suis sûr que ses sentimens sont conformes aux miens, tout ce que je puis vous donner, c'est la dot que je lui destinais; et vous pouvez aller demander de ma part cinq cents livres sterling à mon intendant. >

Par ce moyen, nous eûmes à recommencer nos immplimens, et lady Tornhill essuya les mêmcscérémoniesquesa sœur avait essuyées auparavant. A l'instant , l'écuyer de Sir William vint favertir que les équipages étaient prêts pour nous conduire ù l'hûtellcrie , où tout était disposé pour notre réception. Ma femme et moi nous menions la bande, et nous quittâmes cette ténébreuse demeure d'altliction. Le généreux baronnet fit distribuer aux prisonniers quarante livres sterling. M. Wilmot, à son exemple, en donna vingt. Nous fûmes reçus avec les acclamations des liabitans , et je serrai la main de deux ou trois de mes paroissiens qui se trouvèrent dans le nombre. Ils nous suivirent jusque dans l'hûtellerie, où nous trouvâmes un repas somptueux , et où nous fîmes distribuer des provisions à la populace.

Après le souper, comme j'étais fatigué par les alternatives de plaisirs et de peines que j'avais éprouvés dans la journée, je demandai la permission de me retirer, et je quittai la compagnie au milieu de la joie qui y régnait. Sitût que je me trouvai seul , je remerciai celui qui donne la joie aussi bien que l'affliction , et je reposai d'un sommeil tranquille jusqu'au lendemain malin.

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