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Mon oncle Tobie fit un sourire agréable de plaisir â l’éloge de Stévinus. Cela ne rompit point la conversation sur le sermon, cl
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mon père Ht part de aea conjectures sur l'auleur. — Je crois le connaître, dit-il ; je gagerais quasi qu’il est du ministre de notre paroisse.
Ce qui faisait croire à mon père qu’il était d’Yorick,c’en était le style. Il était aussi dans sa méthode. Ses conjectures se réalisèrent deux jours après. Y’orick envoya un domestique le demander à mon oncle Tobie.
Mais comment s’élait-il trouvé dans son Stéïinus? Mon oncle Tobie s'éclaircit de cette circonstance par la même occasion. Yorick , à qui toutes espèces de connaissances étaient précieuses , lui avait emprunté son Stévitius. Il fît sun sermon pendant qu’il avait Stévinus ; il le mit par mégarde dans le livre , et en renvoyant le livre à mon oncle, il ne songea point au sermon.
Le destin de ce sermon est assez singulier. Le bon Yorick n’avait pas toujours des habits qui ne faisaient que de sortir des mains du taillenr. Son sermon se perdit une seconde fuis en glissant â travers la poche et la doublure déchirée de sa veste. C’était un jour qu'il montait sur son bidet de quatre-vingts sous , le sermon tomba dans la boue , et le bidet l'y enfonça en piétinant. Il y resta quelque temps. Un mendiant qui passa l’aperçut, et l'en tira. Il le vendit au bedeau d’une paroisse voisine pour un pot de bière, et le bedeau en fit présent à sou curé , et depuis oncques il ne revint dans les mains de son propriétaire. Il mourut sans le revoir.
Le curé sans doute en avait fait usage. Cependant je ne l’assure pas. Un curé peut être assez instruit pour se passer des ouvrages des autres. Celui-ei tomba, je ne sais comment , dans les mains d'un chanoine de la cathédrale d'Yorck, et quelle trouvaille pour un chanoine 1 M. le prébendaire d'Yorck l’apprit bientôt par cœur, et le débita dans son église. Il fut applaudi, et le Gt imprimer quelque temps après, avec son iioiii eu gros caractères au frontispice. Yorick avait essuyé plusieurs de ces revers pendant sa vie ; mais il était cruel de le dépouiller après sa mort , et d’enlever è sa mémoire l’honneur de ses propres ouvrages. Le ciel ne l’a pas voulu. Ce larcin fut découvert quelque temps après. Je le publie pour trois raisons.
La première, c'est que cela n'empêchera
tir,
point riiommc au cannnicat d'arriver aux dignités ecclésiastiques. Il n’y aurait peutêtre pas quatre personnages en Angleterre qui atteignissent à l’épiscopat,s’ils n’y allaient que par leurs sermons; et si cela est en Angleterre , cela |>eut bien être ailleurs, comme on sait.
L’autre raison , c’est que j’aime à rendre justice à qui elle appartient.
KnOn, c’est que je procurerai peut être par-lè du repos à l'émc d’Y'orick, Les bonnes gens de la campagne, sans compter les personnes qui passent pour avoir l'esprit fort, viennent me dire qu’elle se laisse voir souvent. Yorick est devenu un esprit ... Je calmerai par-là ses agitations; et c’est on pas que je ne serai siYrement pas obligé de prodiguer pour beaucoup d'autres. Je ne crois pas que ceux qui prêchent ses sermons, ou qui en prêchent d’autres que les leurs , et même fort souvent les leurs, subissent jamais une pareille métamorphose.