‹ Œuvres completes de SterneChapitre 6 sur 507 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les Planète».

IjB temps approchait. Il y a dans le ciel je ne sais quelles divinités qui prennent le soin de présider à la naissance des hommes. On ne dit pas qu'elles aient la même attention |H)ur les femmes. Il faut cependant croire qu'elles ne sont pas oubliées. A tout prendre, elles valent la peine qu'on s'intéresse à elles. Au reste, je n'ai jamais trop bien su si ces bonnes déesses songèrent à moi quand il en fut temps, si elles ne vinrent pas : on ne m'a jamais dit qu'on les eût vues, ni qu'on ne les eût pas vues. Cela ne m'empêcha pas, moi, Trislram Shandy, d'arriver dans ce malheureux monde, le cinquième jour de novembre de fan de grûce mil sept cent dix-huit. L'heure? Tout cela sc saura. La seule chose que j'aie à faire remarquer ici, c'est qu'en sc rappelant l'ère que j'ai fixée dans le chapitre précédent, la sciatique de mon père, son habitude constante de ne faire certaines choses que le premier du mois, etc., etc., il est clair que le moment de ma uaissancc marquait, si je ne me trompe, la révolution de neuf mois plus que complets du calendrier. Le mari le plus pointilleux ne pourrait, je crois, exiger plus de justesse.

Mais sous quelle étoile suis-je né? Sur quelle planète ai-je été jeté? Je l'avoue. Excepté Jupiter et Saturne, où il fait trop froid (je crains le froid), je préférerais d'avoir vu le jour dans la lune, ou dans quelque antre s;s!rc. Je n'y aurais sûrement pas été plus maltraité que je ne le suis sur cette planète de boue que nous habitons. Je me défie pourtant de Vénus. C'est un astre malin. On dit quelle traite si mal ses habitans, qu'ils sont obligés de déserter et de se réfugier dans Mercure. Mais, hélas ! notre petit globe n'estil pas encore pire ? Je croirais volontiers qu'il

TRISTRAy SIIANDY.

u'cst oumposé que tic ce qp’on rejette tics autres. Il faut rependant TUvoucr, il serait supportable si l’on y était né avec de (trandes richesses, si l’on pouvait y parvenir, sans bassesse, à de grands emplois qui vous donnassent de la eonsidération et du pouvoir. Mais ce n’est pas là mon sort, et chaeun, comme on sait, parle de la foire selon le profit qu’il y fait. J'atteste donc que de la multitude des mondes qui se promènent dans les espaces du ciel, la terre, quelque attachés qu’y soient certaines gens, est, à mes yeux, le plus vil de tous. Kh ! qu’y ai-je jamais gagné ? Depuisque je respire, jusqu’à ce moment, où à peine puis-je respirer <hi tout, à cause d'un asthme que j’ai attrapé en Flandre, en glissant contre le vent sur des patins, j’ai été le jouet perpétuel de ce (pi’ on appelle fortune. Je ne l’accuse cependant pas d’avoir fait tomber sur moi un poids énorme de malheurs.

Pion; mais dans toutes les situations où je me sois trouve, partout où elle a pu m’atteindre, cette capricieuse déesse n’a point ' cessé de m’accabler par des aventures tristes. J’ai essuyé plus de traverses qu’un petit héros.

de mortel je suis parmi le genre humain. Ma façon de penser alors vous en plaira peut-être

davantage au moins je le souhaite. La

conformité dés goûts fait naître la familiarité, et la familiarité produit souvent famitié; et j’e.spèrc que nous en goûterons les douceurs. O dicm prœclarum ! Que ce jour sera heureux! Rien alors de ce (pii me regarde ne vous paraîtra frivole, ni ennuyeux ; tout vous intéressera. Mais, dans les premiers temps de notre connaissance, ne soyez pas surpris, mon cher camarade, si je suis un peu réservé. Ce n’est que petit à petit que 1’oi.seau fait son nid. Eeoutez-moi seulement avec complaisance, et laissez-moi vous conter mon histoire à ma mode. Si vous voyez que je m’amuse à folâtrer de temps en temps sur la route, laissez-moi faire, et ne vous enfuyez pas. Imaginez-vous, au eoutraire, que je suis intérieurement beaucoup plus sage que ces apparences ne semblent l’annoncer. Metu^z-vous à votre aise. Riez avec moi, si bon vous semble; et même, si cela vous est plus agréable, riez de moi. Faites, en un mot, ce qu’il vous plaira; mais ne vous fâchez pas.

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