‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 10 sur 62 · Ici recommence le texte de Mole · texte numérisé non relu

Ici recommence le texte de Mole

SUR Théophile. Ixxv

l'église, des anges et des saints; — qu'il ne peut nier avoir composé une autre satyre commençant :

Que mes jours ont un mauvais sort!

Que ma p'anette est mal logée !

Que la fortune est enragée De me persécuter si fort !

a Comme aussi celle adresséeà unmarquis, commençant :

Marquis, comment te portes-tu?

Comme quoi passes-tu la vie?

« Si, étant banni de la cour, par commandement du roi (en marge : « de la lettre du procureur général de Bordeaux w'^, il se retira chez son père, en A génois ; — s'il fut pas souvent au château d'Estillac, près d"Agen ; — si un jowr il ne dit pas publiquement qu'il avoit fait partie d'aller voir des diables ; — si. étant aile au logis d'une fille que Ion disoit être possédée, il ne iil pas effort en son endroit ; — s'il ne dit pas publiquement que c'étoit rêverie et sottise de croire qu"jl y eût des diables, et que ce que l'on en disoit n'étoit que pour abuserle monde en marge: « Issoudun..., Buurges ») ; — s'il fut mis en justice et comment il en sortit; — s'il n'est pas auteur d'un vers commençant :

J'ai vu le croissant à main gauche, etc.;

s'il n'est pas auteur d'un ode commençant :

Heureux tandis qu'il est vivant ;

« Qu'elle est imprimée fo.... de son premier volume ; mais qu'il l'a baillée écrite de sa main en autre façon révélée par le témoin. — S'il n'a pas dit , en plusieurs lieux, qu'il ne vouloit point d'amitié avec beaucoup de personnes, pour ce qu'ils n'étoient paillards , ni ivrognes, ni etc. ; comme aussi que, par les poursuites que l'on avoit fait contre lui , on l'avoit banni du bordel ; mais que l'on s'en repeutiroit; — qu'il a diten plusieurs lieux qu'il ne croyoit ni à Dieu ni à diable, w

La réponse se trouve dansles Apologies de Théophile. Le procès dura deux ans, deux ans de souffrances noblement supportées.

Ixxvj Notice

Six mois s'écoulèrent sans qu'il pût se faire entendre. Une visite du procureur général ne changea rien aux mauvais traitements qu'essuyoit le prisonnier, malgré d'expresses recommandations. Les premiers interrogatoires furent suivis de quatre nouveaux mois de cactiot. Les seconds amenèrent la confrontation de Sajot , et rendirent les ennemis du poète plus intraitables , son procès plus long et plus difficile à juger, 11 sentit alors la nécessité de se taire : car jusque là il composoit pour sa défense vers et prose que ses amis firent imprimer en iG'24. L'injure du P. Voisin avoit produit cet acharnement des jésuites contre un homme que le P. Garasse lui-même appeloit ce malheureux. En effet, Garasse étoit un de ces hommes convaincus, un de ces instruments si commodes entre les mains de la société , et si propres à jeter feu et flammes à propos , sauf à être désavoués après coup. Cet âpre disputeur mourut infirmier, victime de son dévoûment*.

Bientôt l'accusateur et l'accusé eurent à se défendre contre le même adversaire : nous voulons parler de Balzac, qui eut ce raffinement de /dc/ief^^ d'attaquer son ancien ami dans l'adversité, et fut assez maladroit pour rejeter sur son ancien régent ses folies de jeune homme. Cet homme , qui rietoit jamais assez paranymphé , dut s'en repentir. Garasse etThéophile se réunirent pour l'accabler. Balzac venoit de publier ses lettres "2.

Il est dit, dans l'advis de l'imprimeur au lecteur , que le « stile est si beau , si fort et si net, qu'il surce passe, au jugement des mieux sensez, l'éloquence de a tous les siècles... »

1. Son nom vivra grâces à la onzième lettre de Pascal, qui s'est souvenu de la Somme théologique. A cet endroit même on trouve un argument du P. Le xMoine bien favorable à Théophile : « Que la Sorbonne n^a poinl dejurisdiciion sur le Parnasse, « et que les erreurs de ce pals-là ne sont sujettes ni aux censures « ni à Vinquisition. » Théophile regardoit du moins cette opinion comme probable.

2. Lettres du sieur de Balzac^ Paris, chez Toussainct du Bray, 1624, in-8..

SUR Théophile. Ixxtïj

En outre , il y a , en têle du volume, des vers espagnols : .4/ imico éloquente , el sefwr de Balzac,

La lettre IX, à monsieur Tévêque d'Ayre , est celle où il est question de Théophile :

« Avec trois gouttes de meschant sang qui me reste, (c j'ay toutes les passions de ceux qui se portent bien, (( et les tyrans qui bruslent les villes au premier mou- " vement de leur colère , et qui se permettent tout ce « qui est deffendu par les loix , ne font rien plus que « moy quedejoiiirdes choses que je désire, et d'exécuter « les desseins qui me demeurent en la volonté à cause u que leur puissance me manque. Ny la fièvre, ny la « sciatique, ny la gravelle, n'ont peu encore vaincre « mon esprit et le rendre capable de discipline ; et si « le temps avoit adjousté la vieillesse à mes autres ce maux, je croy que je voudrois voir des objects sales « avec des lunettes et me faire porter aux lieux où je ne « pourrois pas aller de moy-mesme. .

« A tout le moins vous trouverez en moy de Tobeis- « sance et de la docilité , si je n'ay acquis de plus « fortes habitudes, et, dans la corruption de ce siècle, a où presque tous les esprits se révoltent de la foy , « vous aurez à faire à un homme qui ne veut rien croire « de plus véritable que ce qu'il a appris de sa mère et a de sa nourrice. En ce qui ne regarde pas mesme la « religion, si j'ay eu autrefois quelques sentim.ens parti ticuliers , je les quitte de bon cœur, afin de me recon- « cilier avecque le peuple , et ne paroistre pas ennemy « de ma patrie pour un petit mot ou une chose de peu « d'importance. Si 9 ç> ç» ç»* eust suivy cette maxime, « il vivroit en sûreté parmy les hommes et ne se- « roit pas poursuivy à outrance comme la plus face rouche de toutes les bêtes ; mais il a mieux aimé finir « par une tragédie que d'attendre une mort qui lust in- (c conniie au monde et ne faire rien que des choses « ordinaires. A ce que j'apprens , et si le bruit qui

Iwviij Notice

« couit est véritable, il s'est imaginé qu'il pouvoit estre a ce deroier faux prophète dont la vieillesse de l'E- « gli>e est menacée; et, quoy qu'il soit né pauvre et « qu'il eust peu de fortune , il a été si présomptueux « que de se prendre pour celuylà qui doit venir avec •X des armées troubler la paix des consciences, et à qui « les démons gardent tous les trésors qui sont cachez ce sous la terre. Du temps qu'il se contentoit de faire « des fautes purement humaines, et qu'il ecrivoit avec « des.mainsquin'etoient pas encore coupables, jeluiay ce souvent montré qu'il ne faisoit pas d'excellens vers , « et qu'il s'estimoit injustement un grand personnage. « Mais , voiant que les rogles que je lui proposois pour a la reformation de son stile etoient trop sévères , et « qu'il ne pouvoit pas venir où je le voulois mener, il a a jugé peut-estre qu'il devoit chercher un autre chère rnin pour se mettre en crédita la cour, et que de poëte a médiocre il pouvoit devenir grand législateur. Si bien c( qu'on dit partout qu'après avoir renversé quantité de « foibles esprits et paru long temps au milieu d'une mul- « titude ignorante , il a fait à la fin comme un homme a qui se jeteroit dans un précipice pour acquérir la « réputation de bien sauter.

et Vous sçavez , Monsieur, ce que nous avons dit aua tresfois de cette sorte de gens , et la foiblesse que ce vous m'avez monstrée aux principes de leur mauvaise c< doctrine : et véritablement quelque desbauché qu'eust ce esté mon esprit, jel'ay tousjours sousmis àl'authorité ce de l'Eglise et au consentement des peuples...»

Lettre à Boisrobert, 12 septembre iG23;

ce Au moins, quoy que vous faciez , ne permettes rien ce àvostre réputation, et surtout je vous prie que cène Cl soit point à vous à qui on reproche d'avoir violé la ce chasteté de nostre langue et appris aux François des ce vices estrangers et inconnus à leurs pères. La poésie, ce que Dieu a choisie quelques fois pour rendre les ce oracles et pour expliquer ses secrets aux hommes , ce à tout le moins veut estre employée à un usage qui ce soit honoeste , et ce n'est pas moins pécher de s'en

SUR Théophile. Ixxix

« servir à des choses sales que de desbaucher une a religieuse. Je vous dis cecy sur le subject de nostre « amy, dont j'ay peur que la fin ne sera pas naturelle , ft s'il ne meurt bien tost de sa quatriesine verolle. « Yoicy desjà la seconde fois qu'il est sorty de Paris par « une bresche et qu'il s'est sauvé d'un aussi grand « embrasement que celuy de Iroye. Pour moy, je ne « puis comprendre quel est son dessein , car de faire la K gueire au ciel , outre qu'il seroit mal accompagné o en celte entreprise et qu'il n'a pas cent mains comme « les geans , il doit avoir appris que c'est une action « qui ne leur reiissit pas , et qu'en Sicile il y a des «. montaignes qui fument encore de leur supplice ; « nous ne sommes pas venus au monde pour faire des « loix , mais pour obeïr à celles que nous avons trouce vées et nous contenter de la sagesse de nos pères, « comme de leur terre et de leur soleil. Et certes, puisce que, mesmes aux choses indifférentes, la nouveauté c( est blasmée, et que les roys ne quitent point les lys « pour prendre des tulipes en leurs armes, à combien « meilleur droit devons-nous conserver les anciens fonce démens de la religion, qui est d'autant plus pure ce que par sa vieillesse elle s'approche davantage de ce l'origine des choses, et qu'entre elles et le prince cipe de tout bien il y a moins de temps qui l'ayt peu « corrompre? A n'en point mentir, il n'y auroit pas ce grande apparence que despuis le commencement du ce monde la vérité eust attendu --^ 9 9 -^ pour se venir « descouvrir à luy au bordel et à la taverne, et sortir, ce avec la fumée du petum, par une bouche qui n'est ce pas si sobre que celle d'un Suysse. Je ne veux pas ce entreprendre sur la cour de Parlement, ny prévenir ce ses arrests par mon opinion. Aussi bien, dépenser ce rendre cet homme là plus coupable qu'il s'est fait luyce mesme , ce seroit jetler de l'encre sur le visage d'un ce more , et je doy cela à la mémoire du temps passé ce de le plaindre plustost comme un malade que de le ce traiter comme un ennemy. Il est vray qu'il a des ce qualilez qui ne sont pas absolument mauvaises, et ce je ne nye pas que je n'aye pris plaisir à sa liberté

Ix.xx Notice

« lors qu'elle ne se proposoit que les hommes pour « object, et qu'elle pardonnoit aux choses sainctes ; « mais si lost que j ouys dire quil avoit passé les « bornes du monde et qu'il s'attaquoit à ce qui est au- « dessus du ciel , dès l'heure mesme je rompis nostre 't commerce ,etcreusque je ne pouvois faire autre chose « que de prier Dieu de luy renvoyer son bon sens et <i d'avoir pitié de luy comme il en avoit eu des Juifs (( qui le crucifioient. Une autre fois je me donneray ce bien garde de vous entretenir si long-temps et de « me lasser en vous ennuyant... »

i'uis, après avoir rendu compte de son genre de vie : a Les premiers hommes parvenoient aune extrême vieilce lesse , avec des viandes pures comme les miennes , et c( de toutes celles qui sont sanglantes ils usoient seulece ment des meures et des cerises. Aussi , en ce tempsce là, la simplicité de leur vie estoit accompaguée d'un c( parfait repos. La nature estant encore vierge detouce tes sortes de monstres , on ne parloit ny de Geryon , ce ny du Winotaure , ny de 9? 9 9 9... »

On connoît la terrible lettre de Théophile ; elle dut bien réjouir Garasse. Le grand épislolier garda un silence prudent. Il est probable que cette lettre contribua à la réconciliation d'Ogier et du jésuite.

La lettre à Hydaspe (son frère aîné), lettre XIV, est celle à laquelle répond Garasse. L'ouvrage d'Ogier, Jugement et censure de la Doctrine curieuse^ n'est que le développement de cette lettre.

ce Je vous Tay dit mille fois, je me contente que le ce serein me face mal aux yeux , sans qu'il faille que ce j'aille voir des laides et que je lise des sottises ; ce et neantmoins, pour m'obliger fort , vcus m'avez con- « damné à passer dix jours sur vostre gros volume , ce dont je n'ay jamais pensé trouver la fin, quoy que je ce la souhaitasse comme le port après la tempeste. A ce n'en point mentir, j'estime bien plus le silence des ce chartreux que l'éloquence de cette sorte de gens (des ce moynes); et il me semble qu'hors du -service de TE-

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