CHAPITRE Vil
Et o«i ! clucuB I 100 ton, »oo allare.
Il ne faut pas être un habile grammairien pour savoir qu’une femme sage et une sage-femme peuvent bien ne pas se rencontrer dans la même personne. Mais le village où demeurait mon pèrerecélait un individu féminin, qui réunissait à lui seul ces deux qualités différentes. C’était une femme de la plus haute taille. Je ne sais si elle avait eu autrefois de l’embonpoint... En tout cas, elle était devenue si maigre, quelle aurait pu, au besoin, faciliter f étude de l’anatomie. Elle avait surtout des doigts si longs, si pointus, siefRIés : avec cela elle était industrieuse. Jamais femme ne fut pourvue d’un meilleur naturel ; et on sait que c’est beaucoup à défaut d'autre chose. Pour du bon sens!,., on luieriacconlail, mais peu. Cela sullisail pour-
miSTRAa SHARDY.
tant, avec quelque expérience, pour la guider clans les fonclions importances de son art. Il esc vrai qu'elle y a moins de confiance qce dans les elTorts de la nature ; et j’ai onï dire à bien des médecins qu’ils feraient trèsbien de penser comme elle. Ses succès n'en avaient pas été moins fréquens, et elle s était acquis nne rerUiine réputation dans le monde. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’était pas la monde entier. Elle n'était pas connue, par exemple, des Hottentotes, ni des Hollandaises du cap de Bonne-Espérance, qui accouchent comme madame Gigogne.
Le monde n’éuitpour elle qu’un petit cercle décrit sur le grand cercle de l’univers, et qui n’avait au plus que quatre millesde diamètre. Son hameau en était le centre. Elle avait quarante-sept ans, quand son mari, en mourant, la laissa veuve avec trois ou quatre enfans, et pauvre. Ses charmes, à ce qu’on prétend, n’étaient pas encore entièrement effacés : elle n’y prit pas garde, etsc comporta avec décence. On ne l’entendait point se plaindre; mais le silence quelle gardait sur sa misère réclamait, plus haut que ses cris ne l’eussent pu faire, le secours d’une main favorable. La femme du ministre de la paroisse en fut touchée. Elle avait souvent eu occasion de se plaindre personnellement d’une chose essentielle, qui manquait, depuis bien des années, au troupeau de son mari. Il fallait aller chercher, à sept ou huit milles à la ronde, un secours qui était presque toujours tardif dans des cas ordinairement fort pressans; et dans les nuits obscures de l’hiver, et par de mauvais chemins, ces sept on huit milles s’allongeaient du double. Il aurait auuint valu pour le village qu’il n’y eût pas ou une sage-femme dans le monde entier. La femme du ministre imagina donc de faire initier la discrète veuve dans tous les mystères de cet art. Ce projet, | soutenu par une pareille protectrice, ne pouvait manquer de réussir. Elle en parla à toutes les femmes du canton, qui l’applaudirent; et elle y mit tout le zèle que l’importance de la chose et son humeur bienfaisante lui suggérèrent. L’élève y répondit: elle fit des progrès rapides, et le ministre, qui jusque-Û n’avait point paru se mêler do
l’affaire, la prit à ccenr. Il sollicita un brovet en forme, pour quelle pAt, sans trouble, exercer son art, et paya généreusement dixhuit schillings, et quelque chose de plus, pour avoir cet important parchemin. Elle fut aussitèt installée dans sa charge avec tous les droits, profits, revenus, émolumens, privilèges, honneurs et prérogatives qui y sont attachés. On s’écarta même, par rapport à elle, de l’ancienne formule ; et le rédacteur de son brevet était si jaloux, si vain de la nouvelle tournure qu’il y avait donnée, et qu’il avait imaginée,-... il la croyait si heureuse, qu’il voulait obliger toutes les matrones du voisinage h faire ajouter à leur brevet son idée capricieuse. Que do gens dans le monde s’engouent ainsi de leur opinion!
Mais que m’importe? Chacun a son goât.
Un des plus grands hommes de ce monde, le fameux M. Paparel, n’avait-il pas le sien? Il n’avait qu’à se baisser et prendre : les parasites ne l’incommodaient pas. Le passetemps le plus agréable du dernier des Césars était de tuer des mouches. Eh ! monsieur, on a vu cela dans tous les siècles. Les hommes les plus sages (je n’en excepte pas même Salomon, le sage des sages) ont eu leurs bizarreries, leurs chevaux de courses, leurs médailles, leurs coquilles, leurs tambours, leurs violons, leurs trompettes, leurs talons rouges, leurs paleues, leurs quintes, leurs papillons... On les a vus, chacun à sa façon, aller à dada sur leurs califourchons. Qu’ils aillent, monsieur, qu’ils aillent! Pourvu qu’ils ne nous forcent pas, vous et moi, dans leur gravité, de monter en croupe derrière eux ; quel intérêt avons-nous, je vous prie, do nous inquiéter de ce qu’ils font? Ils ont leur marotte... eh bien! qu’ils l’aient.