CHAPITRE VIII
Je n'j iteni |tae looioan.
De guêlibui non est dn/mlandum. Ct la veut dire, monsieur, dans toutes les langues du
TMSTBAM SBANDT.
tnoDde, que l’on perd son temps à raisonner contre un tic décidé. Aussi est-ce rarement que cela m'arrive. La bonne grâce que j’aurais â railler les autres de leurs bizarreries ! En suis-je donc moi-méme exempt? Je ne suis pas né dans la lune; mais elle n’est pas plus quinteuse dans sa marche et dans ses phases, que je ne le suis dans mes idées. 11 semble que mon esprit ne se gouverne que par ses influences. Peintre aujourd'hui, ménétrier demain; je suis quelquefois l'un et l’antre tout ensemble : o'est selon la mouche qui me pique. Je suis propriétaire, et depuis très-long-temps, de deux haquenées, qui vaudraient beaucoup mieux si elles étaient plus jeunes. Je monte dessus de temps en temps, pour prendre l'air. Je ne sais si on y trouve â redire; mais je ne m'en inquiète pas.
J'avoue cependant, et c'est sans doute à ma honte, que j’entreprendsquelquefoisdes voyages plus longs qu’un homme sage n’en devrait faire ; mais il est vrai, en même temps, que je ne suis pas un homme sage. Hélas! que suis-je? Un être si peu important dans ce monde, que mes actions ne méritent guère d'ètre observées. Ne vous imaginez pas cependant que ma situation me coûte à supporter : elle ne me cause que peu ou point de chagrin. Ma tranquillité ne se trouble point à l'aspect d'un tas de grands seigneurs, tels que mylords A. B. C. D. E. F. G. U. I. K. L. M. N. O. P. Q., et tant d’autres qui passent en revue devant moi, montés sur leurs califourchons. Les uns marchent d’un pas grave... les autres courent le grand galop à toute bride, à travers les champs, comme s'ils voulaient se casser le cou. Tant mieux ! me dis-je à moi-mème. Eh I qu'importe que ce malheur leur arrive? Le monde ne SC psserait-il pas bien d’eux? Mais les autres? patience! tjue Dieu les bénisse! Us peuvent aller à cheval aussi long-temps qu'ils voudront, sans que je m’y oppose... J’y gagnerai même; car s'ils étaient désarçonnés cette nuit, je parierais dix contre un qu'il y en aurait beaucoup parmi eux qui SC trouveraient plus mal montés avant le jour.
Et ces bagatelles influeraient sur mon re-
pos? Non, non. Mais ce qui me démonte, c'est quand je vois une personne née pour de grandes actions, et (ce qui estcncore plus glorieux pour elle), qui est naturellement disposée à en faire de bonnes, qui, dans tout ce qu'elle fait, tâche, mylord, de vous imiter, et montre par-là que ses principes sont aussi généreux que son cœur, sa conduite aussi noble qne sa naissance, et que ce monde corrompu ne peut cependant la souffrir Oh ! je l'avouerai Quand je la
vois entrer en lice, et que ce n’est, par malheur pour ma patrie et pour sa gloire, que pour quelques momens, c’est alors, my-
lord, que ma philosophie m’abandonne, et que, dans les premiers transports d'une impatience vertueuse, je voudrais voir tous les caprices et tous les califourchons du monde au diable.
c Mylord,
< Je soutiens que ceci est une épltre dédit catoire. Le sujet, la forme, le lieu semblent
< peut-être s'opposer à l’idée que j'en ai
< conçue. Mais, malgré sa singularité sur res t trois points essentiels, malgré votre opi-
• nion, je soutiens que ceci est une épltre c dédicatoire. Je vous l'offre, et vous supplie
< de l'accepter comme telle ; et si vous êtes f debout, je la mets à vos pieds. C’est une f attitude que vous pouvez prendre quand il
• vous plaît et selon que l’occasion l'exige.
< J'ajoute que ce n'est jamais qu'à l'avanf tage du public. >
• J’ai l’honneur d'ètre, c Htlord,
t Votre très-humble et üésobé Usant serviteur, c Tristiuu Shardy. •