CHAPITRE IV
Qae de OMtrie «oot sioiai edrt .
Il y a une foule de lecteurs dans le monde, et de gens qni ne lisent point du tout, qui veulent savoir d'abord tout ce qui vous regarde ; et si on ne les satisfait pas, leur inqniétuxlc perce de toutes parts. N’en ayez point, chers amis. Je suis d’un naturel complaisant, et je ne voudrais pas pour toutes choses au monde frustrer qui que ce fèt dans son attente. C est même à celte disposition que vous devez déjà les particularités que je vous ai révélées. Je ne vous priverai point du reste. Mais, avec la volonté la plus décidée de vous plaire, j’ai des précautions à prendre. Ma vie et mes opinions feront vraisemblablement du bruit dans le monde. Elles me donneront occasion de parler de toutes sortes de personnes. Le sexe, les âges, les conditions, tout cela se trouvera sous ma plume.
Mon livre sera au moins aussi couru que les Progrh du Pèlerin. Quel chagrin pour moi ! s’il avait le sort que Montaigne craignait pour ses Ettau, et qu’ils n’eurent pas? Je ne serais pas, en vérité, fort content de le voir enseveli dans la poussière des bibliothèques, ou de le trouver sur la table de quelque antichambre. Je veux éviter ce désagrément.
L’exactitude est un des moyensque j’ai imaginés pour y échapper: j’en aurai. On a
déjà pu remarquer combien je suis scrupuleux sur ce point; je continuerai, et Je suis fort aise d’avoir entamé mon histoire par la relation de mes faits et gestes, comme dit Horace, ai ovo, depuis l’œuf, où j’ai commencé à végéter.
Je sais bien que ce n’est pas là tout-à-fait la manière dont il recommande de s’y prendre. 11 parlait de poèmes épiques, de tragédies, ou de l’un et de l’antre, je ne sais pas lequel ; et ce n’est pas, à beaucoup prés, la même chose que ce qui m’occupe. Et d’ailleurs,s’il le faut absolument, je demande excuse à Horace. Je me passerai même fort bien de lui. Ce que j’ai à écrire ne dépend point de ses règles : je ne m’y assujettirai pas pins qu’à celles de tout autre écrivain que ce soit.
C’est ce qui me fait donner ici un avis. Ceux qui ne se soucient pas d’approfondir les choses peuvent passer, sans lire, ce qui reste de ce chapitre. Je ne l’écris que pour les curieux qui aiment et qui cherchent des choses abstraites.
Fermez la porte. Fort bien ! La précaution était nécessaire pour écarter les yeux profanes d’un pareil mystère. Bon jour, bonne œuvre. Ce fut le dimanche... un peu tard... vers minuit, peut-être... oui, on touchait presqueau lundi... et ce dimanche était le premier du mois de mars 1718. Mon père... je ne sais pas précisément la minute (et c’est peut-être ce quicausa l’inquiétude de ma mère), mon père m’ajouta au nombre des êtres humains qui devaient voir le jour neuf mois après. Mais comment savez-vous cela ? Comment? oh ! je le sais très-bien. Ce n’est cependant pas, je l’avouerai, parce que je me trouvai là inopinément. Je ne dois cette certitude qu’à une autre anecdote, qui n’est connue que dans notre famille. La voici : Il faut savoir que mon père avait fait pendant plusieurs années le commerce de Turquie. Il l’avait quitté depuis quelque temps, et s’était retiré sur ses terres, dans le comté de... poury vivre et mourir pins paisiblement. C’était peutêtre l’homme du monde le plus exact. Il ne faisait rien qu’avec poids et mesure. Scs affaires, et même ses amusemens, étaient assujettis à des règles qu’il s’était prescrites, et dont il ne s’écartait jamais. Je peux citer
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nn oxomple dn smipiilv alU'iilif qu'il observait dans tontes ses actions. Il y avait à la maison une grosse pendule, qui était placée sur le haut d'un escalier dérobé, et il ne manquait jamais de la monter lui-mèmc le premier dimanche de chaque mois. 11 avait, au temps ilont je parle, un peu plus de cinqiiante ans, et cette raison l'avait forcé peu a peu .à ne s'occuper aussi de quelques autres |)eiitcs affaires domestiques que dans le même temps. C'était, à ce qu'il disait souvent à mon oncle, M. 'l'obieShandy, pour ne pas s'embarrasser l'esprit d'une multitude d'époques. Enfin c'était pour n'y plus penser le reste du mois.
Cette exactitude était sans doute admirable; mais elle était accompagnée d'une espèce de fatalisme qui retomba particuliérement sur moi, et dont je ressentirai |>eut-ètre les effets jusqu'au tombeau. C'est que, par une malheureuse association d'idées qui ii'ont aucune liaison dans la nature, ma mère ii'enlcndait point monter la pendule, qu'il ne lui vint à l'esprit de penser à quelque autre chose ; et ce qu'elle pensait lui rappelait en même temps, et la pendule, et ce qu'il y avait :'i y faire. Le subtil Lock, qui comprenait la nature de toutes ces choses occultes inliniment mieux que le reste du genre humain, assure que cette étrange combinaison d'idées a produit beaucoup plus de mauvais effets (pie toutes les sources réunies des autres priqugés. Je veux bien le croire.
Que tout cela suit dit en passant.
Mon père écrivait tout. J'ai sous les yeux un petit mémorial qu'on avait trouvé dans sou portefeuille, et je ne fais, poiu" ainsi dire, que transcrire ici ce que j'y lis. Le jour de Notre-Dame, qui était le vingt-cinq du mois dont je date les premiers instans de mon existence, mon père se mit en route pour conduire mon frère aine, Robert, à l'école de Westminster. Il De revint, selon la même autorité, rejoindre sa feniine <]ue dans la seconde semaine du mois de mai suivant; et ceux qui savent le moment de ma naissance, voient bien en calculant. Le chapitre suivant éclaircira tous les doutes
Hais, monsieur, que fit monsieur votre père pendant les mois de décembre, de jan-
SHASDV.
vicr et de février? Madame, ii était maiheurcusement afflige d'une attaque de gouite sciatique.