‹ Œuvres complètes de ThéophileChapitre 11 sur 62 · I. La Doctrine curieuse · texte numérisé non relu

I. La Doctrine curieuse

SUR Théophile. Ixxxj

a glise et la nécessité du commerce , le pape et le roy « leur devroient deffendre le latin et le françois, dont « ils veulent faire deux langues barbares. Je sçay bien a que les esprits de France sont ennemis de toutes sor- « tes de chaînes , et que douze cens ans de monarchie u ne leur ont peu faire perdre la liberté , qui leur est « aus^i naturelle que la vie. Toutesfois, quelques vilains « portraicts qu'on se face de l'inquisition, et quelque « pleine de lygres et de serpens qu'on se la figure , je « trouve qu'elle seroit très nécessaire en ce royaume. « Outre qu'elle feroit, comme en Espagne et en Italie', <' que les meschans ressembleroient en quelque façon « aux gens de bien et que le vice n'offenseroit jamais « les yeux du peuple, elle empescheroit encore que les « fols ne remplissent le monde de leurs mauvais livres , « et que les fautes des maistres d'escole ne fussent aussi (. publiques que celles des magistrats et des généraux « d'armée... Or, pour revenir à celuy dont vous me « demandez particulièrement mon opinion et qui est K le premier fondement de cette lettre , il faut que je « vous advoiie franchement qu'après la bière et les « médecines je n'ay jamais rien trouvé de si mauvais « que ses œuvres. Presque partout il manque de la lo- « gique naturelle et de la partie qui fait les hommes, ce En trois mots il en dit quatre qui ne sont pas bons , et, a comme il est tousjours absent du subject qu'il traite, « aussi d'ordinaire il parle en langue inconuiie , quoy f( qu'il ait dessein de parler françois. Outre cela, la ce glace n'est point si froide que ses rencontres, et quand « il veut faire le plaisant 'ce qu'il veut faire quasi tousce jours) il faudroit qu'il payast des gens pour rire, comcc me aux enlerremens de Paris on trouve des pleureurs ce pour de l'argent. Il n'y a point de doute que la vérité (( ne fust beaucoup plus forte toute seule et desarmée (c qu'elle n'est avec l'assistance que ce pauvre homme c( luy veut donner, et que ce ne soit abandonner la cause a de Dieu de la laisser soustenir à des mains si foibles ce et si mauvaises... Mais , à ce que je voy, il ne laisse « pas d'estre estimé au lieu où vous estes, et de trouver I G*

Ixxxij Notice

ft assez de gens qui le suivent pour eslre chef d'un maua vais party. A cela je ne vous sçaurois rien respondre « si ce n'est quenlie cy et les monts Pyrénées les bons a esprits s'esloignent quelquesfois du sens commun comte me d'une chose trop populaire, et prennent souvent a les fausses vertus et ce qui ne ressemble pas mesme « au bien pour les choses véritables et parfaites... a Tout ce qui me fasche en cecy, c'est qu'il faille qu3 « vous et moy ayons quelque sorte d'obligation à l'au- « theur de vostie livre , et que j'aye receu du dernier a de tous les hommes les commencemens de mes estudes « et la première teinture des lettres. Mais, quand à moy, « je proleste devant tout le monde que pour cela je ne « suis point coupable des sottises qu'il fera, ny de celles « qu'il a faites, et qu'ayant eu beaucoup de peine à puce ritier mon esprit des ordures du collège et à me defcc faire d'une mauvaise science, je ne pretens pas que « des choses que je n'ay plus me puissent jamais eslre « reprochées. Quoy qu'il en soit, je ne laisserois pas c( d'eslrc chaste encore que ma nourrice fust morte de tt la verolle, et il se peut bien faire qu'un mauvais mas- « son ait mis quelque pierre à la structure du Louvre « et au palais de la reyne mère, m

Dans des passages supprimés il est dit : « Je suis seu- « iement fasché qu'on s'imagine que je doive quelque « chose à cesluy-cy à cause quil m'a monstre à n'estre « pas honneste homme si je l'eusse voulu croire...

«... Mais le plaisir est qu'ensuite de cela il m'accuse a de luy avoir desrobé une partie de sonlatm.. Pleust c< à Dieu , Hydaspe, qu'il voulust prendre sur soy toutes « les autres fautes de mon enfance et qu il pust faire « pénitence de mes vieux péchez ! Je luy donne de boa « cœur mes sottises de ce temps-là, sans en excepter « pas une , pour les adjouster à ses mauvais livres et à a son ignorance curieuse... 11 faut qu'on me die pre- « mierement comme quoy celuy de qui je parle se peut a parer d'une robe qu'il a toute salie de ses ordures... »

Dans le Rabelais réformé, le P. Garasse avoit lancé cette accusation de plagiat contre BiiJzac.

SUR Théophile. Ixxxiij

Dans VApologie pour monsieur de Balzac ( par F. Ogier', OQ repousse comme absurde raccusalion laocée contre Balzac au sujet d'une prétendue imitation de Théophile. Balzac imiter Théophile ! Monsieur de « Balzac ne respond autre chose à cette belle objeca tion si ce n'est qu'ayant à estre larron , il ne voudroit « pas desrober les meubles de Thospital pour se faire ce riche de la misère des pauvres *. Lorsque le com- « merce estoit permis avec Théophile, et que les u loix ne deffendoient point sa conversation, Monsieur « de Balzac luy a souvent ouy reciter ses mauvais vers, « et luy a fait reconnoistre une infinité de fautes dont ils (c sont pleins. Depuis , je suis très asseuré qu'il n'a pas « seulement veu le tiltre des livres qui ont este imprimez u de luy ; et quoy qu'il eust promis à beaucoup de perce sonnes de qualité de prendre la peine de les lire pour ce leur en dire son opinion, il m'a juré neantmoins qu'ace près avoir délibéré la-dessus un an entier, il n'a jacc mais pu se résoudre à une si grande et si difficile ena treprise. »

La lutte de Balzac et de Garasse, qui fit à son ancien élève une virulente réponse, inconnue jusqu'à présent et publiée dans notre appendice -, ne profitoit en aucune façon au malheureux Théophile. Malherbe écrivoit à Racan , le 4 novembre 1623 : ce Pour 6^;. Théophile), ce je ne saurois que vous en mander: c'est une affaire ce qui, selon la coustume , fit beaucoup de bruit dans a sa nouveauté; depuis, il n'en est presque pomt parlé, ce Ce qui m'en donne plus mauvaise opinion, c'est la ce condition des personnes à qui il a affaire. Pour moy, ce je pense déjà vous avoir écrit que je ne le tiens couce pable de rien que de n'avoir rien fait qui vaille au

1. C'est la phrase dont se sert Balzac dans sa lettre au sujet de Garasse. L'apologie a tout au moins été faite sous les yeux de Balzac et d'après ses inspirations, tille fut sans doute supprimée après la réconciliation de Garasse avec Ogier.

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