‹ Œuvres completes de SterneChapitre 51 sur 507 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Trim lîl lonjonn.

t Si le témoignage, hélas ! des siècles passés

• ne suffit pas, voyez combien, même de nos € jours, ces faux zélés prétendent honorer

< Dieu par des actions qui les déshonorent

• eux-mémes, et qui font le scandale de Tu-

< Divers entier.

t Descendez un instant avec moi dans ces

< prisons affreuses de l’inquisition ; voyez-y

< la religion assise sur un tribunal d’ébène,

• soutenue par des gènes et des tortures, et

< foulant à ses pieds la justice et la compas-

f sion, enchaînées et immobiles Ecoutez

( les longs gémissemens de ce malheureux' c qu’on arrache de son cachot de ténèbres, c pour lui faire son procès, et le livrer ensuite I à tous les tourmens les plus cruels, qu'un

< système délibéré de cruauté ait pu inven- « ter. > Trim endammé de colère, eut bien de la peine ici à la renfermer en lui-mème.

I Voyez, continua-t-il, le corps de ce miséra-

< ble, épuisé par la faim et la douleur. C’est t une victime qu’on va livrer aux bourreaux. »

— Ah ! s’écria Trim, du ton le plus plaintif, c’est mon frère; c'est mon malheureux frère Thomas ! Et laissant tomber involontairement le sermon pour joindre scs mains : Ah ! messieurs, je crains que ce ne soit mon pauvre frère !... Mon père, mon oncle Tobie, et même le docteur Slop qui ne s’attendrissait pas faeilement, furent vivement émus de la douleur de Trim. — Trim, dit mon père, ce n’est pas ici une relation historique que tu lis, c’est un sermon : reprends, mon enfant, rcprends-en la dernière phrase.

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t Voyez le corps de ce misérable, épuisé I par la faim et la doideur. C’est une victime « qu’on va livixT aux bourreaux.

€ Ob-servez le mouvement de ce terrible inc strument ; voyez comment on l’étend. Quels ■ tourmens I Scs nerfs et ses muscles se tor- I dent; les convulsions de la mort la plus douc luureuse silloiinentson visage de mille ma- I iiières: c’est tout ce que la nature peut t souffrir. .. Son ame arrachée de ses plus pro- « fondes retraites, estdéjà sur scs lèvres prête t à partir. » — Par le ciel! s’écria Trim, je n’eu lirais ptis davantage pour l’empire du monde ! Ces horreurs s’épuisent peut-être, en ce moment, sur mon pauvre frère à Lisbonne.— Eh ! non, mon cher Trim, dit mon père, ce n’est pas là une histoire, ce n’est qu’une simple description... — Oui, mon garçon, ce n’est pas autre chose, reprit le docteur Slop; ainsi tranquillise-toi.

— Cependant, dit mon père, puisque cela lui cause tant de peine, ce serait une cruauté de le forcer à eontinuer. Trim, donne-moi le sermon, j’acheverai de le lire, et tu peux t’en aller si tu veux. — Je n’en voudrais pas lire davantage , répond Trim, pour la couronne des trois royaumes; mais si monsieur veut me le permettre, je resterai pour l’entendre jusqu’à la fin.

— Le pauvre Trim ! s’écria mon oncle.

CILVPITRE LU.

Mob pire lU.

• Enfin, voilà qu’on le ramène dans son

< cachot. Juste ciel ! on ne tardera pas à l’cn

< tirer, pour le livrer aux insultes de la po- € pulaee, et le précipiter ensuite dans ce bû-

< cher qu’un zèle fanatique lui a préparé. Et f c’est là comme en .agissent des fidèles!... 1 Malheureux enthousiastes! ignorez-vous

< que cette conduite atroce est absolument f opposée à l’esprit du christianisme? Ah ! t rappelez-vous cette règle décisive et sôre

< que Jésus-Christ nous a laissée ; à fructibiii t corum cognoicetit eos: vous reconnaîtrez • ces faux zélés à leurs œuvres. »

TlttSTnAM SUANDY.

— Grâce à Dieu, il esi donc mort ! s’écria Trim ; ses peines sont finies, et on ne peut pas lui faire plus de mal... Ali ! messieurs.

— Ah! tais-toi, dit mon père, un peu impatienté ; nous ne finirions jamais, si ces inlen'uptions se renouvelaient si souvent.

« Je n’ajouterai à tout ce que je viens de t dire, que deux ou trois règles fort courtes, c qui en sont les conséquences.

t Toutes les fois qu’un homme déclame t contre la religion, soyez sùrque la violence t de scs passions l’a emporté sur sa croyance.

• l’no vie déréglée et une bonne croyance t sont incompatibles; et lorsqu’elles se sépa-

• rent l’une de l’autre, c’est que l'on veut € tâcher d’obtenir quelque tranquillité dans t l'esprit.

t Lorsqu’un homme de cette espèce vous f dira que telle ou telle chose choque sa con-

• science, c’est comme s’il vous disait quelle € lui cause du dégoût. Il faut le comparer â t CCS hommes blasés, qui ne peuvent suppor-

• ter certains alimens.

< En un mot, ne vous confiez point .â un f homme, de tel rang qu’il soit, s’il n’est con-

• sciencieux dans toutes scs actions.

• Et pour ce qui vous regarde, souvenezf vous de cette distinction simple et sans « équivoque. C’cstque votre conscience n’est € pas une loi. Non; c’est Dieu qui a fait la loi, t et qui a placé la conscience en nous pour « décider selon cette loi. Mais u’allez pas c croire que ce doit être comme un cadi asia- « tique, qui juge selon le flux ou le reflux de.

• ses passions. La conscience ne doit juger

• que comme un juge brit.annique, qui, dans « cet heureux pays de liberté, de raison et € de bon sens, ne se fait point de nouvelles

• lois, mais juge suivant les lois qu’il trouve

• écrites. »

MOU PÈnE.

Il a très-bien lu le sermon.

LE SOCTECR SLOP.

Fort bien !

UON OXCLE TOBIE.

A merveille.

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